Politique culturelle

Le fleuron de l’art numérique à La Gaîté Lyrique, Jérôme Delormas répond à nos questions

Le fleuron de l’art numérique à La Gaîté Lyrique, Jérôme Delormas répond à nos questions

04 mars 2011 | PAR Bérénice Clerc

 

Après des années de suspens, la Gaité Lyrique réouvre enfin ses portes et dessinent l’Art sous à l’ère du numérique.

Jérôme Delormas, son directeur, répond à nos questions.

 

Le Baron Haussmann réalise de grands travaux en 1862, et donne naissance à la Gaîté Lyrique. Offenbach, Debruyère, Larochelle, Lucien Guitry et Sylvia Monfort se sont succédés au poste de direction. Ce lieu a connu de multiples changements de nom, de programmation, l’accueil de grands succès comme Les Ballets Russes de Serge Giaghilev, La Dispute de Marivaux mise en scène par Patrice Chéreau et des expériences plus atypiques telles l’école du cirque de Sylvia Monfort. 110 ans plus tard, dans les années 70, le lieu, très abîmé, a besoin de faire peau neuve. Un projet irréalisable de parc d’attraction, « La Planète Magique », connaitra un échec irréparable dans les années 80. Plus de 20 ans après sa fermeture, 90 millions d’euros de travaux plus tard, la Gaité Lyrique détruite et recréée, a réouvert ses portes le 2 mars et souhaite devenir un lieu incontournable dédié aux pratiques artistiques à l’heure de la révolution numérique.

Elle s’adresse à la fois aux artistes et au public. Son objectif est l’exploration des cultures numériques sous toutes leurs formes: musique, cinéma, cinéma d’animation, théâtre, danse, arts visuels, design, design graphique, motion design, film musical, architecture, programmation informatique, art du code, web, jeu, mode… La programmation se veut pluridisciplinaire, novatrice, festive.

10 000 m2 réhabilités par l’architecte Manuelle Gautrand dans une blancheur et une lumière de néon digne des plus grands hôpitaux, avec des escaliers tout droit descendus des plus beaux parkings souterrains de la capitale ou des cités en banlieue parisienne dans laquelle l’architecte a misé sur l’escalier coloré pour faire passer le manque d’espace ou la panne d’ascenseur et rendre heureux le peuple venu tout droit de l’usine ou du supermarché. Espérons qu’un plasticien n’ait pas des envies d’installation en odorama pour éviter les odeurs d’essence ou de cigarettes de cage d’escalier ! Heureusement L’ancien Foyer quasi intact et ses beaux lustres projecteurs, donnent envie de partager des cafés et des idées autour de la programation et des artistes.

 

Cela mis à part, car malgré ces dépenses irraisonnées pour la destruction d’un lieu magnifique et le remplissage de celui-ci, une fois vidé de ses murs et de son histoire, concentrons-nous sur l’enjeu artistique qui doit primer pour ce lieu.

Paris peut enfin lever haut la tête  et s’imposer à l’échelle mondiale du numérique.

Le matériel technologique est extraordinaire, des petites merveilles pour le son, l’image, les jeux vidéo, les installations et la musique. Rien n’est laissé de côté, les artistes pourront s’en donner à cœur joie et sans limite technologique.

Ces mêmes artistes sont invités à utiliser les ressources du lieu pour y créer des œuvres originales. Dans les mois qui suivront l’effervescence de l’ouverture, plusieurs projets sont déjà très attendus comme, l’an prochain «2062», événement multidisciplinaire qui préfigure le poids sociétal des nouvelles technologies dans les cinquante prochaines années ou encore l’invitation faite au collectif français de graphistes H5 que le court métrage oscarisé Logorama a rendu mondialement célèbre.

La Mairie de Paris et Bertrand Delanoë avaient fait de ce lieu un projet majeur, ils participent à hauteur de 4,25 millions d’euros par an (sur un budget annuel de 9,5 millions) et doivent être sous pression quand on connaît les difficultés liées à d’autres lieux culturels parisiens (le Cent Quatre ou la Cité du design).

La Gaité Lyrique doit trouver son public… Défi délicat affronté par Jérôme Delormas (interview ci-dessous) aux choix de programmation audacieux.

Le cahier des charges se complexifie par l’obligation de trouver un financement propre (sponsoring et billetterie notamment). Le plus grand nombre doit être attiré et devenir fidèle. Voilà tout le bien que nous souhaitons à ce lieu qui nous l’espérons va renaitre de ses cendres et vivre les grandes heures du numérique avec des artistes aux multiples talents.

Retrouvez la programmation ICI, visitez, découvrez, applaudissez, adhérez !

 

 

Quand et comment êtes-vous arrivé sur ce projet de la Gaîté Lyrique ?

Le choix architectural était déjà fait, l’architecte et ses équipes étaient nommés. Le processus fut long, la Mairie de Paris avait lancé un appel à candidature pour exploiter ce futur lieu et l’ingénieur culturel Steven Hearn, directeur de l’agence « Le troisième pôle » souhaitait monter une équipe susceptible d’être en compétition. Vu mon travail à La Ferme du buisson où je dirigeais le centre d’art contemporain dédié à la pluridisciplinarité et au multimédia, Steven Hearn a saisi cette occasion pour tenter quelque chose ensemble.

il avait contacté par ailleurs Patrick Zelnik le PDG de Naïve, nous avons donc constitué tous les trois une équipe candidate.

Nous avons franchi tous les obstacles et les étapes de candidature, Patrick Zelnik et Steven Hearn sont devenus actionnaires de la société, j’ai pris la direction générale et artistique.

La finalité sera toujours du coté artistique, les choix seront responsables, mais le regard artistique primera.

Mon profil et mes convictions vont dans le sens de ce qu’on peut attendre d’un projet et d’un lieu comme celui-ci.

Quelle est votre approche pour ce lieu ?

La volonté est de ne pas avoir une approche d’institution  spécialisée, mais pluridisciplinaire. Nous allons travailler avec plusieurs spécialités et plusieurs spécialistes. Nous souhaitons créer des conditions pour que du sens puisse émerger. Ce positionnement artistique et culturel est totalement vierge. La création à l’ère numérique est en train de grandir et nous sommes le lieu pour explorer cela. Il nous faut donc prendre du recul et avoir une approche globale pour ne pas partir dans tous les sens. Nous sommes dans une époque passionnante, aussi importante que l’arrivée de l’imprimerie au 15e siècle qui a eu un impact énorme sur toutes nos vies, sur la culture, l’échange des idées…Peu d’institutions culturelles prennent ce tournant majeur numérique en compte. Les artistes utilisent ces outils, les institutions y touchent, mais aucune n’a encore pris cette question en main comme une vraie question. Cette conviction d’une analyse généraliste pluridisciplinaire dans son époque est adaptée à un lieu comme la Gaîté Lyrique.

La technologie ne sera pas mise en avant mais en horizon, car ce qui nous intéresse, au fond, ce n’est pas la technologie propre, mais nous, les êtres humains, la façon dont nous vivons, la façon  dont on représente la société via la culture. Le primordial n’est pas la démonstration technique, mais d’être ensemble.

Comment est née votre première programmation ?

Nous avons activé les réseaux, nous analysons le contexte vis à vis de notre projet, nous avons une certaine vision des artistes et de ceux qui correspondent à notre lieu. Petit à petit les  choses se sont dessinées, grâce à des rencontres avec des artistes, des œuvres. La programmation est donc née naturellement et de pari que je fais. Le numérique doit être absolument inhérent au propos.

 

Quelle vie quotidienne envisagez vous dans ce lieu ?

Il sera ouvert au public à partir de 14h, il y aura des conférences, des concerts, des cycles de projections, des jeux vidéo, des espaces de jeu à disposition, le tout souvent relié à la programmation. Le matin nous travaillerons avec le scolaire. Nous avons envie de donner une attention particulière à la population de proximité. Nous sommes de fait un lieu international aux vues de la programmation numérique, mais nous serons très local, à Paris, ancré dans un quartier. Il y aura des ateliers pour les jeunes, mais aussi pour les personnes âgées afin de leur ouvrir les portes du numérique même s’ils n’ont jamais touché une souris, un clavier ou une caméra. Nous avons des projets trans-média, de création de jeux vidéo, jeux de rôle, racontant une histoire avec notre public. Un univers et une communauté vont se construire pour raconter une histoire. Nous faisons tout pour que notre lieu soit accessible à tous en mettant l’accent sur l’adhésion. Vous adhérez à un lieu, ses choix, son projet, c’est donc un peu votre maison.

Nous voulons créer une communauté, inventer une nouvelle histoire participative.

Crédit photo : Manuelle Gautrand, architecture / Vincent Fillon, photographie

http://www.gaite-lyrique.net/

3 bis rue Papin 75003, métro « Réaumur-Sébastopol » lignes 3, 4 « Arts et Métiers » lignes 3, 11 « Strasbourg Saint-Denis » lignes 4, 8, 9 RER Châtelet les Halles (A,B,D) (10minutes à pied)

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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