Politique culturelle

Activisme catholique au Théâtre de la ville : réactions

Activisme catholique au Théâtre de la ville : réactions

23 octobre 2011 | PAR Christophe Candoni

Jeudi 20 octobre, au Théâtre de la ville, des manifestations virulentes d’activistes catholiques ont largement perturbé le déroulement de la première représentation de « Sul concetto di volto nel figlio di dio », la dernière pièce de Romeo Castellucci, déjà présentée dans de nombreux pays européens et au Festival d’Avignon. Sur toutelaculture.com, nous étions parmi les premiers à vous rendre compte de cette soirée si particulière, partageant l’indignation générale face aux incidents et bouleversés par l’oeuvre qui nous a été donné de voir ( ICI).

Depuis, de nombreuses actions continuent de sévir aussi bien devant le théâtre, inhabituellement guetté par les CRS, que dans la salle de spectacle. Malgré les perturbations violentes et inacceptables qu’ont provoquées ces individus avec la ferme volonté d’empêcher la bonne tenue des représentations par des moyens odieux (agression verbale et physique des spectateurs, interruption de la représentation, envahissement du plateau à plusieurs reprises…), la pièce tient le coup et s’est jouée, certes dans des conditions difficiles, lors des trois premières dates et nous l’espérons jusqu’à la fin de la série de représentations au Théâtre de la ville puis au 104.

C’est donc une victoire pour le théâtre qui réaffirme dans le trouble mais avec force son pouvoir de questionner le monde et notre être au monde, notre rapport à l’autre, à l’existence, en levant les tabous, en dépit des préjugés imbéciles et de la protestation autoritaire, pour susciter la réflexion, le débat plutôt que le repli idéologique.

La Mairie de Paris et le Théâtre de la ville portent plainte conjointement contre les membres fondamentalistes de l’association « InstitutCivitas ». La Mairie de Paris décrit leurs actions militantes comme des « actes de dégradation du domaine public et d’atteinte à la liberté de création et d’expression. » De son côté, le directeur du Théâtre de la ville, Emmanuel Demarcy-Mota, écrit dans un communiqué que « ces agissements à caractère fascisant sont absolument inadmissibles ».

Cette condamnation précède un renouvellement inébranlable de son soutient et son encouragement aux artistes de la production contestée et au public qui vient la découvrir : « Mes collaborateurs et moi-même, en plein accord avec Romeo Castellucci et son équipe, ainsi que l’ensemble du personnel du théâtre, ne céderons sous aucun prétexte à ces menaces et à cette intimidation. Nous entendons défendre la liberté d’expression, les droits du théâtre, et la mission qui est la nôtre face à cette terreur. Nous entendons exercer pleinement nos droits et réclamer aux fauteurs de trouble réparation des dommages et préjudices importants qu’ils nous occasionnent. Je tiens également à saluer l’attitude du public lors des deux premières représentations. Face à l’agression verbale, puis physique dont ils étaient l’objet, ils ont réagi avec calme et ont observé avec patience les mesures de contrôle que nous avons été contraints de mettre en place. » a déclaré le directeur du théâtre.

Même discours du côté du Ministère de la Culture où Frédéric Mitterand a réagi en ces termes dans une dépêche de l’AFP : « Ces perturbations portent atteinte à un principe fondamental de liberté d’expression protégé par le droit français » en rappelant que la justice avait débouté l’association Agrif (Alliance contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) qui demandait l’annulation du spectacle.

Grasset publie les mémoires du dramaturge et scénariste Israël Horovitz
RUBIN STEINER & IRA LEE au Point Éphémère
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

4 thoughts on “Activisme catholique au Théâtre de la ville : réactions”

Commentaire(s)

  • Magali

    « partageant notre indignation par les incidents ». Ceci n’est pas français… Essayez plutôt « indignés par les incidents ».

    octobre 24, 2011 at 13 h 56 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *