Politique culturelle
50 ans après, le mémorial de la Shoah rouvre les archives du procès Eichmann

50 ans après, le mémorial de la Shoah rouvre les archives du procès Eichmann

18 mai 2011 | PAR Yaël Hirsch

Présent à la conférence de Wannsee, administrateur du transport et donc des trains qui menaient les juifs vers les camps de la mort, Adolf Eichmann était l’un des plus grands criminels nazis. Caché en Allemagne puis réfugié en Argentine, il échappe au grand procès du Nüremberg. Capturé par le Mossad en 1960, il est ramené en Israël pour être jugé. Ce procès qui s’ouvre le 11 avril 1961 en Israël est diffusé sur les ondes du monde entier. Intégralement filmé, le procès Eichmann est un moment clé pour ce que l’Historien Henry Rousso appelle le « retour de la mémoire juive » de la Shoah, refoulée dans l’immédiat après-guerre et qui revient au centre des préoccupations du monde entier à l’écoute des victimes qui témoignent publiquement à Jérusalem. Cinquante ans après le procès Eichmann, le mémorial de la Shoah interroge à nouveau ce moment clé de la mémoire et de l’Histoire. Seul dépositaires des 250 heures de procès filmées par Leo Hurwitz, le mémorial permet de tout visionner. Même si tout a peut-être été dit sur Eichmann et que l’impensable personnalité du bourreau reste un mystère, l’exposition « Juger Eichmann » est un évènement important. A voir avant le 30 septembre prochain.

« Juger Eichmann » est posément organisée en deux grandes salles. Dans la première pièce, un texte d’Henry Rousso rappelle simplement l’importance du procès Eichmann sur la prise de conscience du monde de ce qu’a été la Shoah et de ce qu’elle implique pour nos sociétés dites « civilisées ». Cette introduction ouvre également vers une réflexion sur les procès d’autre grands criminels de la Deuxième Guerre, comme Klaus Barbie. L’on suit ensuite le long du mur (grâce à toute une série d’archives venues du CDJC mais également de l’État d’Israël) le déroulement de l’arrestation puis de procès. Dès l’entrée, l’on entend le discours de David Ben Gourion annonçant aux Israéliens l’arrestation. Arrestation illégale, mais que Golda Meier, alors ministre des Affaires étrangères de l’État d’Israël, a défendu devant l’ONU (document exceptionnel). Et l’on suit ainsi le fil du procès… Le centre de la pièce tente de cerner la personnalité d’Eichmann. Arendt et sa fameuse théorie de la « banalité du mal » est plutôt posée en exergue, toujours de manière dépassionnée. Et c’est à travers des fac similés des nombreux textes justificatifs d’Eichmann : dépositions, témoignages, mémoires, lettres de justification (à Konrad Adenauer), et donc via sa petite écriture précise, laborieuse et soignée, que le public se fait une première idée de l’âme de ce fonctionnaire génocidaire.

Après avoir traversé un petit couloir, où les portraits des victimes sont mises en exergues, le visiteur arrive dans la deuxième salle, où le procès prend tout à coup vie et corps à travers les vidéos. D’abord, les témoignages d’une douzaine de victimes. En face, des extraits bien choisis des prises de paroles d’Eichmann (sur la déportation soudaine et radicale des juifs hongrois, sur la différence entre la distinction qu’il opère entre responsabilité légale et culpabilité humaine – refusant d’assumer la première, Eichmann avoue ressentir un peu de la deuxième…)

Pas de grande conclusion pour cette exposition qui brille par sa sobriété, pas même besoin de s’attarder sur l’exécution. Le public est dirigé vers la bibliothèque du CDJC, au 4e étage, où les 250 heures du procès peuvent être visionnées et où de bonnes bibliographies sont proposées à ceux et celles qui voudraient en savoir plus.

Pour voir les nombreux évènements organisés autour de l’exposition, et notamment un colloque sur la couverture du procès par Arendt pour le New-Yorker le 22 mai et une rencontre sur le rapport des israéliens à la mémoire, le 12 juin, rendez-vous sur le site du Mémorial de la Shoah.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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