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Sina Weibo : plus qu’un média, une arme pour les dissidents

Sina Weibo : plus qu’un média, une arme pour les dissidents

31 mai 2014 | PAR Hugo Saadi

Dans le rapport de Reporters Sans Frontières sur le classement mondial de la liberté de la presse en 2014, sur les 180 pays analysés, la Chine se retrouve en 175ème position. Les arrestations de journalistes et de blogueurs sont courantes et le gouvernement chinois a décidé de durcir sa politique de répression envers les cyber-dissidents, renforcer le contrôle de l’information et la censure en ligne. Twitter et Facebook étant censurés en Chine, Sina Weibo est en première ligne dans la lutte contre ce baillonnement et les chinois l’ont bien compris et se servent de cette vitrine 2.0 pour avertir le reste du monde des différentes actions menées par le gouvernement. 

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter jusqu’au milieu des années 2000. En 2003, les utilisateurs chinois prennent conscience qu’ils peuvent influer sur l’issue des événements, ils deviennent d’autant plus des créateurs que de simples surfeurs. À partir de 2006, se développe le concept des microblogs ou « weibo » en chinois. Calqué sur le principe de Twitter et de Facebook, c’est le groupe Sina Corporation qui en 2009 deviendra le weibo le plus célèbre et le plus influent. Entré au Nasdaq, la bourse New-yorkaise, le17 avril dernier, Sina Weibo existe désormais en langue anglaise. D’après le Centre Chinois d’information sur le Réseau Internet, fin 2012, 309 millions d’utilisateurs d’internet sur téléphonie mobile (sur les 420 millions présents en Chine) se connectent à ce weibo là. En 2014 le site compte plus de 500 millions d’utilisateurs dont 50 millions actifs chaque jour.

À l’instar des révoltes arabes, les vidéos amateurs et photos circulent en masse sur Weibo afin de dénoncer et surtout avertir l’étranger de ce qui s’y passe. Ces derniers mois on a pu voir sur la plateforme sociale des photos de jeunes étudiantes chinoises seins nus réclamant plus d’égalité entre les hommes et les femmes ou encore des manifestations qui tournent à l’émeute. On n’oubliera pas de le mentionner une nouvelle fois, la 175ème position de la Chine dans le rapport de RSF n’est pas anodine. La censure et la surveillance en ligne sont exercées avec virulence. RSF a rapporté qu’en novembre 2011, un internaute chinois pour avoir publié un tweet satirique contre des manifestations anti-japonaises qui avaient lieu en Chine, a été condamné à un an de travaux forcés dans un camp de rééducation. En septembre dernier, une campagne contre les rumeurs en ligne a été l’occasion pour les autorités d’adapter un décret qui stipule que  » tout écrit diffamatoire, publié en lige et vu plus de 5000 fois ou transféré plus de 500 fois par les internautes pourra valoir à son auteur trois ans d’emprisonnement  » (article 246 du Code Pénal). En aout 2013, le journaliste Liu Hu qui avait dénoncé sur son compte Weibo l’implication d’un officiel du Parti communiste chinois dans une affaire de corruption a été arrêté dans le cadre de ce décret. En avril dernier, Qin Zhihuia a été également condamné à trois années de prison pour ces mêmes raisons.

Weibo demeure désormais la source de pression principale du peuple chinois sur le gouvernement ou sur les actions des politiques locales, mais perd de plus en plus de terrain face à la machine rouge.

Visuel © Logo de Sina Weibo

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Hugo Saadi

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