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Revue : « Charles », entre autres velléités

Revue : « Charles », entre autres velléités

22 octobre 2013 | PAR La Rédaction

N’est-ce pas la volonté de tout sujet traitant de politique, radio, télévision ou revue que de faire les choses différemment et de donner à lire ce qu’il n’y a pas ailleurs ? On ne peut que s’en féliciter quand cela ne reste pas une velléité. La revue Charles, quant à elle, pour parler politique, se veut décalée. Tout comme George, un magazine américain qui jusqu’en 2001 promettait « Not Just Politics as Usual ».

charlesMais tout d’abord, avons-nous un mook, ce journal très en vogue depuis quelques années qui trompe l’inconstante actualité avec l’intemporelle littérature ? Les articles, interviews et portraits de Charles s’ancrent davantage dans la première. Sa périodicité, trimestrielle et son prix, celui d’un roman, n’y feront rien. Pour autant, débarrassée de cette velléité, il faut reconnaître que la revue, son format et sa ligne éditoriale rendent plus attractive ce qui, pour beaucoup, ne l’est plus : la politique.

Depuis le printemps 2012, la revue a ouvert des dossiers plutôt originaux, parmi lesquels « Les ouvriers de la politique » (n°3) sur les petites mains ou « Rock et politique ». D’autres thèmes plus courus comme « Science Po, la fabrique des élites » (n°5) nous attirent moins. C’était aussi le cas du dernier opus dont la couverture dessine au dessous du titre Charles un portrait de Jean-Luc Mélenchon sur un fond rouge, on pourrait croire à une affiche électorale. Le dossier est consacré aux relations qu’entretiennent le journalisme et la politique mais certains sujets et la longueur qui leur est accordée nous en disent davantage qu’ailleurs, c’est certain. Il y est aussi beaucoup fait de place aux interviews, 4 sur les 7 papiers que compte le dossier, laissant la place aux témoignages plutôt qu’à une analyse froide.

Ainsi, dans un entretien fleuve, Jean-Luc Mélenchon, a le temps de développer sa pensée ponctuée d’anecdotes, l’origine de sa dispute avec Libération par exemple. On aime aussi l’imaginer raconter cette histoire à propos d’une jeune journaliste : « elle ne pourrait pas dire le dimanche, au repas de familles d’architectes, qu’elle est chef de production dans une charcuterie, mais être journaliste crevarde, précaire à Fance-Soir, ça elle peut, parce que c’est prestigieux. C’est du Bourdieu ce que je vous raconte. » L’histoire ne nous dira pas si Jean-Luc Mélenchon l’a relue, cette interview et ce qu’il pense du journaliste qui l’a réalisée. En tout cas, les vifs échanges ont été conservés, transformant parfois l’exercice en dialogues.

Il y aussi un jouissif papier sur l’insolente réussite judiciaire du Canard enchaîné, des interviews moins emportées de Pierre Bergé et de Daniel Schneidernmann. De part et d’autre de ce dossier, des rubriques plus ludiques, aux « Renseignements généraux », l’on veut savoir pour qui vote Philippe Sollers. Qui clôt la revue, un papier sur les soulèvements au Brésil.

Bref, dirait-on pour résumer 160 pages. Charles ne sauvera pas la politique. Mais il retient par la manche ceux qui l’aimaient et leur propose de regarder d’un autre endroit ce qu’il s’y passe.

Revue Charles, N°7, Automne 2013 (trimestriel) : Journalisme & politique. Parution le 2 octobre 2013. La Tengo Editions.

Claire Teysserre-Orion

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