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L’interview confinée de Sarah Lancman : « J’aspire à un ralentissement dans nos styles de vies, à plus de simplicité. »

L’interview confinée de Sarah Lancman : « J’aspire à un ralentissement dans nos styles de vies, à plus de simplicité. »

31 mars 2020 | PAR Geraldine Elbaz

À la rédaction, une idée a surgi dans les boucles de mails : faire parler des artistes, leur demander « comment ça va ? » et comment ils vivent leur confinement, ce que cela provoque en eux. Aujourd’hui, la chanteuse, compositrice et pianiste Sarah Lancman nous répond.
Son nouvel album Parisienne (Jazz Eleven) sortira le 22 mai et son concert prévu initialement le 30 mars au Café de la Danse est reporté au 30 juin 2020.

Comment ça va ?
Super. J’avoue que j’ai la chance d’être dans un endroit où il y a le soleil et je peux avoir accès à un peu de verdure donc je me ressource et je me reconnecte vraiment à la nature et aux choses que j’avais oubliées, comme prendre le temps ou faire des choses simples. J’étais dans une course effrénée avec la tête à peine hors de l’eau. Tous les matins je me dis que j’ai de la chance d’être en vie, en bonne santé, je suis heureuse que mes proches aillent bien et j’espère que ceux qui sont touchés pourront guérir. On se reconnecte à la vie, à l’univers.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou êtes-vous totalement confinée ?
En dehors de mon jardin, je ne sors pas trop. Comme je suis en famille, pour les courses on y va à tour de rôle. Quand mon père y est allé, on l’a couvert comme un cosmonaute, il a fait des courses basiques mais on se rend vite compte qu’avec peu de choses, on arrive à en créer plein, il suffit d’être inventif. Je fais la cuisine tous les jours et ce qui est incroyable, c’est qu’ils n’ont pas peur ! (Rires)

Quelles sont vos routines pour diminuer l’angoisse ?
Je fais du Yin Yoga, c’est un truc extraordinaire ! C’est très doux, ça se passe sur le sol, un peu comme la relaxation et ça travaille essentiellement sur l’ouverture des hanches, le berceau des émotions, surtout chez la femme et cela libère le diaphragme. Je fais aussi des méditations pour revenir à la respiration. Tous les matins, confinée ou non, j’écris trois pages en écriture libre sur un cahier. Ça peut être mon rêve, ce que je vais manger le midi, n’importe quoi mais j’écris pour extérioriser les angoisses et exprimer ma gratitude, dire merci la vie et le poser sur le papier. Ce sont vraiment ça mes trois trucs au quotidien. Je conseille surtout aux gens de faire ce qui les rend heureux.
Ah et aussi, à l’heure du goûter ou de l’apéro, nous jouons au Burger Quiz avec mon frère qui est à Lyon ! Il est le Maître du Jeu et nous pose les questions ; hier c’est moi qui ai gagné le Burger de la Mort ! (Rires)

Vous écoutez les infos ?
À 20h je regarde les infos, c’est comme un rendez-vous. C’est tellement émouvant de se dire que tout le monde regarde à ce moment-là. On ressent bien le fait d’être isolé chez soi et en même temps, on est tous ensemble. Le JT de 20h ça rassure et ça angoisse à la fois : les élans solidaires, le soutien des restaurateurs qui préparent des repas tous les jours aux médecins, infirmières, au corps médical, c’est très beau, ça fait du bien ; et évidemment les dégâts du virus, le nombre de morts, c’est horrible, on a l’impression d’être dans un film…

Votre astuce pour tenir ?
Je coupe mon téléphone. Je crois que je vais continuer cette déconnexion qui me fait du bien. On se rend compte finalement que rien n’est si urgent ou vital.

Le truc le plus incongru que vous ayez fait pour vous occuper ?
Du pain. (Rires) Vous savez, le pain de Shabbat avec les tresses. Un jour, on s’est retrouvés sans pain et j’ai fait ça. C’était très bon même si je ne sais pas faire avec la levure, du coup c’était plat (rires), la pâte n’a pas du tout levé, c’était un peu comme une pizza en fait.

L’activité que vous avez découverte ou redécouverte ?
Lire. Franchement, je ne lisais plus. J’étais comme une plante assoiffée, je lisais une page avant de m’endormir et là, je redécouvre le moment de me poser avec un livre.

Comment aimeriez-vous que le monde change après ?
Au-delà de la dimension écologique qui me paraît évidente, j’aspire à un ralentissement dans nos styles de vies, à plus de simplicité. J’aimerais qu’on se rende plus compte des choses vraiment essentielles par rapport à celles qui ne le sont pas. Nous devrions consommer plus local aussi. Même si j’adore voyager, prendre moins l’avion. Juste, laissez-moi s’il vous plaît aller au moins une fois par an au Japon. Ce pays a été une découverte pour moi, les concerts que j’y ai donnés étaient magiques. Il y a un véritable accueil de l’artiste là-bas, j’ai signé des autographes improbables sur une étiquette de vin millésimé, sur un manteau de fourrure, sur une photo de mariage…

Photos : Photo envoyée l’artiste confinée, portrait (c) Hubert Caldaguès et couverture de son nouvel album « Parisienne » (Jazz Eleven).

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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