Actu
Décès de Claude Gensac : Madame Cruchot s’en va

Décès de Claude Gensac : Madame Cruchot s’en va

28 décembre 2016 | PAR Joanna Wadel

Seconde disparition de la soirée du 27, la grande comédienne Claude Gensac, éternelle Madame Cruchot, pommettes saillantes au doux regard. Elle avait 89 ans.

Une semaine après Michelle Morgan, le cinéma Français subit une deuxième perte, celle de Claude Gensac. Comédienne chevronnée, elle était l’une des dernières figures du cinéma de Gérard Oury, Claude Zidi et Jean Girault, celui des grandes comédies des années 1960-70, avec son personnage de Josépha, l’épouse bourgeoise qu’elle incarnait aux côtés du duo comique intemporel Louis de Funès et Michel Galabru dans la série de films des Gendarmes de Saint-Tropez.

Née dans l’Oise en 1927 et formée au conservatoire, puis au Cour Simon où elle rencontre l’acteur Pierre Mondy qui sera son premier mari, sa prestance lui offre rapidement des rôles de tragédienne qui lui permettront d’accéder ensuite à un répertoire plus varié en s’illustrant dès les années 1950 au cinéma puis à la télévision. Des genres émergeants jugés moins nobles à l’époque pour une comédienne de son rang, ce qu’elle prendra plaisir à contredire, allant même jusqu’à briller dans des comédies à succès.

Mêlant les genres, elle tempérait à merveille les colères de Louis de Funès dont elle a été par plus de dix fois l’épouse au cinéma. Il lui suffisait d’un regard et d’un battement de cils pour attendrir l’air de rien les personnages hargneux de son partenaire qui pestait contre son gendre, ses collègues, sa hiérarchie et maudissait le monde entier. On se souvient des mythiques « Ma biche … » que lui susurrait De Funès en lui baisant la main et du flegme maniéré dont elle faisait preuve pour parvenir à ses fins, un effet burlesque et contrasté des plus comiques qui lui inspirera le titre de son autobiographie « Ma Biche… C’est vite dit ! » clin d’œil ironique à la fameuse réplique. La recette de nombreux succès : Le Gendarme se marie (1969) et ses suites, Hibernatus (1970), Jo (1971), Oscar (1967), L’avare (1980) et même le mythique L’Aile ou la cuisse (1976), à tel point que lorsque De Funès décède en 1983 après La Soupe aux choux, où elle campe l’illuminée folle du village Amélie Poulangeard, nombre de réalisateurs renoncent à lui proposer des rôles craignant peut être que l’absence de son complice ne la fasse renoncer à la comédie.

Mais heureusement pour Claude Gensac, la comédienne n’est pas victime du syndrome du grand duo et poursuit sa carrière sur les planches, qu’elle n’aura pas quittées, en enchaînant les pièces d’année en année ; de Feydeau au « Saut du lit », dans une mise en scène Raymond Aquaviva en 1995 en passant par du Jean Anouilh avec « Le Bal des voleurs » l’année suivante jusqu’à « La Perruche et le Poulet » de Robert Thomas en 2008 où elle renoue avec le vaudeville. Au cinéma, après plus de dix ans d’absence, on prend plaisir à la retrouver dans des seconds rôles de grand-mère qu’elle incarne également à la télévision, plus tendres ou ironiques comme pour Absolument Fabuleux aux côtés de Josiane Balasko et Nathalie Baye en 2001, mais aussi dans des films d’auteurs plus récents comme Elle s’en va d’Emmanuelle Bercot en 2013 ou Lulu Femme nue avec Karine Viard, qui lui vaudra une nomination aux Césars à l’âge de 88 ans.

Peu reconnue par l’académie, Claude Gensac n’en demeure pas moins une grande comédienne et aura marqué le cinéma Français pour des générations de spectateurs. La biche de De Funès disparaît donc, un an après Michel Galabru.

Visuel : © Film Hibernatus

Gagnez 5×2 places de cinéma pour le film Dalida en salle le 11 janvier
L’AFP mise sur la vidéo et le corporate
Joanna Wadel

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *