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Cannes 2018 : La semaine du cinéma positif s’attaque à la question des femmes dans l’industrie cinématographique

Cannes 2018 : La semaine du cinéma positif s’attaque à la question des femmes dans l’industrie cinématographique

10 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Après « le cinéma et l’écologie » et « le cinéma et la démocratie », l’ONG Positive Planet ouvre sa troisième édition de la semaine du cinéma positif ce mercredi 9 mai 2018 à Cannes, sur la question de la place des femmes dans l’industrie du septième art et de leur représentation à l’écran, avec des invités majoritairement féminins. 

« Ce que nous appelons le cinéma positif, sans cesser d’être une œuvre d’art, alerte et travaille dans l’intérêt des générations futures » explique le président de l’ONG, Jacques Attati. Éveiller les consciences, trouver des solutions, agir positivement… Tels sont les objectifs de cette semaine du cinéma positif qui se déroule en parallèle du festival de Cannes avec des projections de films dits «positifs» et des tables rondes. Cette année, l’éveil des consciences tourne autour des femmes et du cinéma. Avec un jury majoritairement féminin pour la compétition officielle, Cannes veut mettre en avant son désir de tourner la page sur l’affaire Weinstein, pour construire une industrie cinématographique plus égalitaire. Alors… où en est-on ? Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes pour monter leur film ? Existe-il un « cinéma de femme » ? Quelles représentations ont-elles aujourd’hui sur les écrans ? Mais surtout, quelles propositions concrètes pour rendre l’industrie plus égalitaire et paritaire ? Un ensemble de questionnements auxquels ces tables rondes tentent de répondre sur la nouvelle plage du CNC à Cannes.

Ont donc été invitées à l’occasion, plusieurs professionnelles travaillant dans l’industrie du cinéma pour partager leurs expériences, leurs points de vue et leurs solutions à ce déséquilibre entre les hommes et les femmes dans le monde du septième art : journalistes, productrices, distributrices, décoratrices, actrices, réalisatrices etc.. Alors que la compétition officielle ne présente que trois réalisatrices sur vingt-et-un concurrents, les tables rondes de la journée, elles, sont majoritairement féminines.

Parmi elles, citons :
Marie-Castille Mention-Schaar (réalisatrice, scénariste et productrice)
– Aïcha Macky (réalisatrice nigérienne de « L’arbre sans fruit »)
– Sandrine Brauer (productrice, membre du collectif « Le deuxième regard » et de « 5050 pour 2020« )
– Fanny Aubert Malaury (conseillère cinéma de l’Institut Français)
– Audrey Clinet (fondatrice de Eroïn Productions, société spécialisée dans la production et la distribution de films réalisés par des femmes)
– Buchra (actrice égyptienne de film à succès « Les femmes du bus 678 »)

La parité au cinéma : où en est-on ?

« Les mentalités évoluent, la place des femmes dans les métiers et leurs représentations au cinéma s’améliorent » explique le président de la semaine du cinéma positif. En dix ans, le nombre de films réalisés par des femmes a augmenté de 63 % ; les budgets pour les financer sont de plus en plus importants ; entre 2012 et 2016, les films réalisés par des femmes et projetés en salle ont augmenté de 15 %. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, veut établir avec l’aide des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, une charte de l’égalité. Malgré cela, des inégalités persistent et le plafond de verre demeure. Seulement 3 % des réalisatrices travaillent pour la publicité ; malgré la parité qui s’installe dans les écoles de cinéma, après avoir traversé les étapes de réalisation, de production, et de distribution, il ne reste que 22 % de femmes ; pour les rôles dans les films, au-dessus de 50 ans, les femmes sont encore plus sous-représentées et discriminées (sexisme et âgisme). Des constats qui défilent tout au long des différentes tables rondes… Des constats qui sont parfois amers : «Quand je me rends dans un pays étranger et qu’un réalisateur me présente comme sa productrice, mes interlocuteurs ne peuvent pas s’empêcher de regarder derrière moi pour voir si il y a un homme, explique une des productrices invitées, pour eux je suis une blague». « Quand j’ai commencé à travailler, ils n’arrêtaient pas de me tester, raconte une décoratrice, comme s’il fallait que je prouve ma valeur plus que les hommes ». Des comportements qui illustrent le sexisme encore trop présent dans l’industrie. « Les femmes continuent à être vues comme des flacons et non pas comme des contenus », ajoute la réalisatrice nigérienne de « L’arbre sans fruit ».

A-t-on des propositions concrètes pour lutter contre le sexisme et pour la parité ?

Les idées fusent sur l’éducation, l’entraide entre les femmes et les hommes, le rôle des spectateurs et les désaccords s’installent notamment sur la question des quotas de femmes réalisatrices. Est-ce un moyen de lutter contre les inégalités et de faire la promotion des femmes dans le monde du cinéma, ou est-ce qu’ils ne produiront pas l’effet inverse en montrant qu’elles ne sont pas capables d’y arriver seules ? Pour Sandrine Brauer et Audrey Clinet, l’effet des quotas est positif : « Si des films de réalisatrices sont présentés à Cannes, par exemple, et qu’ils sont appréciés, cela stimulera les producteurs à lire plus de scénarios de femmes, explique la fondatrice d’Eroïn Fondatrice. Les festivals donnent un signal de départ pour plus d’égalité de production, d’où l’importance d’instaurer des quotas ». Pour les contestataires, seul le talent compte. Mais les femmes ont-elles la même possibilité que les hommes de montrer leur talent ? D’après les pro-quotas, cela est un moyen d’augmenter le nombre de modèles féminins positifs, qui permettront aux femmes de ne pas se sentir illégitime de réaliser ou produire un film, en plus d’une mise en avant des femmes cinéastes de l’histoire.

Le cinéma : un lanceur d’alerte sur le statut des femmes ?

L’affaire Weinstein a permis une libération de la parole des femmes. Qui sont les premières femmes à avoir dénoncé ses agissements ? Des personnalités du cinéma, des actrices notamment : Rosana Arquette, Emma de Caunes, Léa Seydoux, Angelina Jolie… Les nombreuses victimes du producteur américain ont décidé de rompre le silence. La notoriété de ces actrices ont permis de soulever comme jamais auparavant, la question du harcèlement sexuel dans le milieu cinématographique et ailleurs. Mais le septième art est aussi un lanceur d’alerte aussi à travers les contenus de ses films « qui restent avant tout des œuvres d’art », pour le fondateur de la semaine du cinéma positif. L’actrice égyptienne Bushra explique ainsi l’impact des « Femmes du Bus 678«  réalisé par Mohamed Diab en 2012, dans les lois du pays : « Grâce à ce film, les harceleurs peuvent faire jusqu’à trois ans de prison. Avant, les filles n’osaient pas se rendre dans un commissariat par peur qu’on leur dise que c’était de leur faute. Mais maintenant la loi est de leur côté, et tout ça en partie grâce au succès de ce film. » « Rafiki« , le long-métrage de la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu présenté dans Un Certain Regard, n’est-il pas lui-même un lanceur d’alerte en racontant une histoire d’amour homosexuelle dans un pays homophobe comme le Kenya ?

Rien de mieux que de commencer un festival de cinéma en se posant la question de son empreinte sur le monde et les esprits. En dédiant sa première journée de débats aux femmes, Positive Planet illustre son réel désir d’un monde cinématographique plus égalitaire et plus diversifié.

Retrouvez tous les articles de Toute La Culture sur le Festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2018

Visuels : ©Affiche ©Aurore Garot

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Aurore Garot

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