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Bourges contemporain : l’évènement artistique au cœur du Berry

Bourges contemporain : l’évènement artistique au cœur du Berry

13 septembre 2021 | PAR Rudy Degardin

Vivier de création estival, Bourges contemporain invite artistes, professionnels de la culture, passionnés et amateurs à se rencontrer pour célébrer l’art, partout dans la ville. Évènement à ne pas manquer en ce début de rentrée !

Et si Bourges devenait la prochaine capitale européenne de la culture ? Après un bref séjour dans la ville, on ne peut qu’être séduit par cette proposition faite par la mairie. Ville au riche patrimoine médiéval, elle abrite le palais Jacques Cœur, la cathédrale Saint-Etienne et son parvis aussi pittoresque que renversant ainsi qu’une multitude d’autres joyaux historiques. Mais au-delà de ces nombreux atouts, le travail de l’Antre Peaux et de l’ENSA Bourges nous rappelle qu’il ne faut pas réduire cette charmante ville du Berry à son passé médiéval. En effet, depuis le 3 juillet se tient Bourges contemporain. Un concentré d’art sur quatorze lieux, entièrement ouverts au public. Ici, la création ne se cloisonne pas. Elle se déploie dans une école d’art, un ancien château d’eau, un lycée, un musée et même dans des fermes au beau milieu de la campagne. Une expérience unique organisée par des passionnés qui ont à cœur de faire vivre l’art contemporain sur leur territoire. 

Aperçu des expositions à découvrir jusqu’au 19 septembre.

SILO de Myriam Mihindou au Transpalette 

Vingt années de créations protéiformes. Voilà ce que nous propose Myriam Mihindou au Transpalette. Invitée par l’Antre Peaux, sous le commissariat de Julie Crenn, l’artiste réunit autant de sculptures, structures, photographies et autres outils d’expression pour former un foisonnant SILO. Une véritable anthologie qui se déploie en trois parties. 

Le rez-de-chaussée porte la marque des traumas. On y voit une série de photographie sur un corps en souffrance, du verre brisé à nos pieds, l’image d’un papillon emporté par des fourmis. Le regard sur le monde est cru. Son art est violent. Il n’en reste pas moins expiatoire. Myriam Mihindou conçoit sa pratique comme une forme de médecine. Elle confie d’ailleurs avoir fait « une école d’art pour [se] soigner ». Ainsi, après le trauma vient le temps de la guérison. Plus on monte dans le SILO, plus son art devient lumineux. Il semble alors difficile de définir l’entièreté de son œuvre. Poétique, politique, tantôt mélancolique, gaie, passionnée ou fataliste, la définir serait la réduire. Le mieux est alors de s’y confronter en visitant cette inoubliable exposition, accessible jusqu’au 19 septembre.

HABITER au Château d’eau 

AVEC : Éric Astoul | Isabelle Audouard | Fabien Boitard | Florence Chevallier | Matéo Clausse | Ophélia Derely | Sandrine Fallet | Wan-Ting Fu | Machiko Hagiwara | Mia Jensen | Nicolas Juillard | Anne-Marie Kelecom | Labbrigitte | Jacques Laroussinie | Ingrid Luche | Etienne Meignant | Grégoire Messeri| Marylène Millérioux | Gwenaëlle Montigné | Émile Parchemin | Nadia Pasquer | Lucien Petit | Lucie Pillon | Hervé Rousseau | Bettina Samson | Mathilde Sauce | Georges Sybesma | Laure Tixier | Maxime Touratier | Maud Vareillaud-Bouzzine | David Whitehead

À Bourges, on a aussi transformé le château d’eau en Château d’art. Un espace aux imposants murs de pierres où le visiteur tourne en rond au gré de cercles concentriques. Si l’édifice semble au premier abord solennel, il s’y dégage pour autant une certaine chaleur. Les alvéoles, semblables à de petites chapelles permettent une relation intime avec les œuvres – au point que Clotilde Boitel, la commissaire d’exposition, a même dû reprendre un visiteur s’amusant avec une des installations. 

C’est dans ce cadre que se déroule l’exposition HABITER. En partenariat avec l’ENSA Bourges, une trentaine d’artistes se réunissent pour former des duos de création. Ici, le dialogue est poussé à son paroxysme. Les artistes, qui souvent ne se connaissaient pas, ont dû échanger afin de créer des ponts entre leurs œuvres. Dessins, peintures, photographies, sculptures, design, art numérique, les disciplines se croisent et les murs tombent.

HABITER, c’est aussi une réflexion sur notre façon d’occuper l’espace, notre rapport au corps et à l’aménagement urbain. Après d’interminables confinements, rien de mieux que de voir sous nos yeux se déployer toute l’étendue des espaces. 

L’Expérience de Suzhou – Part II à la Box, le Coin et le Prieuré Saint-Martin 

Après une première exposition à la Fabrique Pola à Bordeaux, les artistes du post-diplôme Kaolin de l’ENSA Limoges ouvrent un deuxième chapitre à la Box, au Coin et au Prieuré Saint-Martin (exceptionnellement ouvert pour l’occasion). Les huit artistes – Patrice Blouin, Grégoriane Canaméras, Hervé Delamont, Jessie Derogy, Pierre Labat, Nicolas H. Muller, Camille Reidt et David Renaud – nous embarquent dans un voyage entre Europe et Asie, après leur séjour à Jingdezhen, berceau de la porcelaine chinoise. Inspirés par les jardins de Suzhou, ils reviennent avec une proposition aussi déroutante qu’enivrante.

Ici, la céramique est poussée dans ses retranchements. À l’image des « étranges graines » de Camille Reidt semblant venir d’un autre univers. Fruit d’un conflit entre le verre à la porcelaine, ces bijoux scintillants créent sous nos yeux une harmonie nouvelle.

 
 
 
 
 
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L’expérience de Suzhou, c’est une véritable aventure, autant par la diversité des matières utilisées que par le regard porté sur elles. Avec Hervé Delamont, on prend de la hauteur en observant une forteresse miniature posée à même le sol. Pierre Labat trouve quant à lui l’équilibre en plaçant une règle au-dessus de nos têtes. Grégoriane Canaméras, elle, cherche à garder une trace. Elle collecte des empruntes de roches afin de recréer d’éternelles impressions. Chaque artiste exprime son rapport singulier à la matière, à la nature, à l’espace. Après avoir collecté d’innombrables paquets de cigarettes, Nicolas H. Muller expose au Prieuré Saint-Martin une étonnante proposition architecturale. Et au Coin, il joue avec la finesse de la porcelaine pour en faire un paravent de papier.

Mais aussi diverse soit-elle, cette expérience de Suzhou s’écrit au singulier. Peu importe les matières, les regards et les vécus, sous nos yeux, les artistes s’unissent afin de proposer une seule et même œuvre. Et pour porter cette harmonie, l’artiste-enseignant David Renaud a créé, à la manière d’un orfèvre, un socle d’une remarquable finesse.

Au Coin, leurs œuvres sont exposées à la vue de tous. Ainsi, amateurs comme non initiés s’arrêtent et se laissent parfois emportés. L’artiste Grégoriane Canaméras a d’ailleurs pu avoir un fructueux échange avec un passant lui confiant qu’il ne comprenait rien à l’art contemporain. C’est là tout l’intérêt d’un tel évènement : permettre l’échange et la rencontre.

 

UNE SOLUTION AU PROBLEME DE RAREFACTION DU TEMPS – Hôtel Lallement / l’Antre Peaux

Jean-Marc Chomaz, artiste-physicien et professeur à l’Ecole Polytechnique s’associe à la jeune artiste Olgà Flor pour une fructueuse collaboration.

Avec UNE SOLUTION AU PROBLEME DE RAREFACTION DU TEMPS, les deux artistes nous proposent le fruit de leurs recherches « entre poésie scientifique et rationalité artistique ». À travers leurs différentes installations, le temps se fige, s’écoule, se matérialise différemment. Pour Jean-Marc Chomaz, le temps est une matière première. Il lui donne une forme et le modèle afin de jouer avec les perceptions. À l’Antre Peaux, l’installation Anamorphose fait perdre tout repaire – plongé dans le noir et assourdit par une obscure mélodie. Au milieu de la pièce, deux rangés de gouttes d’eau se font face au même rythme que le temps s’écoule. Et par un astucieux jeu de miroirs, cette pluie continue semble aussi bien descendre que monter.

À l’Hôtel Lallement, l’artiste s’associe à Olgà Flor pour jouer avec les échelles. Ce qui est petit devient alors immense. Dans l’œuvre Alchimie de la couleur, elle place des nanoparticules d’or et d’argent tel des nuages enfermés dans un aquarium. Au cœur d’un hôtel particulier de la Renaissance, l’expérience y est sublime. Ici, l’art rencontre la science, les générations communiquent, le contemporain s’invite dans l’ancien. 

NUAGES ELECTRIQUES à la Transversale

Le parcours se poursuit à la rencontre des jeunes esprits qui font vivre la Transversale, cet espace culturel au cœur du lycée Alain-Fournier. Lieu d’expérimentation, galerie d’essai, c’est un véritable laboratoire où les élèves de l’ENSA Bourges, les artistes, les professeurs et les lycéens se rencontrent.

Pour Bourges contemporain, c’est Solène Charton, artiste fraichement diplômée, qui a été chargée de proposer l’exposition Nuages électriques. Sa mission : faire communiquer la collection d’objets scientifiques de Sigaud de Lafond appartenant au lycée avec des créations contemporaines. Un voyage où l’art interroge techniques et innovations. Jule Lanoix nous propose par exemple de plonger à l’intérieur de son cerveau à travers une réécriture fantasque d’un scanner cérébral. Solène Charton se sert quant à elle de l’hologramme d’une plante pour dessiner les contours d’un futur apocalyptique.

Cette charmante exposition se fait aussi avec la participation de Fausta Fancelli, Matthieu Hemmer, Solène Charton, Jean-Charles Remicourt-Marie et Shoï.

Allons voir ! – sur divers lieux du Pays Fort au Sancerrois

AVEC : Ladislas Combeuil | Chourouk Hriech | Tsama do Paço | Jeanne Tzaut | Thomas Wattebled |Hanna Hokolo et Thomas Bontemps, jeunes diplômé·e·s de l’Ensa Bourges | Hannah Barantin, jeune diplômée de TALM Tours 

Ce qui caractérise l’évènement, c’est toutes ces énergies qui font émerger l’art contemporain là où on ne l’attendait pas. Et avec Allons voir !, la création se déploie au beau milieu de la campagne.

À l’origine de ce projet, il y a Jean-André Viala (ci-dessus) et Gunther Ludwig, installés depuis quelques années dans la région. Longtemps, on leur a dit « Ici, il ne se passe rien ». Mais à ce fatalisme ils ont répondu « Il suffit de faire ! ».

Depuis, dans cette campagne se crée tout un maillage autour de l’art contemporain. Les locaux prêtent granges, caves et silos. Les artisans du coin sont sollicités pour les montages d’exposition et les artistes sont logés chez l’habitant. Ainsi, passionnés et convertis s’unissent pour que l’art émerge dans des lieux hors du commun.

À l’image de ces immenses granges pyramidales, datant du début du XVIème siècle. Non loin des châteaux de la Loire, ces joyeux méconnus forment un patrimoine aussi inattendu qu’exceptionnel. Tenu par une immense charpente, ces cathédrales de bois gardent en leur sein la mémoire de la vie rurale passée. Mais aujourd’hui, ces lieux ne sont plus utiles aux agriculteurs et représentent à l’inverse un coût d’entretien énorme. De nombreuses fermes pyramidales sont alors condamnées à la destruction. Tout l’enjeu d’Allons voir ! est donc de valoriser ce patrimoine en danger. 

Et quoi de plus étonnant que de découvrir Tiède de Thomas Wattebled au beau milieu de la grange de Vailly. Une œuvre, aux matières ignifugés et parsemée de détecteurs de fumée clignotants, à travers laquelle l’artiste nous prépare à un incendie imminent, qui n’arrive fort heureusement jamais. Au Moulin Riche, Chourouk Hriech apporte la mer au beau milieu de la campagne. Quant à Hanna Kokolo, fraîchement diplômée de l’ENSA Bourges, elle fait résonner l’histoire de la colonisation et de l’immigration africaine dans une grange pyramidale, lieu pourtant historiquement très éloignée de ces problématiques. Le contraste est saisissant.

Ainsi, Allons voir ! est une merveilleuse opportunité de se confronter à l’art contemporain, dans une ambiance aussi poétique que populaire. Jean-André Viala et Gunther Ludwig ne manquent d’ailleurs pas d’ingéniosité pour faire venir toujours plus de locaux découvrir leurs expositions. 

 
 
 
 
 
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Un évènement ancré dans son territoire

Finalement, Bourges contemporain fait un pied de nez à ceux qui voit l’art contemporain comme élitiste. De cet évènement, on retiendra volontiers le travail de ces passionnés qui aspirent à ancrer toujours plus en profondeur l’art dans le quotidien des gens.

Ce joyeux moment de partage est à découvrir jusqu’au 19 septembre. Pour plus d’informations, cliquez ici.

 

 

Visuel 1 : Collage de l’affiche © Rudy Degardin – Toutelaculture

Visuel 2 : © SILO -Myriam Mihindou – Antre Peaux

Visuel 3 : © Machiko Hagiwara, Droite : Muraille 3, 2020. Gauche : Muraille 2, 2020. Photo Jean Fre?miot / 2 – Ingrid Luche, RP—IL 03, 2018. Photo Marc Domage, Courtesy Air de Paris, Paris

Visuel 4 :  Le Pavillon du poids du monde – Vue de l’exposition au Prieuré Saint-Martin © François Lauginie 

Visuel 5 : Hervé Delamont, Nicolas H. Muller, Camille Reidt, David Renaud, Grégoriane Canaméras au Prieuré Saint-Martin © Rudy Degardin – Toutelaculture

Visuel 6 : Alchimie de la couleur d’Olga Flor à l’Hôtel Lallement. © Ensa Bourges / Antre Peaux

Visuel 7 : © Ensa Bourges / Antre Peaux

Visuel 8 : Jean-André Viala ouvrant une grange pyramidale. © Rudy Degardin – Toutelaculture 

Visuel 9 : Tiède de Thomas Wattebled. © Rudy Degardin – Toutelaculture

Visuel 10 : Moulin riche. © Rudy Degardin – Toutelaculture

 
 
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Rudy Degardin

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