Yves Noel Genod nature

6 juin 2012 Par Amelie Blaustein Niddam | 1 commentaire

Il nous fait une promesse « Je m’occupe de vous personnellement » et ose l’impensable : amener son travail si subtil, si radical hors des scènes dédiées aux «nouvelles formes ». C’est au très sérieux Théâtre du Rond Point que l’homme orchestre a décidé de planter quelques racines. Et alors ? Elles prennent bien les racines !


On s’apprête à gravir les marches qui nous amèneront salle Roland Topor, une petite salle, même pas 100 places et qui a une particularité qui n’aura pas échappé au metteur en scène, elle est pleine de fenêtres. Sur le chemin, d’adorables messieurs nous servent le champagne. Etonnement, normalement dans les spectacle de Genod, il est servi à la fin. Mais tout change ! Pas vraiment en fait. L’univers que nous aimons tant chez cet artiste est bien là : un plateau inattendu, ici, plein de plantes, y compris dans le public, une utilisation optimale de la lumière naturelle et des comédiens qui circulent. Le spectacle change de nom tous les jours, il s’appelait hier « pour public averti cinquième jour ». Genod nous demande de ne pas chercher à comprendre ou alors seulement avec le cœur. On s’exécute.

Je m’occupe de vous personnellement sonne comme une somme de ses derniers travaux et c’est peut être son meilleur spectacle. Des comédiens comme une famille qu’on a déjà eu l’occasion de voir travailler sous sa direction : Valérie Dreville, Marlène Saldana, Alexandre Styker, Dominique Uber et un danseur déjà repéré dans Oui/Je peux, Marcus Vigneron-Coudray. Une recherche accrue du geste juste, on aura vu l’horaire du spectacle passer de 21H à 19h, une évidence pour capter le jour.

Les plantes sont banales, invisibles, ce sont celles des bords des chemins. Des mauvaises herbes en quelque sorte. Dans ce jardin où la verdure est en pot, les hommes se croisent, individus seuls et se parlent sans que nous puissions les entendre. L’unique vrai moment où voyeurs nous accédons à leurs mots est quand ils sont en coulisses. Nous les matons, dans cette pièce comme un appartement où eux vont regarder ce qui se passe dehors. Est-ce que le monde est plus facile hors les murs ?
Pas de récit, pas d’histoire en tout cas en apparence. Une jeune femme qui s’apprête (réellement ) à sauter par la vraie fenêtre, Marlène Saldana qui se déshabille devant cette même fenêtre, un danseur qui danse pour lui avant de se noyer au premier sens du terme. Valerie Dreville qui lit des texte sur la mort et vous demande droit dans les yeux « vous pensez qu’il fait froid sous terre ? » Ou encore, le sublime Alexandre Styker défile, un peu travelo, juste beau en écoutant des chansons kitsch.
Pas de récit, vraiment ? Il semblerait que ce spectacle vienne interroger l’infinie solitude, la sensation est augmentée par des fausses discussions, autour d’une déco de sapin de noël où à l’occasion d’un verre aux rires forcés.
Il reste de cette pièce une foule de belles images et un trouble total. Genod fuse avec les éléments : le feu, la terre, l’eau. Il commande le temps, fait pleuvoir sur le théâtre, fait le soleil s’ il faut. L’allégorie est pessimiste, plutôt chrétienne, l’homme n’est pas grand chose sur cette terre, obsédé par la mort, même si la comédienne sourit pour nous rassurer. Mais les corbeaux croassent déjà.
On sort de là groggy, la performance est totale, l’expérience radicale. Elle divise, elle nous aura séduit. Cette mauvaise herbe là, celle qui dérange et s’installe là où on ne l’attend pas, vient jouer avec nos peurs archaïques. Pour noyer la fin, il vaut mieux s’agiter. Alors… champagne !

 

Alexandre Styker dans JE M’OCCUPE DE VOUS PERSONNELLEMENT
(Photo Marc Domage.)

Informations Pratiques


A partir du 31 mai jusqu'au 24 juin 2012

Lieu: Théâtre du Rond Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris

Horaire:
19h, le dimanche à 15H30

Liens: Réservations sur Fnac.com

27€



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