La Trilogie d’Agota Kristof au théâtre du Soleil

7 octobre 2008 Par marie | 1 commentaire

Agota Kristof   Pièce initiatique pour hommes-marionnettes… Quelles stratégies de survie sommes nous capables de mettre en oeuvre ? Comment réussir à s’endurcir face aux épreuves ? Les « jumeaux » eux ont leurs exercices, physiques ou moraux, ils s’entraînent comme il se doit pour devenir des hommes. Une adaptation du roman d’Agota Kristof, Le Grand Cahier, par la Compagnie Toda Via Theatro au Théâtre du Soleil jusqu’au 28 octobre.

 

Jouée en mai, la pièce a eu tant de succès que les comédiens ont décidé de remonter sur scène en octobre. Ainsi, les spectateurs sont en communion avec les personnages : sur scène, un tapis de feuilles mortes, sur les bancs du public, des couvertures plus que nécessaires dans ce vaste lieu. Comme la salle, l’oeuvre est froide, rude. Pleine guerre. Des jumeaux sont élevés par leur grand-mère, une « vieille sorcière » selon les gens du village. Effectivement, la vieille ne se gêne pas pour frapper les deux garçons, pauvres marionnettes articulées par des mains adultes. « Fils de chienne », « Fils de chienne » lance la folle si envahissante dans la vie de ses petits fils qu’elle en devient double, tout à la fois femme et ombre, réalité et cauchemar, comme si nous avions des mirages. A la guerre comme à la guerre, les deux pauvres garçons, blancs de fatigue et de froid, vont décider d’endurcir leurs corps et leurs esprits par des exercices. Même les officiers allemands, occupants en territoire hongrois, sont fascinés par leur carapace… Toutefois, cette cuirasse invisible n’empêche pas les jumeaux de porter secours à Bec de Lièvre, leur pauvre voisine qui, pour survivre, « montre sa fente » au prêtre. Chacun ses accommodement, mais quoiqu’il en soit, à chaque fois, les enfants se délivrent  des fils qui les agitent ; les marionnettes prennent leur envol…

Né en Hongrie en 1935, Agota Kristof, a vécu en Suisse romande et écrit en français. Autant d’horizons qui peuvent expliquer l’universalité de ce texte : les officiers vocifèrent bien en allemand, mais sans connaître de chants Hongrois, on pourrait se croire en France, ou dans n’importe quelle région européenne marquée par l’exode, les déportations, les privations. Plus que la Seconde Guerre Mondiale, ce sont les stratégies de survie en conditions extrêmes qui intéressent A. Kristof. Comme la Mère Courage de Brecht faisant du commerce en pleine guerre, les deux jumeaux continuent leur chemin malgré tout, malgré les officiers masos et le prêtre obsédé, malgré le froid et la grand-mère ingrate. Par sa mise en scène, Paula Giusti donne toute sa dimension psychologique à la pièce : la duplicité morale des personnages est doublée d’une duplicité physique : le prêtre est tout à la fois celui qui sert la messe, rassure les fidèles, et l’homme faible, hypocrite, conduit par sa chair. Quant à la grand-mère, sa violence est virile et féminine, faite de manipulations et de coups. Outre la duplicité, les autres faiblesses et comédies humaines sont soulignées par le jeu des acteurs, dont la maîtrise des corps est remarquable : métamorphosés, synchronisés, les comédiens forment ensemble une cellule homogène qui trouve toute sa force dans les tableaux figés. Paula Giusti est presque peintre…

Pour le moment, seule la première partie de la pièce, qui se suffit déjà à elle-même, est présentée ; la compagnie nous en concocte les deux autres morceaux. A suivre, donc.

La Triologie d’Agota Kristof, Partie 1, jusqu’au 28 octobre, Théâtre du Soleil, Cartoucherie, Métro Château de Vincennes, Paris 12e  01 43 98 26 10, 16 euros, 12 euros étudiants. mar-sam 20h30, dimanche 15h


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COMMENTAIRES:

  1. Jean Arp

    Le Grand Cahier d’Agota Kristof, mis en scène par Paula Giusti du Toda Via teatro sera présenté de nouveau à Clamart du 10 au 21 novembre 2009.

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