« La double inconstance » revisitée par Les Enfants d’Ernest : Marivaux toujours d’actualité

4 janvier 2017 Par
Léa Sanchez
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Le Funambule Montmartre accueille jusqu’au 15 janvier la compagnie Les Enfants d’Ernest pour une version revisitée et débordante d’énergie de La Double Inconstance de Marivaux.

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Argent, domestiques, demeures, nourriture de choix… “Vous ignorez le prix de ce que vous refusez”, lâche Trivelin. Pour le compte du Prince, tombé éperdument amoureux de Silvia, la maîtresse d’Arlequin, il tente d’appâter le villageois. Tout est bon pour détourner l’amour du jeune homme de celle dont il est épris. Tandis qu’une des dames de sa cour tente de séduire Arlequin, le Prince met ses valets au service des amoureux et multiplie les présents.

Sur la scène au décor sommaire, d’immenses boîtes de cadeaux emballées de papier brillant permettent aux acteurs d’articuler les scènes sans temps mort. Le cours de l’histoire s’enchaîne de manière astucieuse, moderne, parfois même loufoque. Tout autant que les habits des personnages : sur le plateau, c’est en salopettes courtes et crèmes que s’aiment Silvia et Arlequin. Le Prince, lui, porte sa couronne attachée sur sa paire de lunettes, quand il ne reprend pas son apparence de “simple” chevalier du Palais sous laquelle il avait fait la connaissance de Silvia, afin de pouvoir approcher la jeune femme.

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Finalement c’est son bras droit Flaminia qui va tenter, par la ruse et la manipulation, de briser l’idylle du couple de villageois. Candides, ils sont à mille lieux de l’univers complexe et plein d’intrigues du palais. Avec enthousiasme, les six acteurs cousent et décousent les relations d’amour entre les personnages. Le charme de la prose de Marivaux aux relents philosophiques et leur jeu drôle – parfois cynique – s’accompagnent de mini-chorégraphies et d’effets musicaux qui rythment la pièce.

Le tout donne une version modernisée de l’oeuvre de Marivaux, “jeun’s” pour un des spectateurs de la pièce qui regrettait sur Internet que les personnages y abordent la vie “comme la jeunesse actuelle”. Mais c’est justement la fraîcheur de l’interprétation et de la mise en scène qui fait le charme de cette version revisitée d’une pièce qui, bien qu’écrite au XVIIIe siècle, aborde des thèmes des plus actuels. Entre eux : l’opportunisme, la place de l’argent, du désir, du pouvoir et du bonheur dans l’amour… Au fond, cette réflexion sur l’inconstance amoureuse qu’offre Marivaux ne trouve-t-elle pas un écho dans la société moderne ?

Jusqu’au 15 janvier au Funambule Montmartre.
Metteur en scène : Muriel Michaux
Artistes : Aurélien Boucher, Alban Bureau, Pierre Emmanuel Dubois, Thomas Espinera, Nicolas Le Guen, Hanaé Loison, Muriel Michaux, Anne Virlogeux, Julien Ranquere, Eugénie Gaudel
Crédit photos : Aurélien Boucher


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