Nous n’irons pas à Avignon avec « Pacamambo » à Gare au Théâtre

20 juillet 2016 Par Antoine Roynier | 0 commentaires

Dimanche, nous nous sommes rendus à Vitry-sur-Seine pour le festival « Nous n’irons pas à Avignon ». Un événement unique, tout comme la pièce de théâtre que nous sommes allés voir, Pacamambo. Cette œuvre tournant autour du thème de la mort est magnifiée par l’interprétation des comédiens.

Note de la rédaction :

Parfois, la contre-soirée dans la cuisine n’a rien à envier à la grande fête qui a lieu dans le salon. C’est ainsi que l’on pourrait caractériser le festival « Nous n’irons pas à Avignon » à Gare au Théâtre de Vitry-sur-Seine. Cet événement, regroupant « toutes sortes d’expressions artistiques contemporaines » allant du cirque, au théâtre en passant par le spectacle de marionnette, a lieu du 6 au 24 Juillet. Attirés par cette proposition originale, nous nous sommes rendus à l’une des représentations le 17 juillet. On a bien fait tant Pacamambo nous a bouleversé et charmé. Cette pièce de théâtre touchante est écrite par Wadji Mouawad et interprétée par la compagnie Selk’nam.

Pourtant le thème principal de cette œuvre n’a, à première vue, rien d’enthousiasmant. Car, pendant près d’une heure, c’est la Mort qui est le sujet central de cette réalisation. Plus précisément, on nous conte l’histoire de Julie dont la grand-mère, Marie-Marie, est emportée par la Mort. Julie ne lui pardonnera jamais d’avoir enlevé sa grand-mère. L’adolescente cherche alors tout au long de la pièce à rencontrer la Mort pour qu’elle s’explique. Afin d’arriver à ses fins, Julie cache le corps de sa grand-mère dans la cave. Mais avant de mourir, l’aïeule de Julie lui a, néanmoins, fait une promesse. Elles se retrouveront un jour à Pacamambo. Il s’agit du « pays de toutes les lumières, le pays de l’empathie générale, où les noirs sont blancs et les blancs sont noirs ». Cette histoire rocambolesque, Julie ne veut pas la raconter après qu’on l’ait retrouvé. Elle finit par se confier à un médecin. La pièce alterne alors entre cette discussion et le déroulé des dix-neuf jours de disparition de Julie.

Drôle de scénario sublimé par la troupe de comédiens de Yerres (Essonne). Les apparitions sporadiques et la bienveillance de Marie-Marie, jouée par Katia Guzy, vis-à-vis de sa petite fille rendent le personnage attachant. Son interprétation juste et sans fioriture permet à la pièce de ne jamais tomber dans le pathos. Il en est de même pour la comédienne jouant Julie. Cristina Figari brûle les planches. Elle incarne à la perfection cette jeune fille et joue toutes les étapes du deuil subtilement. Il n’est pourtant pas toujours facile de tenir son rôle lorsqu’on parle à une chemise de nuit et à un masque, deux objets symbolisant le cadavre en décomposition de la grand-mère.

Un message touchant et plein de sens à notre époque

L’odeur de cette dépouille, le chien de Julie, Gros, incarné par le jeune Baptiste Souriau, ne la supporte pas. Il le dira à Marie-Marie avec qui il peut communiquer depuis sa mort. Pas toujours évident pour lui de faire le lien entre la grand-mère et sa petite-fille. Mais il est essentiel à cette dernière car il est le seul signe permettant à Julie de savoir qu’elle est encore du monde des vivants. La discussion est également compliquée entre le médecin et l’adolescente. L’interprétation par Frédéric Villanove du docteur paraît parfois insipide. Mais il ne fait que coller à son devoir de praticien neutre et insensible. Sa manière de jouer la Mort est tout autre. Il se magnifie dans ce rôle. Sa discussion avec Julie à la fin de la pièce, permettra à la jeune fille de comprendre que la mort n’emporte pas tout et que ça colère n’est pas justifiée. Si la mort emmène l’âme et le corps des êtres, elle est impuissante face aux souvenirs qui restent.

Un message touchant et plein de sens à notre époque. La salle est, d’ailleurs, obnubilée par ce spectacle bouleversant. L’assistance n’est pas la seule à être émue. Les salutations des comédiens à la salle sont pleines d’émotion. Cristina Figari est en larme, nous aussi.

Visuel: ©AR


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