« Billes de verre, éclats de plomb » à la Parole Errante : belle tentative, belle union de talents

21 avril 2017 Par
Geoffrey Nabavian
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Alors qu’Armand Gatti vient de mourir, et que l’avenir du lieu La Maison de l’Arbre, à Montreuil, où était installée la compagnie La Parole Errante, est incertain, ce beau spectacle est venu figurer un dialogue entre deux destins anticonformistes, avec beaucoup de délicatesse.

bilels-de-verre-eclats-de-plombAntonin Artaud, et Frantz Fanon, sur le plateau du lieu animé ces dernières années par Armand Gatti, auteur de textes habités par un nombre monumental de figures révolutionnaires. L’écrivain inventeur du Théâtre de la Cruauté, et le psychiatre à la réflexion désormais célèbre sur le colonialisme – deux hommes morts respectivement en 1948 et 1961 – réunis pour un dialogue imaginaire. Distancié, un peu abstrait, très incarné. Un dialogue vu, perçu, par un autre, en fait. Un personnage énigmatique… Billes de verre, éclats de plomb, met en fait sur scène La Faro, curieuse occupante des rues de Marseille, qui voit, et écoute, les deux individus déambuler en plein jour. Et nous entraîne au sein d’un espace incertain, très ouvert…

On entre vite dans l’écriture de Thérèse Bonnétat, qui aborde ces deux personnages sans foncer dans le figuratif. En passant par La Faro, figure imaginaire qui transmet le tout, et en usant d’un style au lyrisme discret, qui décrit, mais à coup d’images. Avec distance, donc. Tout ne nous est pas donné : on écoute, on s’accroche aux mots pour les décoder, et on a de la place pour rêver. Pour sentir naître en nous l’envie de découvrir davantage ces protagonistes qui existèrent, et eurent des vies marquantes.

Le texte sait également faire vivre Marseille, faire surgir la ville, sans que rien d’elle ne soit montré sur scène. Antonin Artaud, devenu fou, y erre et déblatère. Et Frantz Fanon s’y trouve pris dans une déambulation sombre. Les deux vont finir par se toucher du doigt… On se dit que le texte pourrait se permettre quelques longueurs supplémentaires, afin que l’on sente encore plus l’installation du dialogue. Mais tel quel, il fonctionne parfaitement avec la mise en scène de Joël Z. Koné, experte à se mettre dans ses pas, par le temps qu’elle prend. Et les effets dont elle ne s’encombre pas, afin que les mots donnent tout à imaginer.

Cette sobriété – permise également par les lumières discrètes de Fabien Montagné, et la scénographie toute ouverte de Xavier Dupenloup et Max-Stéphane Etingué, et leur décor – s’allie à une direction d’interprètes très juste. La comédienne Haciba Boucenna, qui joue le plus souvent la figure enjouée, très mobile, de La Faro, devient un Antonin Artaud dont elle ne force pas les traits abîmés. Le bassiste Max-Stéphane Etingué vient lui prêter main forte, de façon sobre, toujours. Et prend au passage en charge des mots de Frantz Fanon… Si certains passages tombent un tout petit peu dans la monotonie, les présences originales de ces passeurs aident très bien l’univers à se matérialiser devant nous, et à nous accrocher.  Ces Billes de verre… donnent au final envie de se plonger dans les destins de ces deux hommes particuliers. Avec une forme prenante, et souvent assez fascinante.

Un spectacle coproduit par Idéokilogramme et La Petite Fabrique.

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Visuel : © Idéokilogramme / affiche de Billes de verre, éclats de plomb


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