[Reprise] Press de Pierre Rigal : Un huit clos sans frontières à l’International Visual Theater

24 janvier 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Pression, compression, oppression, etc. le titre du spectacle du chorégraphe iconoclaste Pierre Rigal invite à la sur-interprétation. Au risque, peut-être, de devenir un « faux-ami », le côté révolutionnaire et la dimension novatrice de cette création perdant, huit ans après sa première représentation, un peu de leur fraîcheur.

Note de la rédaction :

Sans conteste, dans le petit monde de la danse, Rigal passe pour un original et ce pour plusieurs raisons. Son parcours, d’abord : ancien athlète de haut niveau, ce n’est que tardivement qu’il découvre la danse, en tant qu’interprète dans un premier temps, puis rapidement en tant que chorégraphe de ses propres créations. Son approche, ensuite : croisant librement cirque, pantomime et jonglage dans une danse toute en raideur et tonicité musculaire, le corps n’est pour lui qu’un outil grâce auquel réfléchir à un sujet spécifique et faire exister un dispositif tel le système de lumières des spectacles Erections et Arrêts de jeu (2006), Le mur d’Asphalte (2009) ou encore la boîte de Press (2008). Sa célébrité et son succès, enfin : Rigal fait se déplacer les foules, en grand nombre et durablement. La longévité d’un spectacle comme Press est révélatrice du lien noué au fil des années entre le chorégraphe et son public, le dernier appréciant chez le premier l’accessibilité immédiate des scénarios qu’il propose.

Dans Press, Rigal met en scène le désarroi de l’homme moderne accablé par un environnement oppressant, écrasant. Une structure simple pour un thème kafkaïen qui ne manque de résonner en tout un chacun, « bien-entendant » ou malentendant. Car, pour nous, la confrontation homme-machine proposée par Rigal a été l’occasion d’une expérience toute particulière, voire terriblement déconcertante, puisque nous nous rendions pour la première fois à l’International Visual Theater, une salle dédiée à recevoir un public de sourds et muets. De l’accueil en langue des signes, aux basses du son amplifiées, en passant par le comportement des spectateurs ou des ingénieurs-son, tout concourrait à nous sortir de notre zone de confort. Une expérience pour le moins enrichissante que n’ont pu mettre en branle les problèmes techniques rencontrés durant la performance. Il faut dire que celle-ci repose sur un dispositif efficace et créateur de quelques belles trouvailles visuelles lorsque, par exemple, sous l’effet de l’abaissement du plafond, Rigal se retrouve littéralement sans tête. Par paliers successifs, on assiste donc impuissants à la réduction de l’espace offert à l’interprète. Impuissants mais pas insensibles, à la limite même du masochisme : on en viendrait presque à regretter que l’espace ne se réduise pas plus avant l’engloutissement final…

Aussi, ce dernier provoque-t-il un certain soulagement, mais il est porteur également d’une petite déception. Si les gestes de dislocation donnent à voir combien corps et dé-corps doivent composer ensemble et le talent de contorsionniste de Pierre Rigal impressionne, si le thème du spectacle entre en résonance directe avec le contexte de crise ambiant, on s’interroge tout de même sur le « mais après ? ». Tout est réglé avec une minutie telle que même les problèmes techniques ne viendront jamais enrayer la mécanique bien huilée de Press. Rigal est un homme-machine, et c’est peut-être là, aussi, que réside la limite du spectacle. L’enfermement mental et physique laisse si peu de place au lâcher-prise et de l’interprète et du public, au risque finalement de brider la part de créativité intrinsèque à la capacité de résilience et à prendre au piège du dispositif l’imagination du spectateur elle-même.

Press de et avec Pierre Rogal, International Visual Theater, du 21 au 24 janvier 2016, durée 1h, jeudi 19h + rencontre, vendredi & samedi 20h, dimanche 16h.

visuels : affiche officielle


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