Danse

[Chronique] « Erection », du chorégraphe Pierre Rigal : la danse et les maths

[Chronique] « Erection », du chorégraphe Pierre Rigal : la danse et les maths

13 janvier 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Reprise du solo de danse de Pierre Rigal, Erection, au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 1er février. En cinquante minutes, l’histoire d’un homme allongé qui, au final, parviendra à se mettre debout. Allez-y pour découvrir une danse brillante, drôle, intense, burlesque, parfois un peu trop contrôlée… En tout cas, mathématiquement réglée et pensée, en explorant tous les champs des maths, jusqu’aux plus fous.

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Pierre Rigal ErectionL’histoire d’Erection tient en une phrase : un homme allongé se met debout, à l’issue d’un dur parcours. Oui, il y a bien une « histoire » dans ce solo de danse, le premier de Pierre Rigal, réalisé en 2003 : le chorégraphe l’interprète lui-même, y apporte une touche burlesque, par ses expressions faciales que l’on croirait tirées d’une pièce de théâtre, et dialogue avec des jeux de lumière qui semblent vivants, auxquels on prête vite des symboliques. Attachante, prenante et drôle, cette traversée, même si, le temps de quelques gestes trop répétés, elle nous perd parfois.

On ne vous racontera pas les différentes étapes du parcours, sous peine de déflorer le suspense. Des ruptures de rythme, des obstacles à franchir, une musique ciselée, saupoudrée juste comme il faut, et très « rock » -Rigal a consacré, en 2010, un spectacle, Micro, au sujet-  des effets vidéo à la fois sobres et stimulants…et quoi d’autre ? Un travail corporel parfait, forcément. Pierre Rigal danseur contrôle, de façon impressionnante, chaque petite partie de son corps. Des images restent en tête : son premier mouvement, un soulèvement de thorax inouï ; son art de pivoter allongé, en restant tout droit ; ses sauts dans une lumière de stroboscope, donnant une impression de lévitation…A des moments, le contrôle se sent un peu trop. Il effectue un numéro de haute volée, qui laisse coi plus qu’il n’émeut. Il est en relation complète avec le sol, sculpté par des lumières et de la vidéo. Sculpté de façon quasiment mathématique.

Pierre RigalL’originalité de cette pièce se situe ici : on devine et on sent les maths. Artiste au parcours singulier, Rigal a étudié l’économie mathématique et le cinéma, tout en se formant en tant qu’athlète de haut niveau, spécialisé dans le 400m et le 400m haies. Dans ses spectacles, il décompose : on se souvient de sa dissection de la demi-finale de la coupe du monde 1982 dans Arrêts de jeu. Il n’hésite pas à comparer la danse à des maths. Mais rassurez-vous : nul ennui, nulle complexité ici. La science des nombres se sent dans cet espace sculpté par la lumière, agrémenté de bruitages, qui n’hésite pas à menacer le danseur, à l’emprisonner, à réagir à lui. Lequel, pour s’en sortir, est amené à faire ses gestes, qui évoluent vers de plus en plus de lâcher-prise, de folie. Il dépasse bientôt sa technique impeccable et ses prouesses pour s’envoler vers l’émotion. Celle-ci est parfaitement atteinte au cours d’un instant magique où on le voit debout pour la première fois : mal assuré, jambes croisées, pas droit. Mais debout. Tant de contorsions pour arriver à cette simplicité. Oui, là, l’émotion nous traverse. Les maths, qui maintenaient l’interprète dans un espace réduit et le poussaient à se dépasser, permettent, le temps d’une seconde, un retour à une simplicité dont l’évidence nous apparaît inédite. Belle leçon.

Erection, spectacle de danse chorégraphié et interprété par Pierre Rigal. Mis en scène par Aurélien Bory. Vidéo: Pierre Rigal.

Visuel: (c) affiche du spectacle Erection

Visuel: (c) Pierre Grosbois

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