Danse
Arrêts de Jeu, Pierre Rigal rejoue le match au Théâtre du Rond Point et c’est bien !

Arrêts de Jeu, Pierre Rigal rejoue le match au Théâtre du Rond Point et c’est bien !

23 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre du festival Rigal dans tous les sens, dont nous vous parlions à l’occasion de la reprise de Micro et de la création de Théâtre des Opérations, Pierre Rigal présente l’un de ses premiers spectacles « Arrêts de jeu », un trait de génie d’une heure sur la mythique demi-finale France-Allemagne, coupe du Monde, 1982.  A voir absolument !

Ça commence par une vision, des gros matelas surplombés de casques, comme des uniformes de football américain. Noir total, une ligne lumineuse se trace en pointillé. Bientôt surgiront des écrans, petits comme des vieilles télévisions. Les quatre danseurs sont déjà là, invisibles, ils font danser ces lucarnes par lesquelles le drame est arrivé. Oui le drame ! Comment ça le mot est trop fort ?  Cette demi-finale a traumatisé une nation entière, demandez à vos grands frères !

Rappel des faits : 1982, l’équipe de France de football s’apprête à jouer la demi-finale de la Coupe du Monde à Séville face à l’Allemagne. Et c’est Pierre Rigal qui en 2006 le raconte le mieux : « Le scénario de cette partie reste encore dans les mémoires des enfants que nous étions à l’époque. Battiston tombe dans le coma, agressé par le gardien Schumacher. L’arbitre refuse injustement un but de Rocheteau. Les Platini, Giresse, Tigana, Trésor sont des héros. Ils défient courageusement leurs adversaires.3 – 1 pour les français dans les prolongations. Les allemands égalisent à quelques secondes de la fin. La séance de tirs au but est interminable, insoutenable. Maxime Bossis manque son penalty. »

La France perd.

D’un traumatisme de gamin,  l’adulte chorégraphe fait un art. Benoît Canteteau, Mélanie Chartreux (la sexy girl de Micro), Itamar Glucksmann et Pierre Rigal chaussent protège-genoux, shorts blancs et spring court. Ils incarnent ce moment à la croisée des genres : sport, jeux du cirque, communion nationale.

Ils réinterprètent tout, d’abord le match même, par des processus de ralentis. Les corps, comme toujours chez Pierre Rigal se chevauchent, prennent appui les uns sur les autres, ici s’écrasent, laissant place à des visages transmués par la douleur.  Baston, tir retourné, saut vertigineux. Tout y est accompagné par une musique de Joan Cambon et Sylvain Chauveau qui vient augmenter le son des balles imaginaires qui tapent le sol et des pieds qui glissent sur le terrain.

Vient ensuite le mythe, comment ce match a hanté les nuits cauchemardesques des petits garçons. La lumière passe du vert gazon du terrain au rouge des mauvais rêves.  Les panneaux des scores se trimbalent, perdent leurs diodes que Rigal utilise pour illuminer, lézard paumé, son arrête dorsale.

Il y a ici une idée à la seconde dans une accroche sensible qui parle à tous même à ceux qui n’ont jamais vu ni ce match, ni un autre. L’injustice, la peine, la fouge sont ici incarnées par des interprètes déments. Les gestes hyper techniques sont déroulés sans encombre, dans une fluidité déconcertante, et plus que tout, avec une ironie tellement bien placée.

On régresse avec eux, on devient l’enfant  de 9 ans qu’était Rigal, on se glisse dans leurs corps qui ne cherchent qu’à raconter, qu’à transmettre cette mésaventure. Les commentaires sportifs de Jean Michel Larqué et Thierry Roland intégrés au son font éclater le rire dans la salle.  » Il n’est pas la peine de rappeler le résultat » disent-ils, mais il est la peine de courir sur la pelouse du Rond-point pour aller voir ce spectacle.

Visuel (c) Pierre Grosbois

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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