Attends, Attends, Attends ( pour mon père) : la traversée du Styx de Jan Fabre

11 mars 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Durant tout le mois de mars, le théâtre de la Bastille se met aux couleurs de Jan Fabre. L’immense plasticien qui fait de la violence son matériau premier propose ici un triptyque composé de Drugs keep me alive, Preparatio mortis et, en ouverture Attends, Attends, Attends…( Pour mon père).

Note de la rédaction :

8-attune

Attends, Attends, Attends…(Pour mon père) a été créé pour Cédric Charron en 2014. Il y a déjà là, l’humour noir de Fabre qui s’offre à nous. Cédric dispose du patronyme parfait « Charron ». Le Charon était dans la mythologie le passeur qui faisait passer les morts-vivants du côté des morts sur sa barque en traversant le Styx, et moyennant quelques pièces d’argent.

Alors, l’homme en rouge, long et fin chapelier rouge navigue et pagaye dans le trouble de la fumée nuageuse. Fabre est protéiforme et ce solo permet de saisir les grandes lignes et les grandes obsessions du nouveau directeur artistique du Festival d’Athènes.
Il est question de souffle ici pour ce danseur qui respire par la gorge pour assumer des rebonds et des inclinaisons extrêmes. La danse se fait déstructurées et désaxée.
Fabre se marre à refaire le jeu de la mythologie. Récemment, il nous a fait passer 24h sur le Mont Olympe, et il y dix ans, il nous plongeait dans la violence de la peinture flamande du XVIIe siècle en nous racontant l’Histoire des Larmes et Je suis sang. Toujours il navigue entre solo intimes et grandes formes qui percutent et révulsent jusqu’à un écœurement addictif.

Attends, Attends, Attends énerve, ennuie, fascine, trouble, dérange.  Le danseur va jouer le jeu de la quête du fantôme. Il va souffrir, saigner, jouir, transpirer.  Énerve, ennuie, fascine, trouble, dérange de la même façon qu’une relation entre un père et un fils s’inscrit dans un temps élastique qui va de la lenteur à l’accélération inarrêtable.

La mort plane sur toute l’oeuvre de Fabre qui a tant sculpté la beauté des carcasses de scarabées. Il est fasciné par l’obligation de disparaître. Ici, il nous raconte ce qui pour lui est le pire, l’attente de la dernière rencontre. Cedric Charron est à la fois ridicule et fascinant dans un jeu qui navigue entre danse et performance. Il s’arrête, saisit un micro rouge et nous déblatère du vide dont surgit des beautés immenses, il nous montre « L’inutile de l’élégance ».

Le résultat est comme toujours après une oeuvre de Jan Fabre l’inscription d’images fortes, et cette homme qui chasse les nuages comme un Chaman restera et un trouble face un mélange des genre hybride et fascinant.

Visuel : Théâtre de Bastille


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