Théâtre
L’Empereur de la perte, Jan Fabre part à la quête du rêve insoluble

L’Empereur de la perte, Jan Fabre part à la quête du rêve insoluble

27 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Reprise ! L’Empereur de la perte a été créé en 1994, présenté à Avignon en 2005, le solo, alors joué par Dirk Roofhooft, trouve dans sa version 2012 un souffle nouveau et réjouissant dans les gestes de  Frano Maškovic.  Le spectacle est présenté au Théâtre de Gennevilliers dans le cadre du cycle Jan Fabre.

Il est presque seul un scène. Le comédien, dans un décor rouge de magicien est confronté à son double cadavre et marionnette. Lui s’est arraché le coeur pour se sentir plus léger, mais, même au delà du corps, il pèse. Quoi faire ? Recommencer, recommencer encore, depuis le début ? Encore ? Il demandera sans cesse l’autorisation aux spectateurs. Ce qu’il souhaite c’est « rêver le rêve insoluble ». Mais il tombe, il navigue « dans la tempête de la souffrance ». Artiste en berne, il cherche à séduire, à émouvoir, à gratter des applaudissements. Alors, il jongle avec des assiettes qui se brisent, il essaie de faire jaillir les serpentins et y arrive, magie du show, quand on ne l’attend plus.

Le rôle est campé par une star croate, Frano Maškovic, hyper clownesque. Il saute, danse en vous plantant son regard acier dans le vôtre. L’exercice est difficile à deux niveaux. D’abord la traduction est aléatoire, diffusée sur deux écrans mal positionnés. Ensuite,il y a la poésie de Jan Fabre, le texte est sublime, décrivant la douleur et la disparition avec une acidité vécue. Il faut donc s’accrocher. Le comédien, à raison, ne nous lâche pas, il invective, il mime. Il nous tient. On le trouve génial, il nous touche et nous attriste, lui, trimbalant son coeur blessé sur toute les parties de son corps.

Il préforme, mangeant ce coeur, se bandant le visage et le torse d’élastiques. Il souffre et nous transmet son mal. Dans une élégance de rythme, il nous fait rire pour ne pas nous laisser plonger avec lui.

Le spectacle vient dire la vacuité du statut d’artiste et plus loin, de celui d’humain. C’est un Jan Fabre affecté, esprit en plaie ouverte au monde qui a écrit cela. Auteur, metteur en scène, il rappelle qu’il est un artiste total à ceux qui le résument à des moignons de vidéos aperçues sur la toile.

L’Empereur de la perte nous dit « Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas; le plus souvent, ça ne marche pas” , c’est vrai, mais là, ce diaporama sur l’échec d’un homme est d’une fatale beauté.

 

Visuel : © Mara Bratoš/Zkm

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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