Geneviève de Brabant à Montpellier : la sauce ne prend pas

20 mars 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Après l’Opéra de Lyon et son Roi Carotte en décembre dernier, c’est au tour de l’Opéra de Montpellier de sortir de l’oubli une œuvre d’Offenbach, Geneviève de Brabant. Malheureusement, cette redécouverte est loin d’atteindre la hauteur de l’attente et de l’espoir qui la précédaient…

Note de la rédaction :

L’histoire n’est pas vraiment possible à résumer : Geneviève et Sifroy ne parviennent pas à avoir d’enfant, ce qui pose problème pour la descendance du duc car s’il n’a pas d’héritier dans les deux premières années de son mariage, il devra abandonner la couronne. Vanderprout le bourgmestre convoque sexologues, conseillers, et tous ceux qui disent pouvoir aider. Vient Dogan, apprenti charcutier, qui propose de faire un pâté aphrodisiaque qui n’est en réalité qu’un pâté dans le but d’entrer au service de Geneviève. Le conseiller du duc, Golo, s’en inquiète car il fait tout pour que Sifroy soit forcer à abdiquer. Il va jusqu’à faire croire à Sifroy que sa femme le trompe avec Dogan et faire entrer en jeu Charles Martel qui demandera à tous de le suivre pour la guerre. Finalement, personne n’ira batailler mais ils feront la fête à l’abris des regards. Isoline, épouse répudiée de Golo, apparaît alors pour aider Geneviève. Tout finit bien et la traîtrise est mise à jour.

L’adaptation du livret bascule ici dans l’excès sans être forcément drôle : bien qu’il s’agisse d’Offenbach, quelques petites maladresses rendent parfois l’œuvre un peu « lourde », ce qui est peut-être aussi dû aux jeux de certains interprètes et/ou à la direction d’acteurs. La possibilité de visiter les décors durant l’entracte est, quant à elle, une belle initiative pour les plus curieux.

En effet, la mise en scène de Carlos Wagner est originale : nous nous retrouvons en pavillon apparemment américain coloré où Geneviève et ses amies ont des airs de pin-up. En soit, pourquoi pas ? Pourtant, la transposition ne fonctionne qu’à moitié… Rappelons que le livret s’inspire d’une légende française du Moyen-Age, ce qui nous amène bien loin de l’univers présent sur scène. Le plus gênant reste cependant l’excès de cette mise en scène (qui s’ajoute aux excès grivois de la réécriture du texte parlé) : pot de chambre rempli sous nos yeux, enfant urinant dans la piscine (piscine dont, au passage, le fonctionnement ajoute davantage de pollution sonore que d’intérêt réel), entrejambes rembourrés, déguisement de Sifroy en Cléopâtre, costume intergalactique pour Isoline,… Tant de pseudo-gags qui, mis bout à bout, sont de trop et ne fonctionnent plus. Pourtant, d’autres idées sont très bonnes et amusantes, comme les apparitions de Golo surgissant de partout (mais jamais de manière convenue : en haut d’un arbre ou bien par une trappe dans le gazon),  ou encore l’ermite du ravin qui devient un nain de jardin dans une poubelle. En revanche, nous ne voyons pas où Carlos Wagner voulait en venir avec ce Charles Martel sous forme d’une statue transportée par Sébastien Parotte qui interprète le rôle. A vouloir trop en faire, la mise en scène lasse et le côté grivois excessif renforcé par le texte amène aux bords de l’ingestion. Le plat est à la fois trop copieux et trop gras.

Qu’en est-il alors des voix et des interprètes dans l’ensemble ? Malheureusement, pas de quoi rehausser le tout. Avi Klemberg, Sifroy (qui est finalement le personnage principal), ne convainc ni par son chant ni par son jeu. Le personnage paraît ici un peu tâche, ou plutôt très tâche, l’excès étant encore le point faible. Nous connaissons souvent quelqu’un qui se croit drôle sans l’être : voilà notre Sifroy. Sébastien Parotte aurait été un Charles Martel imposant dans un autre costume, mais la voix ne marque pas. Philippe Ermelier (entendu dans My Fair Lady) fait un assez bon Grabuge, mais on a du mal à suivre l’accent belge qu’il prend et perd plus ou moins régulièrement. Si Pitou, Enguerrand de Hys, amuse au début, l’excès de la mise en scène à son égard (notamment les tapes à répétitions sur son casque) finissent par lui faire perdre de son comique en fin de soirée. Bref, les interprètes masculins ne marquent pas spécialement les esprits dans cette production, entravés par une mise en scène qui ne les aide pas forcément.

Deux noms pourtant se « dé-tâchent », apportant un peu de légèreté dans tout ce gras. Jodie Devos, pour commencer, qui incarne une belle Geneviève dont les excès s’inscrivent ici dans le style de l’opéra-bouffe, sans passer la limite du trop. Côté vocal, elle confirme ce qui s’était déjà dit lorsqu’elle avait remplacé Sabine Devieilhe lors d’une représentation de la Chauve-Souris : timbre en rondeur, prononciation et technique sont là. Le nom est à suivre, assurément.

Autre touche de légèreté, celle du Dogan de Valentine Lemercier qui est une véritable bouffée d’oxygène. A chacune de ses apparitions, parfois avant même qu’elle ouvre la bouche, nous respirons car nous savons que l’instant sera agréable. La projection est excellente, de même que la prononciation, le jeu est plus sobre que celui de ses camarades et donc d’autant plus appréciable. Une très belle découverte pour celles et ceux qui ne la connaissaient pas.

Si le côté super-héroïne d’Isoline est amusant, si l’on peut accepter le décalage du personnage, si la voix est là, Diana Higbee ne parvient cependant pas à se sortir de la mise en scène globale pour briller elle aussi. Il en va presque de même pour les chœurs qui forment un très bel ensemble, puissant et homogène, se sortant plutôt bien de la vision de Carlos Wagner.

Enfin, l’orchestre se sort assez bien de l’exercice, bien que parfois forcé à moduler sa puissance pour ne pas couvrir les voix qui ont du mal à se projeter. La musique d’Offenbach est, pour sa part, fidèle à elle-même et on est heureux de la découverte de cette partition, même si la manière de la redécouvrir nous laisse sur notre faim à force de gavage. Comble pour un Offenbach : on en vient même à s’ennuyer! Espérons que cela n’enterre pas à nouveau cette amusante Geneviève de Brabant car à force de mettre tout ce qui lui passait sous la main dans sa marmite, le metteur en scène nous sert un gloubi-boulga qui, allégé, aurait pu être un plat gastronomique. Dommage.

©Marc Ginot


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