Opéra

La Chauve-Souris de Strauss à l’Opéra Comique : la nouvelle référence

La Chauve-Souris de Strauss à l’Opéra Comique : la nouvelle référence

24 décembre 2014 | PAR Elodie Martinez

Dimanche soir se jouait la Première de la tant Chauve-Souris de Strauss à l’Opéra Comique, servie par un plateau exceptionnel. Le metteur en scène, Ivan Alexandre, nous avait promis un beau cadeau . Force est de constater que le résultat va bien au-delà de nos espérances et que les promesses, bien que fort nombreuses et importantes, sont merveilleusement tenues.
Rapide retour sur un spectacle qui pourrait se résumer par cette simple phrase courte : « Merci infiniment : c’était parfait !»

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Les Musiciens du Louvre, menés par leur chef Marc Minkowsky, font mouche dès les premières notes et l’Ouverture mérite amplement la salve d’applaudissement ainsi que les bravo du public. Disons-le tout de suite : cette interprétation musicale si juste maintiendra sa perfection de bout en bout de la pièce.
Côté livret et mise en scène, on dépoussière, on nettoie, on brique, et on offre une version française fidèle à Strauss sans pour autant être vieillotte. Nous entrons ici dans une belle parenthèse atemporelle qui résonne chez le public, quel que soit son origine, respectant la volonté exprimée par Ivan Alexandre d’un « théâtre miroir ». On se sent terriblement bien et terriblement à l’aise dans cette pièce festive!
Côté distribution, on nous informe au début de la représentation que Frédéric Antoun est remplacé sur l’ensemble des dates par Philippe Talbot dans le rôle d’Alfred ; saluons le courage et l’engagement de l’artiste qui a dû apprendre le rôle en à peine 48 heures et parvient à incarner ce ténor qui n’a de cesse de chanter pour un oui ou pour un non. Face à lui, un Stéphane Degout faisant totalement oublier les multiples difficultés de sa partition, pourtant inaccessible pour la plupart des chanteurs. A cette voix s’ajoute un jeu tout aussi parfait que celui de ses camarades, comme Franck Leguérine (excellent Franck) ou Florian Sempey (Me Falke).
La voix masculine la plus extraordinaire reste certainement celle de Kangmin Justin Kim dans le rôle du prince Orlofsky, incarnant également une Cecilia Bartolsky à mourir de rire. Toute personne ayant vu l’originale ne peut qu’applaudir cette caricature ainsi que l’exercice tant vocal que scénique que cela implique. De plus, si le personnage du prince est souvent incarné par une mezzo à cause de la hauteur des notes, c’est une véritable claque de les entendre chanter ici par un homme.
Face à cette distribution masculine sans égale, il fallait trouver un pendant féminin qui parvienne à la hauteur. Chiara Skerath, en bourgeoise de boulevard, laisse alors entendre la beauté d’une soprano puissante et se révèle être une redoutable interprète dans ce rôle de Rosalinde. S’ajoute à cette dernière Sabine Devieilhe (Adèle) qui, non contente de nous offrir un parfait jeu d’actrice aux accents d’Arletty et une virtuosité vocale dont elle est seule capable, rajoute des difficultés à la partition initiale afin de mieux les passer avec une aisance déconcertante pour le plus grand plaisir du public.
Tel un véritable travail d’orfèvrerie, le détail a son importance et est tout aussi travaillé : les rôles moins importants sont également remarquables, appuyant la cohérence de la mise en scène globale. Saluons donc Jodie Devos de l’Académie de l’Opéra Comique dans le rôle d’Ida, Christophe Mortagne pour un très drôle Me Miro, Atmen Kelif incarnant un Frosch qui pourrait cependant être plus amusant encore.

Vous l’aurez donc compris : cette Chauve-Souris est magique et festive. Quoi de mieux pour les Fêtes ? S’il reste encore des places, précipitez-vous ! Et s’il n’en reste malheureusement plus, vous pourrez toujours tâcher de vous consoler lors de sa diffusion sur France Musique le 3 janvier à 19h… et priez pour qu’un DVD soit (rapidement) commercialisé ! Une chose est sûre : ne passez surtout pas à côté d’un tel cadeau.

Elodie Martinez

Visuel : ©Pierre Grosbois

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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