Bavardages avec William Sheller dans le cadre de Chorus

19 mars 2011 Par Bérénice Clerc | 0 commentaires

William Sheller se fait hélas rare, le festival Chorus nous l’offre au Carré Bellefeuille de Boulogne Billancourt.

Un bel auditorium nous ouvre ses portes neuves, un piano à queue seul entre fumée et pénombre habite l’espace scénique.

Chacun de nous garde en tête une mélodie de Sheller, un rythme une pâte sonore personnelle où les mots taillés dans un français de luxe, brillent et émeuvent à merveille.

Musicien à la formation solide et classique, il décide de se lancer dans le rock et le pop malgré les réticences de son maître ancien disciple de Gabriel Fauré. Il se retrouve piégé dans les affres du Show Bizz et des médias avec Rock’n’dollars, moquerie faussement anglo-saxonne digne des plus beaux playbacks télévisés pour auditeurs ou adolescents crédules. Il décide de quitter tout ce monde absolument opposé à ce qu’est la musique et surtout à son niveau réel. Il revient avec le superbe album Nicolas, suivront d’autres perles, des scènes multiples, des orchestres symphoniques, des quatuors à cordes, des quintettes et des compositions sans mots. Il donne libre court à ses rêveries musicales, agrémentées de mots.

La lumière se baisse dans la salle comble, William Sheller entre en scène en costume chinois sobre et noir, il nous salut et se met au piano.

Il nous fait entrer dans son univers, commence à nous raconter comment il s’est retrouvé à chanter seul au piano, un jour où les frontières de l’Europe existaient encore, ses musiciens se virent confisquer leurs instruments, il dut assurer et se rendit compte de la différence de rapport avec le public induite par la proximité. Il décida ainsi de prendre la route et de raconter l’histoire de ses chansons. Nous sommes chez Wiliam Sheller, il nous raconte une partie de sa vie, de ses inspirations. Les premières notes de Je cours tous seul résonnent, le piano a un son dense, plein, la balance est juste et la salle parfaite pour ce type de concert. Les lumières sont très classe, sobre et varient selon les morceaux, la création est aussi belle que la musique. Le voyage entre chaque chanson est accompagnée de mots et de notes comme lancés pour soutenir ou accompagner le verbe, simplement. William Sheller parle de son enfance, lorsqu’il revient en France après des années aux USA, terre d’origine de son père dans le milieu du Jazz. Yvonne une voisine bretonne l’accueil, lui fait promener le chien. Chez elle l’odeur du poireaux écœure l’enfant qu’il est à l’époque, il ne veut surtout pas rester chez elle pour avoir à manger cette horreur malodorante. Un jour ses parents vont à un concert et le font dormir chez elle… Pour ce moquer elle lui dit qu’il ne reviendront jamais…il ironise nous dit qu’elle est responsable de multiples années de psychanalyse et surtout de l’idée de la superbe chanson Nicolas.

Les compositions de William Sheller sont exceptionnelles, elles laissent à penser qu’elles sont simples comme de la variété, mais vous entrainent dans un univers profond, riche, digne des plus grands compositeurs classiques. Du beau, du très beau piano, des mains agiles rythmées et soutenues par des textes fins, drôles, émouvant et justes. Une certaine mélancolie se dégage de l’univers Sheller, mais celle qui vous donne de l’énergie, de l’espoir de chanter encore et encore pour vivre, avancer le long de la vie parfois caillouteuse.

D’anecdotes en anecdotes il nous parle de son enfance. De retour en France où il découvre ses grands parents maternels. Sa grand-mère est ouvreuse au Théâtre des Champs Elysées et son grand père décorateur à l’opéra Garnier. Il rencontre ainsi l’univers classique, l’opérette et l’Opéra vu des coulisses au cœur de l’action. Il résume en trois phrases Madame Butterfly, fait rire le public et démarre sa version vue du Capitaine.

La poésie des mots simples nous emporte, nous captive, le piano sublime virevolte des Miroirs dans la boue, à Vienne de Barbara réarrangée en passant par Genève, pour croiser les Filles de l’aurore composée une nuit sans sommeil, Fier et fou de vous, Simplement, Loulou, Mon hôtel…

Un été au moment de la sieste lorsqu’il entendit un enfant hurler en boucle avec son ballon à la main « Maman est folle, maman est folle, maman est folle, maman est folle », il dut se lever pour composer la géniale Maman est folle.

Elvira est tellement riche et la composition ciselée exceptionnellement dure à jouer comme A Franchement Parlé ou les Machines absurdes sont jouées avec panache, brio et une simplicité déconcertante.

Un vrai concert où l’artiste est au centre, pour les bonnes raisons, la musique enivrante, des mots poétiques et porteurs, une belle lumière et une force fantastique comme une symphonie. Le public le rappelle encore et encore, il le dit « je n’allais pas partir sans vous la faire quand même ! » Un homme heureux ravit le public déjà conquit. Il ne manquait plus qu’un Vieux Rock’n’Roll pour faire chanter la salle à l’unisson et terminer ce moment de partage dans la joie et la bonne humeur.

Ces bavardages avec William Sheller furent plus qu’agréables, il tient salon autour de ses chansons, la ballade est belle, douce, sentimentale, drôle, forte, multicolore, unique et rare.

William Sheller nous laisse seul, il repart pour sa belle et calme campagne, mais nous gardons l’espoir qu’un album nous arrivera bientôt, riche de notes avec ou sans mot.


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La légende canadienne de la folk, Léonard Cohen, revient en mai avec un nouvel album. À 80 ans , il fait partie, aux côtés de Bob Dylan, des figures éternelles de la musique populaire nord américaine et mondiale.

Alors que le très spirituel Hallelujah (1984) résonne encore dans nos coeurs et dans nos têtes, ce Québécois a prévu de sortir un album live le 12 mai. Enregistré lors de sa tournée Old Ideas Tour, s'étant déroulée de août 2012 à Décembre 2013, ce disque comptera une dizaine de titres. Intitulé Can't Forget : A Souvenir of the Grand Tour, cette nouvelle relique participera à la communion entre les fans et cette icône. Ainsi, certaines chansons ont été enregistrées lors des répétitions de l'artiste. Lors de cette tournée mondiale, plus de 600 000 billets furent vendus.

Malgré son grand âge, Leonard Cohen ne semble pas avoir épuisé son répertoire puisque deux nouveaux morceaux seront disponibles dans cet album: Never Gave Nobody Trouble et Got a Little Secret. Ce dernier a été joué lors de la tournée et un premier aperçu est, malgré la qualité amateur de la video, en écoute sur Youtube. Sur ce nouvel enregistrement, il s'offre même une reprise (« La Manic »), en français, de Georges Dor, décédé en 2013.

Après cinquante ans de carrière, les cheveux grisés et la voix usée par le temps, Léonard Cohen est toujours en activité. Aucune date n'est encore annoncée mais il n'est pas déraisonnable d'espérer le voir, un jour, interpréter des chansons qui auront bercé des générations de personnes à travers la planète. En 2008, alors âgé de 73 ans, cet immortel avait déjà fait son grand retour sur scène... En 2004, sa manageuse, Kelley Lynch, avait détourné 5 millions de dollars que le chanteur avait mis de côté pour sa retraite. Il s'était alors déclaré ruiné et cette mauvaise blague avait motivé son "come back". Malgré ces enjeux financiers, l'histoire et les fans ne retiendront que son amour pour la musique...

Visuel : (c) Rama

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Le nom de The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band ne vous dit certainement rien. Qu'en est-il du film Alabama Monroe de Felix Van Groeningen, récompensé en 2014 par le César du meilleur film étranger ? Le groupe de musique Bluegrass composant la magnifique BO du film belge vient pour la première fois en France interpréter les chansons phares du film sans pour autant délaisser les morceaux clés qui composent cette branche de la musique country.

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Hier soir, la salle du Trianon était comblée devant un show de près de deux heures, où la musique et les surprises étaient bien au rendez-vous. C'est le début d'une longue aventure pour les sept membres du groupe, qui ont vu leur popularité exploser après la sortie du film. Si seulement trois des sept musiciens apparaissaient à l'écran tels que Johan Heldenbergh et Veerle Baetens interprétant le couple Elise et Didier, le concert se lie souvent au long-métrage et les deux acteurs principaux reviennent sur des passages emblématiques. Même si les fans du film sont présents en masse, tous sont réunis pour vibrer aux sons de la mandoline, du banjo, du violon, de la basse et des guitares. Le concert s'ouvre sur « Will the Circle be Unbroken » de The Carter Family, les musiciens en cercle, donnent le tempo de la soirée : mouvementée et intimiste.

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Outre le style vestimentaire, chapeaux de cowboy ou costume rouge, l'essence de la country s'empare de la salle qui vibre au moindre accord de banjo. Le concert vient à peine de commencer que le public est déjà chaud bouillant et reprend en cœur les paroles. Du début à la fin, les ambiances survoltées viendront alterner avec les ballades et gospels qui planeront dans l'enceinte du Trianon, faisant tanguer les personnes venues en masse dans la fosse. Effectivement, le show est loin d'être monocorde. Les chansons au tempo enlevé se mêlent aux parties chantées à trois et quatre voix, tandis que les solos instrumentaux permettent d'apprécier pleinement les instruments acoustiques à cordes. Ils prennent un véritable plaisir à jouer, communiant avec le public après chaque morceau en sirotant de la bière belge nous dit-on, et partageant des anecdotes concernant Alabama Monroe ou leurs propres expériences : « depuis que j'ai 9 ans je veux être un cowboy, mais c'est pas simple en Belgique … Puis le problème c'est que je suis allergique aux chevaux ! » lance Johan Heldenbergh tandis que Veerle Baetens avoue être fan de Michael Jackson.

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Pendant deux heures, le public accompagnera le groupe, ou l'écoutera dans un silence de cathédrale (puissant). De Bill Monroe (fondateur du bluegrass) à Bob Dylan en passant par The Secret Sisters ou Dolly Parton, le Broken Circle Breakdown Bluegrass Band ne lésine pas sur les performances. Pour le public, qui semble fan du film dans sa plus grande partie, c'est un plaisir de retrouver une Bande Originale qui fait hérisser le poil et humidifier les yeux. Le concert se terminera comme il a débuté, en osmose avec un public conquis, pour une berceuse a cappella reprise par toute la salle. Standing ovation, rappel à deux reprises : le groupe a la confirmation que le public français est  bien tombé sous le charme.

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SoulAÿrès fait partie de ces groupes qui produisent de la magie quand ils jouent. La voix de Séverine Soulaÿrès s’envole vers le ciel, rythmée par les percussions et les choeurs de Myriam Essayan. Les guitares de Christophe Jacques et de Séverine Soulaÿrès, le violoncelle de Paul Marchand donnent une ligne de cordes à l’harmonie musicale, pour un résultat féerique. Et si les inspirations celtiques entraînent davantage le public aux pays des fées, certains titres comme Hani nous téléporte dans l’Orient des 1001 nuits. C’est donc un voyage des sens, de l’âme, des frissons que ce groupe procure quand il joue. Leur second album Love and Failures parle d’amour, « un mélange de lumière et d’obscurité… parfois dans l’ombre, se trouve une faille d’où jaillit la lumière » philosophe Christophe Jacques, auteur et compositeur d’une partie de l’album. En live, les quatre membres du groupe sont beaux, lumineux, généreux, la scène sublime leur talent et les écouter procure du bonheur à l'état pur. Promis.

Nausicaa Ferro

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A l’occasion de leur co-plateau ce lundi 30 juin à 20h au Pan Piper, les deux pétillantes divas, comparses de l’Ultra Bal nous parlent de leur rencontre, de leurs inspirations et de leur cœur musical. Un bien beau moment pour deux chanteuses au grain atypique et aux envies brulantes.

[gallery ids="327406,327397,327398,327396"]     Est-ce que vous pouvez nous expliquer le « concept » de la soirée ?

Alexandra Gatica : Ce n’est pas vraiment une soirée concept, c’est un co-plateau. Zaza a son nouveau set avec un nouveau plateau donc elle va présenter ses chansons à elle et moi, mes chansons à moi ! Après, il n’est pas impossible qu’on fasse deux trois trucs en commun…On va probablement commencer et finir ensemble mais on ne peut pas en dire plus ! En tout cas on joue une heure chacune.

Zaza Fournier : Oh ça oui ! Il est tout simple ! C'est une espèce de colocation pour la soirée! Finalement c'est une façon de faire se  rencontrer nos publics, en se présentant l'une et l'autre!

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Zaza : On s'est rencontrées dans le cadre de l'Ultra Bal. Alexandra y chantait déjà quand Fixi m'a proposé de venir un soir. Et comme toutes les chanteuses qui ont été invitées, je suis restée! C'est une belle bande...

Comment est né ce projet ?

Alexandra : En fait j’ai rencontré le directeur du Pan Piper qui m’avait vu avec le Quartet Buccal et je cherchais une salle pour faire de nouvelles choses. J’aime beaucoup l’idée du co-plateau, ça permet de  mélanger les publics de faire en sorte que les gens se rencontrent. Au départ, je pensais même faire une scène avec toutes les ultra girls. C’est peut-être quelque chose qui se fera à l’avenir !

Zaza : Au départ c'est surtout une histoire de jolie occasion, Alexandra a rencontré Alain Pare le directeur du Pan Piper qui lui a proposé une soirée, et c'est elle qui m'a proposé à son tour de venir poser ma valise le temps d'un soir. C'est chouette de faire des trucs avec les copines!

La sensualité dans la voix, le groove rock’n’roll de l’univers et des arrangements et les steppes désertiques en guise de décor artistique, il y a une vraie corrélation entre vous, en êtes-vous conscientes ?

Alexandra : On n’a pas vraiment de recul là-dessus. Zaza et moi on s’est connus à l’Ultra Bal mais on ne s’est jamais vu sur scène autrement que pour l’Ultra Bal. En revanche je sais, je sens qu’il y a des affinités musicales, une façon de voir les choses, presque une esthétique. Il y a des similitudes, c’est sûr. On va aussi se découvrir lors du co-plateau. Je sais que Zaza peut être très classe et à la fois un peu folle. Et je me reconnais très bien là-dedans ! On essaye de bosser sur quelques petites choses ensemble pour la soirée au Pan Piper. Je pense que ça va être très classe et très con en même temps ! (Rires).

Zaza : Ah tiens ! Pas vraiment en fait. Finalement, on connaît bien la voix l'une de l'autre à travers l'Ultra Bal, mais paradoxalement, on se découvre artistiquement. D'ailleurs, ni l'une ni l'autre nous ne nous sommes vues sur scène! C'est un comble ! Et même si on connaît quelques une de nos chansons l'une et l'autre, finalement, des surprises il y en aura pour tout le monde au Pan Piper !

Comment composez-vous ?

Alexandra : Je n’ai pas de technique précise de composition. J’ai eu un groupe qui a tourné pendant très longtemps qui s’appelait 26 Pinel, mais ce n’était pas moi qui composais. Du coup, j’écrivais quelques trucs mais je n’étais jamais contente. Quand je me suis dit que j’allais faire des chansons, j’ai ressorti des phrases, des jets d’écriture et je m’y suis mise. Je n’ai pas souvent une réflexion quand j’écris, ça sort comme ça. Parfois je suis dehors et j’enregistre dans mon téléphone des bouts d’idée que je termine après. Parfois j’écris des choses et je ne sais pas d’où ça vient. Il y a une grosse part d’inconscient où on réalise après ce qu’on a écrit. Pour moi composer c’est raconter, s’inventer des choses parfois fantastiques, qui font voyager les gens.

Zaza : Il n'y a pas de recette pour moi. Pas de schéma. Malheureusement d'ailleurs ! C'est plutôt tout en même temps, la mélodie et le texte, parce que ce mot est choisi sur cette note, et pas une autre. Mais l'outil est différent d'une chanson à l'autre, l'accordéon, l'orgue, le piano, l'omnichord… La texture, le climat qui est imposé par l'instrument choisi, ont une influence directe sur le mouvement de la chanson.

Quel est votre instrument de prédilection (celui avec lequel vous composez la plupart du temps) ?

Alexandra : C’est la guitare. Sèche ou électrique. Mais je pense que si j’avais un piano chez moi, je composerais différemment et ce serait bien aussi ! C’est une façon de ne pas tourner en rond…

Zaza : Sur le premier album c'était l'accordéon, sur le deuxième, un vieil orgue seventies. Mes nouvelles chansons, celle de l'album à venir, ont naviguées entre pianet, omnichord, orgue et toujours l'accordéon. Mais sur scène, je sais que l'accordéon ne sera jamais loin. Il fait partie de mon identité.

Vous avez déjà foulé les planches du Pan Piper avec l’Ultra Bal, quelles sont les sensations scéniques qui émanent de cette salle ? Quelle ambiance souhaitez-vous donner au concert du lundi 30 juin ?

Alexandra : C’est très agréable de jouer là-bas, c’est tout neuf ! On va essayer d’amener une ambiance cabaret. On va mettre des tables et les gens seront assis. Moi j’avais envie d’une déco peut-être avec des petites fleurs. Je travaille avec quelqu’un sur ma scénographie. L’idée c’est vraiment qu’on vienne chacune avec notre univers différent. On n’a pas prévu la même scénographie du coup…

Zaza : J'ai beaucoup aimé jouer dans cette salle. J'aime la hauteur de scène. Son côté un peu brut. Pour ce qui est de l'ambiance de ce concert à venir, c'est toujours délicat de prévoir quoi que ce soit. J'aime penser que ça s'invente avec le public, sur le moment.

Quelles sont vos inspirations musicales, vos références ?

Alexandra : Lhasa, c’est une chanteuse d’origine mexicaine qui a pas mal vécu au Québec. Elle écrivait en espagnol, en français, en anglais. Elle avait un truc très spécial dans la voix, quelque chose de très fort…Il y a aussi Michael Jackson. Et puis toutes les chanteuses de jazz et de blues. Billie Holiday. Après en chanson, j’ai beaucoup écouté Brel. J’écoute une interview de lui et je peux écrire quatre chansons ! Chaque phrase est magnifique. Il y a une élégance, une fragilité… C’est le personnage, ce qu’il raconte et son interprétation, bien sûr qui me parle.

Zaza : Elles sont tellement diverses ! J'ai écouté beaucoup de chanson de Barbara à Piaf, mais je suis autant passionnée par le Rock des 60s, Elvis, Roy Orbison, et puis par ce qui s'est passé en France au même moment. Mais ces derniers temps, j'ai été obsédée par des choses que je n'écoutais pas du tout avant, des choses plus primaires, plus directes, de la musique nubienne, éthiopienne, des chants folkloriques de tous âges. Je ne sais pas par quoi on est influencé. Je crois qu'on peut l'être tout autant par quelque chose que l'on écoute, que par quelque chose que l'on voit.

Trois mots pour qualifier votre identité musicale ?

Alexandra : Ce n’est pas évident ! Déjà on pourrait dire chanson franco-chilienne. Ou latin, lover, french ! (Rires) !

Zaza : Olala ! Je ne sais pas faire ça! Je crois que je fais de la chanson, que j'essaye de le faire de façon ludique, et un peu libre.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la situation des intermittents et sur le quotidien qui régit ce statut ?

Alexandra : Déjà il faut savoir que l’intermittence n’est même pas un statut c’est un régime d’indemnisation qui nous concerne nous, les artistes, parce que ça concerne le travail discontinu. Mais de façon globale, ça concerne aussi les intérimaires, les intermittents hors spectacle ou les techniciens. On parle d’insécurité parce qu’on n’a pas de sécurité de l’emploi. Après, aujourd’hui, qui a vraiment la sécurité de l’emploi… C’est pour ça aussi que cet accord ne concerne pas que les intermittents, ça concerne toute l’assurance-chômage. On sera tous touché par ça tôt ou tard. Les intermittents se posent la question tous les dix mois de savoir si ils ont assez travaillé. Afin de savoir s’ils vont pouvoir casser la croûte. Il y a  beaucoup de temps de travail quand on est artiste qui n’est pas compté, le travail de répétition, de composition. Ce qui est étonnant c’est que tout le monde s’énerve sur ça et je ne comprends pas trop, on dirait que  comme c’est un travail de passion on est déjà privilégié aux yeux de certaines personnes. Alors que lorsqu’on se lance dans ce métier, c’est aussi beaucoup de doutes, de craintes, de travail. La lutte qui est engagée elle n’est pas pour sauver les artistes ou l’exception culturelle. C’est pour sauver les droits sociaux. Moi, je ne comprends pas en tant qu’artiste pourquoi je n’aurai pas les mêmes droits. C’est mon métier. La grève c’est très dur, ce n’est pas facile pour les intermittents d’annuler leurs représentations. On a fait grève il y a deux semaines avec le Quartet Buccal, c’était douloureux, difficile. On travaille pendant deux ans sur une création, on s’investi : évidemment qu’on n’a pas envie de ne pas jouer. Il y a des gens qui ont voté la grève en pleurs… Parfois il faut savoir lutter pour ses droits. On est tous dans le même bateau, c’est une lutte pour l’humain. C’est malheureux que des gens en arrivent à se taper dessus et à se monter les uns contre les autres. Se battre pour ses droits ça mérite le respect je trouve.

Zaza : Quand les questions qui sont censées participer à la définition de notre société se retrouvent au centre du débat, je suis toujours étonnée de voir ce que cela révèle. Ce statut est précieux. Il l'est parce qu'il régule un mode de vie qui ne l'est pas, régulier. Parce que quand on est en tournée, on est payé pour un soir de concert, mais aller faire un concert implique de se rendre sur les lieux, de répéter, de faire une balance. Le rapport au temps se dilate. Le temps qu'il faut pour écrire, composer, n'est pas un temps qui se compte en taux horaire. J'ai la sensation qu'encore aujourd'hui il faut rappeler qu'une société sans artiste, sans cinéma, sans théâtre, sans musique, est une société dans laquelle il ne fait pas bon vivre.

Quelles sont vos actus ?

Alexandra : En mars 2015, je serai en première partie de Flavia Coelho à Saint-Michel-sur-Orge. Et puis je prépare un album. Il y a aura d’autres concerts à venir à retrouver sur mon site ou sur ma page Facebook.

Zaza : Je suis en train de finir un disque. Il devrait sortir début 2015 ! Mais dès septembre je commence à faire quelques concerts, avec Majiker, qui est aussi celui avec qui je fais cet album.

Découvrez les deux univers colorés et bien marqués d’Alexandra Gatica et Zaza Fournier au Pan Piper à 20h, 2-4 Impasse Lamier dans le 11ème arrondissement. Entrée 14 euros. Vous pourrez réserver vos places en ligne ici ou les acheter sur place. Rendez-vous sur le page Facebook d’Alexandra Gatica et de Zaza Fournier pour plus de découvertes…

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photo1(5)Plus de 162000 morts depuis le début du conflit en Syrie, des centaines de vie déchirées à jamais, les femmes sont des victimes invisibles, le 15 mai au Cabaret Sauvage la Mediterranean Women's Fund affirmait son soutien et son envie de rester debout et combative grâce à un gala de solidarité en musique et vidéos où nous avons pu applaudir la talentueuse Nawel.

Paris sous le soleil, les nuages tracent des reliefs dans le bleu des cieux, nous sommes libres, nous marchons, le vent dans les cheveux, pas de bombes, pas de cris, pas la peur, pas l'angoisse de la domination, la crainte du viol, de la torture, de la perte injuste d'un enfant, un mari, un frère, une mère, la guerre n'est pas ici.

En Syrie l'horreur est palpable, le chaos réel, les balles sifflent, les bombes explosent, les hôpitaux, les lieux de soins sont visés, les enfants sacrifiés, les femmes détruites par le viol et les tortures inavouables.

Vivantes mais mortes à la vie, comment imaginer l'avenir après un viol collectif ? Comment construire ou continuer une vie amoureuse après des sévices sexuels ? Comment être mère, grand-mère quand l'enfant est né d'un viol ou témoin de vos tortures sexuelles ? Bâtons électrifiés, crosses, rats, lames de rasoirs dans le vagin ou l'anus, pénétrées devant leur mari, leur père, leurs frères, leurs enfants, par de nombreux hommes souvent drogués, parfois par les membres les plus proches de leur famille égorgés sur leurs corps en souffrance, les femmes sont condamnées au silence, l'exclusion comme unique avenir, la folie pour inacceptable refuge.

Se taire est impossible, en soutien à ces femmes arrachées à la vie, la Mediterranean Women's Fund a organisé un gala de charité au Cabaret Sauvage pour que la musique annule le silence comme un cri primal.

Audrey Pulvar et Souad Belhaddad maîtresses de cérémonie élégantes et intelligentes tirent les fils de la soirée, des vidéos de pères affirmant leur fierté pour leurs filles, les femmes et des artistes à la hauteur de l'évênement.

Nôma Omran, une soprano lyrique syrienne, happe les nombreux spectateurs dans son univers unique où la voix rencontre les instruments pour faire naître la beauté comme un choc.

Souad Massi, HK et les déserteurs, Lori La Armenia et Clionne ont fait vibrer l'espace chaleureux du Cabaret Sauvage.

Notre coup de cœur est Nawel, blonde comme un soleil terrestre, elle habite la scène, invente un monde musical sans frontières, sourire éclatant, pensées profondes, grain de voix rare.

Parler l'arabe en lisant sur ses lèvres, au son de sa voix déchirée, semble possible.

La liberté se dessine dans l'espace, chanter, danser, vivre, exister, partager, aimer, apprendre, habiter le temps, devraient être les seuls but de l'existence humaine.

Femmes, hommes, l'égalité est en marche, espérons qu'elle soit bientôt une évidence et qu'à cerveaux égaux dans le monde entier les réalités soient les mêmes au quotidien, au travail, dans l'art, partout.

Vous pouvez toujours donner à la Mediterranean Women's Fund pour les associations de femmes syriennes ou les autres projets.

N'oublions pas la Syrie, le silence des femmes et les guerres dans le monde, chanter, penser, parler, témoigner sont déjà des débuts de résilience.

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