Musique

Chorus : Têtes raides comme des piquets de rêve

Chorus : Têtes raides comme des piquets de rêve

19 mars 2011 | PAR Pascal

Festival chorus St Cloud, centre culturel des trois pierrots mardi 20 heures. Balayage du regard. Salle pleine. Public fervent d’âges échelonnés sur trente ans. Devant, les employés de Mairie, du conseil régional, heureux d’être là, devant la scène. La scène ! Espace immense, réglée comme du papier à musique et du papier lumière, précise et immense, cuivres superbes sur leurs promontoires, guitares acoustiques et telecaster fender de l’époque Clash, violoncelle, basse et contrebasse, clavier, batterie aux cymbales innombrables donnant la touche « cirque ». Quelques hommes en noir, soucieux du confort optimal des musiciens vont et viennent entre les amplificateurs, les accordeurs électroniques des guitares et la régie son. Puis, le noir soudain. Ce noir qui te va si bien Christian Olivier car c’est « L’an demain » qui se chante la tête raide comme des piquets de rêve.

La performance scénique, car c’en est une durant une heure trente de spectacle, est ici de l’ordre de la magie et non de la féérie. Il convient de faire la différence. On peut connaître l’existence d’un être humain ou d’un groupe et n’y prêter, durant vingt ans, aucune importance pour des raisons sociales, d’affects, de goûts, de snobisme intellectuel. On peut ne pas s’impliquer dans une sensibilité qui, à priori, n’est pas notre monde. Fugacité du temps, fugue et contre-chants des hommes. Puis, naît le surgissement, car il en faut bien un, dans tant de conformisme de l’incompréhension. Christian Olivier et sa troupe multi instrumentiste de génie offre cette magie. La féérie, elle, est la cause d’effets, d’ornements, de potions et de grimoires, de personnages aux ailes de papillon, d’elfes et autres farfadets, d’effets dits spéciaux, extraordinaires. Ici, le quotidien de ce demain, donne de la voix, et il devient magique parce que réaliste et surréaliste de par sa poésie. Pour autre chose également : son apparente simplicité. Tout l’album y passe. C’est relativement gonflé, ce dernier n’étant sorti que depuis un mois. Mais, il a nécessité plus d’un an de travail et son écriture se définirait par ces paroles : « Aude à la nuit qui me remplit, Aude au matin qui revient ». L’album comme le concert qui le transcende est magique parce que sans concession, du corps, de l’esprit, des rythme, des arrangements, de la présence habitée et fraternelle derrière l’humilité de ces travailleurs de l’amer qui œuvrent pour nous, spectateurs. Fulgurance, L’an demain, Gino, Marteau-piqueur, Angata, le sublime Emma chanté sur l’album avec Jeanne Moreau, les tubes sont là, bruts et raffinés.

On a pu entendre çà et là, le terme « festif » pour cette nouvelle scène des Têtes raides. Festif fait souvent référence aux « Négresses vertes » et leurs cousins « La Mano Negra ». Le mot « cirque » convient mieux. Ce dernier est une mise en danger, face aux fauves, face aux rires que le clown déclenche ou pas, face au vide sous les trapézistes refusant le filet, au flanc des chevaux qui se dressent, à ces musiques féliniennes qui accompagnent, inquiètes de chaque prouesse mettant la vie, le quotidien en péril tout en cherchant à nous le faire oublier par sa magie. Ici, c’est bien de cela dont il s’agit. Les accords punks restent punks, l’accordéon sent le Brel, le violoncelle, les forte du concerto de Tchekowsky, les cuivres la puissance de Madness, la batterie juste et parfaite nous emmènerait comme la musique celtique faire la guerre jusqu’à notre dernier souffle. La mécanique aux apparences simples qui font la magie place un clown cousin de Léo Ferré qui revendique tous les clairs obscurs qu’il écrit : Christian Olivier. « On ne s’interdit rien. On n’a pas de souci avec ça. » Et lui, de tenir cet équilibre fragile de la voix et du corps, hanté autant qu’habité, domptant les portraits et les lieux de ses textes qui nous autorise à dire que les Têtes raides font partie intégrante non pas d’un courant pseudo alternatif, mais de la chanson française. « On est sorti de la chanson/Mais c’est pas grave on y revient » disent nos gaillards d’avant-garde et c’est une bonne chose. Le réel envisage le rêve et notre philosophe réaliste le transmet avec une grâce un peu Brecht, un peu Strummer mais totalement lui, tapant des pieds et des chaînes, les doigts rivés sur l’accordéon, les yeux comme les phares d’une automobile confiée à Gérard le garagiste de Vigneux « lequel répare mes p’tits bobos/Sous la peau du capot ».

« On est toujours jamais à l’heure ». Allez y, soyez à l’heure, laissez-vous tenter, laissez-vous tenter par ces fidèles têtes raides comme des piquets de rêve.

Pascal Szulc

A Petites Pierres de Gustave Akakpo à l’Etoile du Nord
Bavardages avec William Sheller dans le cadre de Chorus
Pascal

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