Katel : « Je parle de ce qui sort du quotidien »

21 juillet 2008 Par Yaël | 0 commentaires

A l’occasion de la (res)sortie de l’album de Katel en version digitale chez Polydor, en3mots a rencontré la chanteuse, qui est aussi auteur-compositeur et jamais plus à l’aise que sur scène.

Pourquoi une réédition de l’album « Raides à la ville » ?

Une première version de 8 titres est sortie à l’automne 2006 chez Wagram. Tel qu’il est avec ses 11 titres, cet album aurait du sortir il y a longtemps, à l’automne dernier. Mais avec le rachat de V2 par Universal, Olympic disc a fermé, et la nouvelle version n’est restée que trois mois dans les bacs. Je voulais vraiment que ce disque avec ses nouveaux titres existe. C’était important de le mettre derrière moi. Pour ne plus avoir l’impression d’avoir quelque chose ne suspens. Je suis contente que mon nouveau label Polydor l’ait mis en vente sous forme digitale. Et je travaille plus sereinement à mon prochain disque qui devrait sortir au printemps 2009.

Quand on décrit tes chansons, on parle souvent de rage. Mais il y a aussi des nuances douces, par exemple dans « one day »…
Oui, il y a aussi des accents de douceurs dans « Raides à la ville ». En général, j’ai souvent envie de nuances musicales. Je ne veux pas rester dans une ligne monotone. Je veux tirer les choses jusqu’au bout et obtenir de l’amplitude. Les textes de « Raides à la ville » sont très forts.

Il y a aussi des poèmes sur ton site. Comment es-tu passée de l’écriture à la composition ?

Depuis toujours je sais tenir un stylo. Or, c’est vraiment un sacerdoce de sortir les mots de soi. La musique m’a sortie des gouffres de l’écriture. Dans mes premiers groupes, j’étais simplement chanteuse. J’avais vraiment besoin de passer par le chant pour me libérer et me raccrocher au monde. Puis la composition est venue au fur et à mesure. Je ne me rappelle plus à quel moment je me suis mise à créer des chansons à la guitare. Cela n’est pas le fruit d’une décision mais un mouvement naturel : au moment où l’écriture a rejoint la musique, j’ai juste voulu que le bon son corresponde au bon mot. C’est là que la composition s’est imposée.

Quelle est la place du corps dans ta musique ?
Je n’arrive pas à imaginer la musique autrement qu’un phénomène physique. La scène, particulièrement, est l’endroit où tout prend corps, avec le jeu de la pression acoustique, des amplis… Chanter demande nécessairement un investissement physique. Le corps s’impose comme un instrument à partir du moment où l’on se met à chanter. Ce caractère physique de la musique passe par la voix avant tout. Je ne sais pas si mon rapport au corps serait le même si j’étais juste guitariste. Dans le chant, il y a comme une évidence.

Cet été, tu tournes en solo au Québec. Quelle est la part du travail solitaire et celle du travail de groupe dans ta musique ?
La solitude pour moi est un souffle essentiel. J’y reviens en permanence car c’est là que je touche à l’essentiel. Mais d’un autre côté, la créativité des autres est essentielle. L’énergie des autres est l’eau au moulin qui permet de ne pas tourner en rond. Le but, c’est d’être surprise, déplacée dans mes habitudes. Le rapport aux autres permet de prendre des risques. Et surtout de ne pas se contenter d’être un bon artisan de sa musique pour toujours se remettre en question.

Les duos que j’ai eu la chance de faire, avec Yann Tiersen ou Nosfell, partent au début d’une rencontre humaine. Il y a bien sûr aussi une admiration réciproque au niveau de la musique. Certaines rencontres sont vraiment surprenantes. Pour l’instant je n’ai pas encore fait l’expérience d’une composition commune. L’un amène l’autre sur son terrain musical et c’est très enrichissant. Et de plus en plus grisant à mesure qu’on prend plus d’expérience.

Plus jeune, j’avais tendance à me renfermer. A mesure que la confiance dans ma musique croît, j’apprécie de plus en plus ces voyages sur le terrain des autres. Parce que je sais que même s’il y a un risque, rien ne peut s’écrouler car je crois de plus en plus à ce que je porte. Cette certitude vient de la scène bien sûr, et aussi de la reconnaissance des disques. Etre signé fait vraiment une différence : on sait qu’on va vraiment être entendu.

Certaines de tes chansons ont des échos un peu mystiques. As-tu cherché à composer des cantiques ?

S’il y a quelque chose de mystique dans certaines de mes chansons je crois que cela vient plutôt de la forme. Je ne l’ai pas fait exprès, mais il est vrai que j’ai beaucoup écouté de musique religieuse classique. Les stabat mater, les requiem. Et aussi des chants mystiques traditionnels comme les mystères des voix bulgares. Cet aspect mystique que tu as vu dans mes chansons vient aussi peut-être de la manière dont je parle de ce qui sort du quotidien. J’ai voulu sortir de la nouvelle chanson à la française, raisonnable et qui se cantonne au quotidien de son petit intérieur. C’est plus s’extraire par la force de la musique et avoir plus de verticalité q’une inspiration de l’ordre du religieux. On retrouve cela par exemple chez Björk qui entretient un rapport ancestral à la nature.

Ce caractère transcendantal m’intéresse beaucoup. Mais j’admire aussi Björk – comme les Beatles ou Radiohead- parce que c’est une artiste avant-gardiste qui sait ramener le nouveau vers les gens. C’est une passeuse. Pour moi, la chanson doit rester un art populaire, qui peut être immédiat. C’est même un des rares domaines où l’immédiateté est liée à l’exigence.

Katel, Raides à la ville, disponible ici. Il y a déjà deux bonus en prime des 11 titres pour l’achat de l’album : une nouvelle version de « Raides et la ville » et « châtiments ».
Site.
Myspace.


Katel – Le Voyage Impossible (Live)
envoyé par Katelsong

« Ta blessure a l’allure des fillettes indociles / Et la sienne qui tend / A se loger dedans / ta blessure a l’allure des morsures de reptiles/ Et la sienne qui tend/ A se tendre dedans » (Les vautours).


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