[Live report] Snarky Puppy à Jazz à la Villette

7 septembre 2016 Par Delphine Habert | 0 commentaires

Jeudi soir, en ce premier jour de septembre, le festival Jazz à la Villette accueillait deux formations grand format avec plus de dix musiciens sur scène : en première partie le saxophoniste Julien Lourau et The Groove Retrievers, puis en deuxième partie les tant attendus Snarky Puppy. Cette soirée éclectique se déroulait dans la grande halle de la Villette, devant un public aguerri et passionné.

La soirée débute à 20h15 avec la première partie menée par Julien Lourau, saxophoniste farouche, et le groupe The Groove Retrievers, une formation d’une dizaine de musiciens d’âge et de sexe différents, avec des influences musicales très variées. Le groupe mélange de nombreux styles : de la musique latine, au jazz, en passant par la musique cubaine, orientale ou encore soul.

Au delà des mélanges de styles, les compositions sont parfois à la limite de la dissonance, on sent que le groupe joue avec nos codes, et plus largement avec les frontières entre les genres musicaux, en créant des pièces hybrides, avec des rythmes très décalés et complexes au sein d’un même morceau, dessinant un univers parfois surréaliste. Sur certains morceaux, la voix de Mélissa Laveaux, au timbre singulier, contraste par exemple très fortement avec la musique instrumentale, et ce contraste peut dérouter.

Dans l’ensemble, les morceaux sont très bien amenés, la montée du groove au début de chaque morceau est très bien maîtrisée, les introductions du violon alto soutenues ensuite par les dynamiques de la section rythmique laissent pantois. Les solos sont à tomber, et l’on sent une certaine osmose se créer entre les musiciens.

À 22h30, le collectif Snarky Puppy, on ne peut plus attendu par le public, arrive sur scène. Michael League, leader du groupe, s’accroche à sa basse, les trois claviéristes s’installent, la section des trois guitaristes est prête à dégainer, les deux batteurs sont sur les start in block, et les soufflants sont derrière leur micros, prêts à démarrer; le concert peut alors débuter. Le public de Snarky Puppy est assez jeune, la majorité est vraisemblablement mélomane et connaisseuse. On est vite envoûté par cette musique instrumentale d’un autre genre parce qu’elle arrive avec brio à mixer un grand nombre de styles musicaux. On entend dans un même morceau tantôt de la funk, tantôt du rock, de l’electro minimale, de la soul, de la pop, ou encore du hip-hop. Et c’est par ce mélange des genres et la présence de solos incroyables que l’on peut qualifier leur musique de jazz. Leur univers musical, parfois planant et atmosphérique, pourrait facilement accompagner des images, faire office de bande originale d’un film.

Les musiciens sont touchants parce que leurs solos sont des pures pépites et qu’ils s’écoutent et savourent mutuellement les interventions des uns et des autres, tout en prenant vraisemblablement du plaisir à jouer ensemble. Les mises en place et les dynamiques sont parfaites, la symbiose est totale.

La notoriété du groupe se ressent dans l’implication du public, notamment sur le dernier morceau joué en bis, « Shofukan », dont la vidéo de l’enregistrement sur Youtube à été visionnée plus de 3 millions de fois. À la fin du concert, ne voyant pas le groupe revenir, les 1500 spectateurs commencent à sortir de la salle tout en entonnant l’air principal de ce morceau. Qui aurait cru qu’un collectif de jazz avec une musique si complexe et, aux premiers abords, peu accessible, pouvait toucher un si large public ? C’est toute la magie de la musique.

Snarky Puppy – « Shofukan »

© Philippe LEVY et N’Krumah LAWSON DAKU


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