Le complot avorté de Marie-Antoinette et Mirabeau

20 août 2010 Par
Yaël Hirsch
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Harold Cobert nous avait fait rire avec « Le reniement de Patrick Treboc » (Lattès, 2006), puis il nous avait bouleversés dans « Un hiver avec Baudelaire » (Eho, 2009, voir notre interview). Dans « L’Entrevue de Saint-Cloud », il nous livre ses lumières politiques sur la Révolution Française. Spécialiste de Mirabeau auquel il a consacré sa thèse, Cobert imagine dans « L’entrevue de Saint-Cloud » la conversation que Marie-Antoinette et Mirabeau ont eue en secret lors de leur entretien historique pour planifier le sauvetage sauvage de la Monarchie. Une fable incisive, théâtrale et diaboliquement politique disponible le 26 août aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Saint-Cloud, 3 juillet 1790. Marie-Antoinette est retirée avec son mari qui n’est plus « Roi de France » mais « Roi des Français » au domaine de Saint-Cloud. C’est en secret qu’elle se prépare à rencontrer un monstre qu’elle abhorre et admire. Honoré-Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau est « l’orateur du peuple » et plus fine politique qu’on ne le croit « L’Autrichienne » a besoin de l’ « Orateur du peuple » pour tenter de sauver la Monarchie. Mais pourquoi Mirabeau soutiendrait-il l’Ancien Régime? Peut-il vraiment être traître à la Révolution? Et lassée d’être traînée dans la boue par le peuple, Marie-Antoinette peut-elle et désire-t-elle même jouer un rôle politique important pour la France? Si Mirabeau expose un plan politique sanglant et terrible, le tête à tête est aussi le moment d’évoquer les psychologies de deux personnages que tout oppose et qui sont cependant les plus à même de se comprendre l’un l’autre.

Avec équilibre, précision et efficacité, Harold Cobert évoque à propos d’un entretien de deux heures toutes les grandes problématiques de la Révolution en marche. Conservant une parfaite symétrie entre ses deux prestigieux interlocuteurs, il dévoile à travers ses dialogue limpides un Mirabeau grandiose et néanmoins un peu trop oublié, et réhabilite Marie-Antoinette, remisée par Sofia Coppola dans un boudoir boudeur de macarons frivoles. Et ils nous rappelle que même à la fin des Lumières, liberté, libertinage et machiavélisme cohabitent dans l’esprit des gouvernants, des philosophes et des politiques… A offrir aux férus d’Histoire, de style et de stratégie.

Harold Cobert, « L’Entrevue de Saint-Cloud », Eho, 144 p., 16 euros. Sortie le 26 août.

« L’amour est obscène! Il est corps, peaux, odeurs, haleines, salives, sueurs, muqueuses!  » p. 98