Livres

Machine infernale entre Buenos Aires et sa banlieue

21 août 2010 | PAR Yaël Hirsch

Liana Levi publie le court récit d’un des jeunes prodiges de la « Literatura actual » argentine. Après un premier roman remarqué, « Decomposcion », Hernán Ronsino propose avec « Dernier train pour Buenos Aires » un thriller dont les clés ne sont fournies qu’à la fin. S’étalant sur 50 ans, et donnant la parole aux divers protagonistes et acteurs de l’intrigue, ce court roman tient en haleine tout en recomposant une atmosphère de Western. En librairie le 2 septembre.

Dans une petite ville située à 150 kilomètres de la capitale argentine, le coiffeur Vardermann assiste depuis son échoppe au démantèlement des rails qui menaient à Buenos Aires. L’axe vital est donc coupé. Mais qu’est-ce que Vandermann doit pardonner à Miguelito Barrios sur son lit de mort? Au fur et à mesure que les dates se succèdent et que les voix se multiplient, les repères se nouent et glissent et l’information file à la manière des trains sur leurs échangeurs.

Dans cette histoire, il y a bien sûr une femme fatale, des hommes durs et jaloux, un criminel, deux films américains et une ambiance de western qui rappelle que l’Argentine profonde a elle aussi été une « Frontier ». Il y a surtout une énigme, que le texte se propose de percer, plaçant les indices un à un comme dans un puzzle. Au-delà des fantômes qui planent comme des vautours sur des vies d’ouvriers taciturnes, il faut interroger le passé pour savoir ce qui s’est passé. Et ce n’est qu’à la dernière pièce/ligne que le lecteur comprend tout.

Hernán Ronsino, « Dernier train pour Buenos Aires », trad. Dominique Lepreux, Liana Levi, 11 euros, sortie le 2 septembre.

« Alors je rêve de trains. De trains qui déraillent. ils se balancent, avant de tomber. Ils brisent les rails. ils lancent des étincelles. Et puis vient ce bruit, avant l’arrêt total, si strident. Il agace les dents. Il remue. Comme la lame du rasoir quand elle passe dans la région de la nuque, et que les têtes tressaillent, les dos tressaillent, et peu importe que ce soit Bicho Souza ou le vieux Berman, les dos sont secoués comme les wagons d’un train qui sort de ses rails. Frisson, on appelle ça. Et puis il y a comme un feu, dans la nuque. Et le picotement de la brosse, talquée, autour du cou. Et un calme inaltérable. » p. 29

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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