Hilda, un beau roman érotique anonyme

12 février 2011 Par
Yaël Hirsch
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Paru à la fin du mois de janvier à la Musardine « Hilda » est un beau roman érotique anonyme qui dépeint la vie d’une femme sensuelle tombée tôt dans le lit de son oncle. Après la Seconde Guerre, Hilda se marie avec un noble de Province, mais celui-ci la délaisse et la femme mature se met à s’intéresser à son beau-fils de 15 ans… Incestueux, cru, et néanmoins extrêmement documenté sur la vie bourgeoise de Province, Hilda est un vrai roman érotique bien écrit…

Née dans les années 1920, Hilda est initiée dès la puberté par son oncle et sa mère aux plaisirs de la chair. Mais le scandale éclate, et à 15 ans, Hilda se retrouve orpheline en pension. Dès lors, la jeune femme a un parcours à la Justine de Sade. Toute une série de tuteurs et d’amis abusent des dispositions de la jeune femme pour le sexe. Plantureuse et vicieuse, la jeune-fille ne déteste pas tout à fait son rôle de prostituée dans un bordel parisien. Après la Guerre, un homme valeureux de Province, Hubert, tombe amoureux de la jeune-femme et l’épouse. Mais pris par les affaires courantes et la messe du dimanche, le mari la délaisse, et Hilda s’ennuie fermement. Hilda étant autant initiatrice que femme abusée, elle décide de séduire son beau-fils, Jérôme, qui ne demande pas mieux. Jérôme déteste sa belle-mère et décide d’abuser de l’influence qu’il a sur elle, pour la traiter en objet. Jusqu’au jour où Jérôme subtilise à Hilda un coffre secret où la femme déjà mûre conserve ses souvenirs érotiques…

Souvent pornographique, « Hilda » reprend les clichés efficaces de l’inceste et de la malheureuse jeune femme trainée dans la luxure, mais finalement victime très consentante de tout ce vice. On ne sait pas qui a écrit « Hilda », mais il s’agit assurément d’un excellent écrivain qui se fait plaisir. Le roman érotique se lit aussi comme exercice de style sur les mots répétitifs du sexe. Il faut parfois même un dictionnaire pour suivre l’auteur dans les scènes les plus chaudes : « Haletante, maintenant vaincue, elle se soumettait au groin mafflu dont la tête macrocéphale la pénétrait difficilement. » (p. 12). La structure du livre est assez élaborée, puisqu’il retrace en flash back toute la vie de cette femme voluptueuse, et que les descriptions et les dialogues sont complétés par la lecture du journal d’Hilda. Pleins d’ellipses, l’œuvre n’en suit pas moins Hilda sur plus de 25 ans, et décrit de manière très réaliste les coulisses de la vie provinciale et bourgeoise du 20e siècle, aussi bien que la folle Bohême de Saint-Germain des Prés dans les années 1930. Délicieusement incorrect, « Hilda » se finit même par une subtile satire de la psychiatrie des années 1950… Bref, Hilda est un roman érotique littéraire, dont le style parfaitement maîtrisé donne la nostalgie d’un 20e siècle qui savait aussi écrire le sexe qu’il s’agisse d’Apollinaire ou de Pierre Louÿs.

Anonyme, « Hilda », La Musardine, collection « Lectures amoureuse n°138- Curiosa, 200 p., 9.20 euros. Sortie le 20 janvier 2011.

« En son for intérieur, il y avait longtemps que le professeur fantasmait sur Hilda, elle semblait tellement passionnée, qu’il était convaincu que l’amour physique avec elle devait toucher au sublime. Dégagée des contingences, elle préfigurait peut-être la femme future, prête à l’entreprise érotique : chaude, vicieuse, peu scrupuleuse quant au choix des moyens mais ce raisonnement comportait, quelque chose d’erroné, Bousquet le savait bien. Pourquoi un homme aurait-il le droit d’être chaud, vicieux, peu scrupuleux, et pas une femme?  » p. 155-156