Hanif Kureishi, Quelque chose à te dire

1 août 2008 Par Yaël | 0 commentaires

L’auteur de « My beautiful laundrette » et de « Intimité » signe un livre bouillonnant sur Londres des années 1980 à nos jours. Personnages branchés, analyse distanciée et grand amour de jeunesse sont au programme de « Quelque chose à te dire ».

Après s’être longtemps cherché aux côtés d’une soeur à fort caractère et nombreux enfants, Jamal a trouvé sa voie dans la psychanalyse. Calme, réservé, et à l’écoute, il observe la haute société londonienne où le traîne son ami dramaturge, Henry, avec une empathie amusée. Celle-là même qu’il prodigue à ses patients. Divorcé d’une belle femme un peu dépressive, il est un père attentif pour son fils adolescent et préfère vivre seul avec ses livres que de se relancer dans une grande histoire romantique. Quitte d’ailleurs à rendre visite de temps en temps à une prostituée. Sa vie est chamboulée le jour où Henry tombe amoureux de sa soeur dans un tourbillon de scandale et où la rencontre d’un ami de celui-ci à un cocktail fait ressurgir son premier amour. Il n’a jamais pu oublier Ajita, sa fiancée de fac, repartie en Inde après le meurtre de son père, riche industriel en conflit violent avec ses ouvriers en grève.

A travers les souvenirs de son personnage réfléchi et à moitié pakistanais, Hanif Kureishi donne un aperçu large de la société multiculturelle de Londres des années 1980 aux attentats de 2005. Par sa soeur, Miriam, adepte du système D et du marché noir, Jamal est amené à fréquenter une joyeuse cour des miracles. Via Henry, le dramaturge verbeux et néanmoins talentueux, et Karen l’ex-journaliste aux dents longues, il est amené à fréquenter la haute-société, ses règles snobs, ses compromissions avec les starlettes, les nouveaux riches et les célébrités. Tous et toutes évoluent dans un tourbillon d’antidépresseurs, de peur de vieillir, de vivre seul, et s’oublient dans de petites ou de grandes perversions, qui vont de la crème glacée au meurtre en passant par l’échangisme, les soirées latex et l’inceste. Le jugement moral est banni de cette coupe in vivo dans un groupe humain complexe, ramifié, et qui continue à vivre, créer, et parler, malgré son manque de repères.

Le plaisir qu’a Hanif Kureishi à décrire cette comédie humaine est communicatif, d’autant plus qu’on sent qu’il met un peu de lui-même dans chacun de ses personnages : avec Miriam, il se permet d’être vulgaire, avec Henry il peut se permettre de longs développements théoriques dignes du Settembrini de la « Montagne magique », même le détachement analytique de Jamal est le point surplombant d’où il décrit ce petit monde de bruit et de bonheur.

Hanif Kureishi, « Quelque chose à te dire », trad. Florence Cabaret, Christian Bourgois, 23 euros.

« Le sexe, c’est un marché divisé en une multitude de niches. Mais ici au moins, on n’affichait pas les prix sur les murs, contrairement à certains établissements qui annonçaient sur des papiers aux couleurs criardes les tarifs pour une prestation ‘manuelle’, ‘orale’, ‘missionaire’, ’69′, et, ma préférée ‘la totale’. Il me revint en mémoire qu’à une époque, les bordels proposaient les services d’une unijambiste. J’avais bien eu, il y a peu, un patient qui se masturbait sur la prothèse de jambe de sa mère. Mais je n’étais pas là pour penser boulot. J’enlevai mes Converse, mon pantalon et mon caleçon. Il faisait un peu froid pour que je retire ma chemise. Tandis que je l’attendais en espérant que le Viagra et les calmants feraient bientôt effet, je faillis m’endormir. Je me sentais bien, en ces lieux où personne ne pouvait m’atteindre. Je ne voyais pas de meilleure manière de gaspiller mon temps et mon argent » p. 313


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