« Quatuor » : Anna Enquist interroge la fin de la politique culturelle en Hollande

3 janvier 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Fidèle à ses thèmes musicaux de prédilection, Anna Enquist, l’auteure du Secret et de la Blessure est de retour chez Actes Sud avec un roman qui suit un talentueux Quatuor semi-amateur. L’occasion pour l’auteure d’interroger en parallèle l’effet de la fin des subventions à la culture dans son pays et le traitement des personnes âgées. Un roman qui aurait pu être épatant s’il ne pêchait par une fin un peu trop mouvementée pour laisser la réflexion s’imprégner. Sortie le 3 février 2015. 

Note de la rédaction :

Caroline et Jochem ont perdu leurs deux enfants dans un accident de bus tragique. Alors qu’il est luthier et elle médecin (après avoir délaissé le conservatoire), leur nouveau et seul moment de répit est de réussir à jouer en quatuor avec deux de leurs amis la généreuse infirmière Heleen et le directeur de salle excentrique et père célibataire Hugo. Pour leur prochain concert, il mettent au programme le quatuor « dissonance » de Mozart et pensent à la fameuse « Jeune-fille et la mort » de Schubert. Alors que Caroline a du mal à faire face à ses patients le jour, retrouver son professeur et amant de jeunesse, Rainer, qui ne sort plus de chez lui à l’approche des 80 ans lui fait se poser des questions sur les nouvelles manières dont au demande aux médecins de traiter les personnes très âgées, envoyées en maison et placées sous sédatifs au lieu d’avoir de l’assistance (plus chère) à la maison. De son côté, Hugo est pressurisé par les politiques pour rentabiliser sa salle de spectacles et se rend bien compte qu’il la loue principalement à des entreprises qui n’ont rien à voir avec l’art ou la culture. Heleen, enfin, donne généreusement de son temps au-delà de ses trois enfants et de son travail et a une correspondance abondante avec un prisonnier de droit commun…

A travers quatre personnages principaux, un vieux violoncellistes et les enfants vivants ou morts, c’est tout un pan de la société néerlandaise qui est abordé par ce roman très riche. Dans les Pays-Bas de l’après 2012 où les budgets alloués à la culture ont été dramatiquement revus à la baisse, l’amour de la musique et de sa transmission fait passer les personnages principaux pour des fantômes aussi blessés que les seniors qu’on enterre avant leur mort dans des institutions. L’intrigue est prenante, les personnages bien ficelés… Si bien qu’on se demande pourquoi l’auteure a décidé de finir son roman dans un coup d’éclat de violence qui est aussi un coup de théâtre un peu gratuit. On sort de cette fin dérouté, là où l’on aurait pu commencer à réfléchir de manière incarnée sur quel type de société et quel rapport à la culture l’on souhaite pour nous et nos enfants.

Anna Enquist, Quatuor, trad. Emmanuelle Tardif, Actes Sud, 304 p., 21.90 euros. Sortie le 3 février 2016.

Visuel : (c) couverture du livre


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