« Beren et Lúthien » de Tolkien : l’amour courtois en Terre du Milieu

12 novembre 2017 Par
Mathias Daval
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Pour les malheureux qui ne connaîtraient de J.R.R. Tolkien que « Bilbo le Hobbit » et « Le Seigneur des anneaux », il n’est pas trop tard pour se pencher, grâce aux éditions Christian Bourgois, sur le reste de l’œuvre de cet immense auteur anglais.

berenluthien

Lorsque les films de Peter Jackson, à partir de 2001, font exploser la notoriété de Tolkien dans le monde entier, les vrais passionnés sont déjà familiers de la gigantesque « Histoire de la Terre du Milieu » dont la douzaine de tomes sont parus en anglais au cours des années 80 et 90. Cette compilation posthume de notes et d’écrits pour la plupart inachevés explore avec systématisme le monde imaginaire dont la création a précédé de loin l’écriture des deux romans les plus célèbres de Tolkien. C’est en effet de la Première guerre mondiale que datent les ébauches, et notamment les fragments linguistiques qui constituent la colonne vertébrale de toute son œuvre. Et ce n’est rien moins que le fils de l’auteur, Christopher, aujourd’hui âgé de 93 ans, qui s’est chargé depuis le début (avec le « Silmarillion » en 1977, quatre ans après la mort de son père) de l’édition et de l’annotation des manuscrits inédits.

Après « Les Enfants de Húrin » (2007), « Beren et Lúthien » est le deuxième grand récit unitaire à être publié de façon posthume. Inspiré d’une multitude de sources allant des légendes nordiques du « Kalevala » finlandais aux sagas islandaises, en passant par le mythe d’Orphée, l’histoire est une grande aventure amoureuse entre une Elfe (Lúthien) et un humain (Beren), qui préfigure celle d’Arwen et Aragorn dans « Le Seigneur des Anneaux » : histoire supposément impossible entre un mortel et une immortelle, mais aussi, bien avant la Quête de l’Anneau, la narration d’une quête héroïque pour récupérer un joyau sacré, un Silmaril, de la couronne de l’ange sombre Morgoth.

Attention, il n’est pas question réellement d’inédit, mais plutôt d’une compilation de morceaux déjà publiés ici ou là, et dont l’agrégation était justifiée au regard de l’importance, pour Tolkien lui-même, de l’histoire de Beren et Lúthien au sein de ce chef d’oeuvre qu’est le « Silmarillion ». Au menu, une version quasiment aboutie du récit, intitulée « Le Conte de Tinúviel » (écrit vers 1917), Tinúviel étant le nom porté par Lúthien à cette époque. On y trouve aussi un morceau de choix, le « Lai de Leithian », extrait de la version de l’histoire sous la forme d’un poème épique inachevé (tout de même plus de 2 000 vers !) , composé en tétramètres iambiques, et qui avait été publié en 1985 dans le recueil « Les Lais de Beleriand » (en 2006 pour la VF). Enfin d’autres fragments plus mineurs mais importants pour contextualiser l’ensemble.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans cette édition : un objectif de rendre lisible et abordable, pour les néophytes comme pour les amateurs éclairés, l’évolution, tant sur la forme que sur le fond, d’un récit jusque là éparpillé dans divers volumes. Cerise sur le gâteau, comme souvent dans les éditions tolkieniennes : les 10 superbes illustrations originales du brillant peintre et dessinateur anglais Alan Lee.

« Beren et Lúthien », de J.R.R. Tolkien, éditions Christian Bourgois, octobre 2017, 224 p., 20 €