Les réalisatrices mises à l’honneur avec le prix Alice Guy

5 avril 2018 Par
Claudia Lebon
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Créé par Véronique Le Bris, fondatrice de Cine-woman, le prix Alice Guy récompense enfin les films français ou francophones réalisés par des femmes, réveillant ainsi le débat sur les inégalités femmes-hommes dans le monde de la culture. La première lauréate, Lidia Terki, a été révélée le 1er mars 2018, pour son film Paris la Blanche.

parislablanche

Comme le prix Femina, lancé en 1904 en réaction au monopole masculin du prix Goncourt, cette nouvelle distinction ambitionne de « pallier la récurrente absence de réalisatrices au palmarès des récompenses annuelles » explique sa créatrice. En 43 éditions, le César n’a été attribué qu’à une seule femme, Toni Marshall, pour son film Venus Beauté, sorti en 1999.

Un jury rassemblant l’actrice et réalisatrice Margot Abascal, le programmateur et exploitant de salle Lorenzo Chammah, l’acteur Vincent Dedienne, la chercheuse universitaire Yola Le Caïnec, le journaliste Jean-Pierre Lavoignat et la productrice Christie Molia, distingue Lidia Terki pour son premier film Paris la Blanche, qui retrace la quête d’une septuagénaire algérienne à la recherche de son mari exilé depuis plusieurs décennies. La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania, Grave de Julia Ducournau, Aurore de Blandine Lenoir et Jeune femme de Leonor Serraille faisaient partie des cinq finalistes, sélectionnés par les internautes.

Considérée comme la première femme cinéaste de l’Histoire, Alice Guy compte plus de 200 films à son actif. En 1896, La Fée aux choux marque le début d’une carrière florissante malgré l’hostilité de ses collaborateurs masculins. Cine-woman remet ainsi à l’honneur ce grand nom féminin du cinéma, trop peu connu du public.

Alice Guy - 1913

Alice Guy – 1913

Pourtant majoritaires dans les écoles d’arts, les femmes sont encore peu visibles dans le monde professionnel.

Cette initiative nous rappelle que la culture n’est pas épargnée par les inégalités de sexe. Le Haut conseil à l’Egalité a remis son rapport « Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture – Acte II : après 10 ans de constats, le temps de l’action » à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, le 16 février 2018. Pourtant majoritaires dans les écoles d’arts, les femmes sont encore peu visibles dans le milieu professionnel. Elles sont moins récompensées mais aussi moins programmées, moins rémunérées et reçoivent moins d’aides financières que les hommes.

Pour permettre aux femmes d’accéder à ces prix, il faudrait donc lutter contre ces inégalités qui les poursuivent tout au long de leur parcours. A une semaine de l’annonce de la sélection officielle, le Festival de Cannes est attendu au tournant. Depuis sa création il y a 70 ans, une seule Palme d’or a été décernée à une femme : la Néo-Zélandaise Jane Campion, primée en 1993 pour La Leçon de piano. Lors d’une table ronde organisée par Kering et Le Figaro en 2015 sur la place et l’avenir des femmes dans le cinéma, Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, s’exprimait à ce sujet : « Le Festival de Cannes est au bout de la chaîne, et non pas au début. Selon moi, la vraie question est la suivante : quels sont les autres maillons de la chaîne qui empêchent les femmes d’accéder à la profession de réalisatrice ? Et c’est cette question-là qu’il va falloir approfondir dans les années à venir. »

Dans ce contexte, les quotas apparaissent comme une solution inévitable. C’est ce qu’affirme le collectif de professionnels du cinéma dans une tribune du Monde publiée le 1er mars 2018. Une centaine de femmes et d’hommes dont Juliette Binoche, Agnès Jaoui et Charles Berling, demandent la mise en place de quotas de femmes dans le financement du 7ème art. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, n’a d’ailleurs pas caché son ambition d’imposer la parité hommes-femmes en déclarant être favorable aux quotas « partout », dans un entretien au journal Les Echos le 13 décembre 2017.

Peut-être faut-il rappeler que le talent n’est pas de l’ordre de l’inné, comme l’affirmait déjà Simone de Beauvoir : « On ne naît pas génie, on le devient ; et la condition féminine a rendu jusqu’à présent ce bonheur impossible ». Pour permettre aux femmes de construire leur talent et révéler leur génie, donnons-leur les mêmes moyens que les hommes.

Visuels  © Affiche officielle du film   © Wikimedia Commons