Les Enfants de Timpelbach : entretien avec le réalisateur

17 décembre 2008 Par
loic
| 72 commentaires

Aujourd’hui sort le premier long-métrage de Nicolas Bary, Les Enfants de Timpelbach. Entretien avec le cinéaste.

L. Barché : À la lecture du livre, comment vous est venue l’idée d’une adaptation ?

Nicolas Bary : En réalité, il s’est passé quelques années entre le moment où j’ai lu le livre et celui où je me suis dit que je voulais en faire une adaptation. Je l’ai lu pour la première fois quand j’avais 9 ans. Quand j’ai voulu faire des courts-métrages, je baignais dans les univers oniriques, les histoires de contes, les jeux de rôles. L’histoire du livre m’a beaucoup plue parce que j’y trouvais tout ce que j’aimais, ce côté petit village perdu où il se passe une histoire, celle de ces enfants qui doivent s’autogérer. De mon côté, j’ai des frères et soeurs qui ont dix et douze ans de moins que moi, j’étais proche d’eux. Et puis, étant enfant, j’avais envie qu’on me laisse faire des choses d’adulte, des choses interdites. Comme lorsqu’on dit à ses parents : « Mais si, je suis assez grand pour faire ça ! » et puis conduire la bagnole, ce genre de chose… Je me disais que je pouvais en faire quelque chose d’assez onirique, décalé et cartoonesque. Du coup, j’ai fait un court-métrage qui s’appelle Before, avec Armelle, il y a 6 ans, et qui était un extrait du projet pour voir si ça se passait bien avec les enfants, tester l’univers. Je suis ensuite entré dans la dynamique d’en faire l’adaptation et de contacter la famille pour acquérir les droits. C’est devenu par la suite un projet porteur, puisque j’ai fait 3 courts-métrages et des pubs mais en gardant ce projet en tête sur lequel je travaille activement depuis 6 ou 7 ans.


Votre premier court-métrage, Before, est-ce un court-métrage autonome ou une préparation au long-métrage qui sort aujourd’hui ?

C’était vraiment un teaser (spot publicitaire censé attirer l’attention, ndlr). Before, c’est before le long. C’était le principe d’une sorte de prologue où il y avait la séquence de l’école du début dans une version un peu différente. Il y avait aussi en générique le livre qui s’ouvrait avec des pop-ups. Et à la fin, il y avait une voix-off qui disait : « Cela fait des semaines que la situation durait, nous allons devoir prendre une décision marquante. » Et cela se finissait avec trois petits points, « À suivre ». Pour moi, c’était comme réaliser déjà une partie du rêve, en me disant que si je n’arrivais pas à faire le long-métrage, j’en aurais déjà fait une partie. Et puis l’idée, c’était de pouvoir motiver un producteur.

Toute la première partie traite du conflit entre parents et enfants. C’est un sujet intemporel. Pensez-vous qu’il ait une résonance particulière, aujourd’hui ?

Là où le film est actuel, c’est que la communication entre les parents et les enfants est quelque chose qui peut être amené à se rompre. D’autant plus, je pense, avec l’arrivée exponentielle de nouveautés en termes de communication qui peut avoir, à termes, l’effet contraire de fractionner le contact. Le thème du film, c’est qu’il n’y a plus de communication entre les enfants et les parents, ils ne sont pas assez proches, ni assez complices. En plus, avec internet et d’autres supports, les enfants sont amenés de plus en plus jeunes à perdre leur conscience d’enfant. C’est important aussi de préserver l’enfance des enfants. Dans le film, les enfants ouvrent la porte de l’âge adulte. Ça les fait grandir et c’est bien de faire confiance aux enfants et de les responsabiliser. En même temps, je pense que c’est bien de ne pas leur mettre des choses trop lourdes sur les épaules, ni trop tôt.

Dès le début du film, la rupture entre parents et enfants a déjà eu lieu. Un personnage comme Oscar le Rouge est déjà totalement en contradiction avec ses parents. Était-ce un choix conscient de votre part de montrer la rupture déjà faite, et de laisser le processus de cette rupture dans l’ombre ?

Le processus, j’ai eu envie de le synthétiser via le générique. Mais je trouvais intéressant de caractériser les enfants, surtout Oscar et Willy par exemple, par une blessure. Ça permettait de ne pas en faire des personnages trop manichéens et de montrer qu’un enfant peut avoir des comportements qui découlent  de son éducation et de son rapport aux parents. C’est le cas de Willy, par exemple, dont on sent bien le manque d’amour maternel. Il a développé une forme de haine envers les autres car il se sent mal-aimé. Tout ça pour éviter de faire des personnages monolithiques et plus attachants.

Le plus étonnant avec Willy, c’est qu’il est le vrai méchant, la tête pensante des Écorchés. Mais il a le physique d’un héros. Dans son regard noir, on voit aussi de la gentillesse. Du coup, le spectateur ne sait pas vraiment quels sentiments avoir par rapport à lui.

C’est un enfant. Je n’avais pas envie qu’il ne soit qu’une figure du mal. On sent qu’il y a des fêlures en lui. Ce que je trouvais chouette, c’est que les enfants, entre eux, finissent par se réunir et le mal se dilue. Au final, tous les enfants peuvent être cruels, dépasser les bornes. Mais il y a des prises de conscience aussi.


La grande qualité de ce film réside aussi dans l’attention portée aux décors et aux costumes, chose rare dans le cinéma français.

Bien sûr. J’ai toujours eu envie de développer ça graphiquement, ça me plaît. Caractériser les personnages ainsi, ça aide le comédien à jouer, et le spectateur à distinguer les personnalités. Je voulais garder le côté intuitif. Le risque, lorsqu’on fait un film très graphique, c’est de perdre la spontanéité.

Pensez-vous que ce soit plutôt un film pour les enfants ou pour les adultes ?

Je pense vraiment que c’est un film pour les enfants. Si, au moment de l’écriture, on a rajouté des blagues qui pouvaient faire marrer les adultes, on a vraiment été sincères avec les personnages, on se les jouait. On a écrit le film en étant enfant nous-mêmes ! Nous n’avions pas un rapport d’adulte qui a du recul sur son enfance. Du coup, le public premier, c’est vraiment les enfants, même si j’espère quand même que les parents s’amuseront aussi.

Timpelbach appatient-il à la famille des adaptations de romans fantastiques, du type Harry Potter, Narnia, Eragon, bientôt Twilight ?

Je pense qu’Harry Potter et le reste évoluent vers des choses assez sombres. Dans Timpelbach, même s’il y a des choses un peu dures, j’avais envie de rester assez positif, quitte a peut-être moins plaire aux ados. Mais j’espère que ce film va s’inscrire dans la veine des films familiaux où le but est avant tout de passer un bon moment. Ce genre de films qui m’a plu quand j’étais jeune.

En ce qui concerne le travail d’acteur avec les enfants, les avez-vous beaucoup dirigé ou ont-ils trouvé leur voix assez facilement ?

En fait, on a beaucoup travaillé avant le tournage, au casting, puis à faire des fiches de personnages et en répétitions. Quand on a les bonnes personnes, c’est déjà une bonne partie du travail qui est fait. Sur le tournage, j’allais toujours dans le sens des personnages, en les resituant dans l’histoire et en expliquant pourquoi ils pouvaient penser telle ou telle chose. Mais je n’ai jamais mimé aux acteurs ce qu’ils devaient jouer. Beaucoup de choses ont été apportées sur le tournage. Par exemple, le personnage de la petite Zoé a pratiquement été créé sur le moment. Il y avait certains acteurs qu’il fallait booster, d’autres, il fallait les doser.

Que pouvez-vous nous dire sur votre prochain projet ?

C’est l’adaptation d’une bande dessinée qui s’appelle Soda, éditée chez Dupuis. L’histoire d’un flic de New York qui se fait passer pour un pasteur auprès de sa mère parce qu’elle est cardiaque. Il s’est embourbé dans cette double vie. J’avais déjà fait un court-métrage dessus au lycée ; c’est encore un projet d’ado. Ça fait quelques mois que je travaille dessus. C’est plus contemporain, entre comédie et action. Avec mon producteur, on espère tourner en 2010.

L. Barché

Pour lire l’interview dans son entier, rendez-vous sur le site d’en3mots