« Amore Carne », dans l’intimité du sang de Pippo Delbono ( en salles le 26 juin)

17 juin 2013 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Le metteur en scène pasolinien Pippo Delbono lâche les vastes plateaux de théâtre pour emmener sa troupe et ses obsessions sur écran. Amore Carne, après avoir été montré à Venise, à Berlin et à Rio arrive enfin sur les écrans français. Un film comme un documentaire psychanalytique qui ravira grandement les amoureux de l’italien.

L’image est étrange, elle tremble comme un cœur qui bat. Ce n’est pas un thorax qui se soulève mais les draps d’un lit épuisé d’une chambre d’hôtel au nom qui ne laisse pas de doute : « amour ».
De l’amour il y en a à revendre dans ce film aux allures de documentaire mais qui n’en est pas un. Il s’agit avant tout de l’amour de la vie et du jeu de cache-cache que Pippo Delbono joue avec la mort. C’est à l’aide d’un téléphone portable planqué dans sa poche qu’il filme son monde à son insu.

Dans une idée éternelle du théâtre comme réalité, il s’amuse de sa maladie, en l’occurrence le Sida, pour la rendre spectaculaire. Dans ce film pensé comme une déambulation parmi des portraits, le premier que l’on croise sera une docteure posant des questions sincères à celui qu’elle croit honnête. Voici 22 ans qu’il souffre et qu’il fait semblant de le redécouvrir à chaque fois. Avant elle, on aura aperçu l’oeil de Pippo, un œil comportant  » trois cicatrices » qui restent invisibles pour celui qui le regarde, mais qui transforme ce qu’il voit en un paysage comme plongé dans l’eau.

Amore Carne c’est donc le monde Pippo à travers son œil mais dans une perception qui n’est pas la sienne. Nous voyons net. Pas lui.
Pas lui, car lui dialogue avec la mort en la fréquentant de près. Il l’a tient à distance par la danse : »Tant que tu danseras, la mort t’attendra » entend-t-on. Alors il fait d’Amore Carne un spectacle de danse où le mouvement est celui des trains qui filent, de Marie-Agnès Gillot qui tourbillonne ou de Sophie Calle qui remue, souriante comme une petite fille. Entre Autres.
Il se dégage d’Amore Carne la sensation qu’il n’est pas question que de Pippo, qu’à travers lui, et exactement comme dans la Grande Bellezza, c’est un portrait de l’Italie qui est dressé. Comme dans le film de Sorretino, c’est sans transition que nous passons de son acteur fétiche Bobo aux rires d’Irène Jacob.
Souvent, il décale les images et le son, comme dans cette scène poignante où l’on voit sa mère, plat de pâtes bien en vue, rabâcher sa vie sous le regard triste d’une vierge en plâtre. Lui la regarde mais ne l’écoute pas. Lui se souvient que sans elle, il n’aurait jamais appris le violon dans une ambivalence d’amour et d’ennui. Respect et répulsion sont saisis là, au détour d’une horrible toile cirée.
Deux images issues de la nature entourent le film. Les œillets de Nelken, jetés en hommage à la perte de Pina Bausch sur le plateau de la Cour d’Honneur lors du festival 2010. Des fleurs coupées, mortes mais qui font jaillir en chacun le souvenir du merveilleux. Il clôt son film sur une image de nature vivace mais qui apparaît trouble, comme si la réalité vivante était plus aléatoire.
Amore Carne nous fait entrer dans les failles de Pippo Delbono, directement par les fissures qui s’imposent à son œil. Il y affirme qu’une souffrance dépassée et intégrée est un chemin d’accès à la beauté. Il ne rabâche pas, il avance.

Le film sera projeté au Festival d’Avignon, Vendredi 19/07/2013 à  19h30 à l’Opéra Thèâtre.

Amore Carne, un film de Pippo Delbono, Italie/Suisse, 2012, 1H15, sortie le 26 juin 2013, distribution Les Films du Paradoxe.


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