Barakei à la galerie Eric Mouchet : quand Hosoe et Mishima fusionnent corps et âmes

4 décembre 2016 Par
Christophe Dard
| 0 commentaires

La galerie parisienne nous propose jusqu’au 23 décembre 2016 une virée dans le Japon des années 60. L’archipel est alors le théâtre d’une rencontre aussi éphémère qu’éblouissante, entre un jeune photographe, Eikoh Hosoe, et son modèle, l’écrivain Mishima. C’est l’acte de naissance d’un album dans lequel l’érotisme a des rêves de beauté émancipée mais cache également les signes de la mort.

 

Vue de l’exposition © Rebecca Fanuele

 

A la fin des années 50, le Japon est un pays en pleine reconstruction, traumatisé par une guerre perdue, tant dans les traditions d’une nation sûre de sa puissance que dans sa situation économique. C’est sous ce ciel sombre qu’émerge un photographe d’une vingtaine d’années, Eikoh Hosoe. Il fait partie de collectifs artistiques et se distingue par un livre, Man and Woman, en 1961, dans lequel l’érotisme fait- déjà- l’apologie d’une délicate poésie.

 

 

En 1963, Hosoe, très prometteur, crée un nouvel recueil, Barakei- Killed by Roses, dont le modèle est un homme de 8 ans son aîné, le célèbre romancier Yukio Mishima. Cet album, à découvrir jusqu’au 23 décembre 2016 à la galerie Eric Mouchet, met en scène un Mishima tour à tour amusé, inquiet, moqueur et ténébreux, à la fois héros romantique, un Saint Sébastien pris dans les lianes d’un tuyau d’arrosage et figurant dans un théâtre Kabuki.
Toujours dénudé, Mishima devient le pivot d’un archipel dont la mémoire impériale se pose des questions, un pays fier de son histoire et de sa culture, mais désireux d’entrer dans une nouvelle ère, moderne, levant des tabous tel l’homosexualité, et un regard tourné vers l’Occident. Les empreintes sont nombreuses, Botticelli, Giorgione, Greco, les préraphaélites, Dali…

 

Vue de l’exposition © Rebecca Fanuele

 

Elles inspirent des compositions d’une inénarrable beauté dans lesquelles les références se complètent, s’assemblent, se déconstruisent et se disloquent vers l’expressionnisme et le surréalisme, preuves tangibles d’une nation en plein doute sur son avenir.
Eikoh Hosoe fait de Mishima le demi-dieu d’un Japon en quête de libération des moeurs, mais dans un univers hors du temps, sombre, trouble, dans lequel la vie, symbolisée par le corps dévêtu et en mouvement, porte déjà en elle les prémices de la mort. D’ailleurs, Barakei n’a t-il pas été traduit par « Tué par les Roses » ?

 

 

Quelques années plus tard, Hosoe collabore de nouveau avec Mishima, devenu nationaliste et attaché aux valeurs du Japon d’antan. En 1970, le romancier vient de finir La mer de la fertilité et décide, accompagné de 4 hommes, de se rendre au quartier général du Ministère des Armées. Il prend en otage le général commandant les Forces d’autodéfense du Japon et convoque les journalistes. Mishima leur annonce la restauration du Japon traditionnel.
Hué, Mishima constate l’échec de son coup d’état et se suicide. Le livre d’Hosoe devient orphelin de son sulfureux modèle.

Christophe Dard

 

Vue de l’exposition © Rebecca Fanuele

 

INFORMATIONS PRATIQUES:
Barakei
Eikoh Hosoe
Jusqu’au 23 décembre 2016
Galerie Eric Mouchet
45 rue Jacob 75006 Paris
Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h
www.ericmouchet.com


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *