Le Centre Pompidou Metz à l’heure du Japon

30 octobre 2017 Par
Laetitia Larralde
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Le drapeau japonais flotte aux côtés du français sur le mât du Centre Pompidou Metz, qui sera à partir du 30 octobre entièrement tourné vers le Japon, avec trois expositions et une dizaine de spectacles offrant une vision inédite sur le Japon et son identité artistique et culturelle singulière.

Japanorama, nouveau regard sur la création contemporaine

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Plus de trente ans après l’exposition de 1986 du Centre Pompidou : Le Japon des avant-gardes, 1910-1970, l’exposition Japanorama reprend le flambeau et dresse un portrait de la création contemporaine japonaise des années 1970 à nos jours. Contrairement à la précédente exposition qui mettait en exergue les liens entre art contemporain occidental et art contemporain japonais, le regard porté ici cherche la singularité culturelle japonaise. Pour ce faire, le Centre Pompidou s’est tourné vers les personnes au cœur de la question: la commissaire de l’exposition, Yuko Hasegawa, est la directrice artistique du Musée d’Art Contemporain de Tokyo, la scénographie a été confiée à l’agence d’architecture japonaise SANAA et nombre de mécènes et soutiens sont japonais. De plus, la moitié des œuvres provient de la collection du musée d’art contemporain de Tokyo, actuellement fermé, et beaucoup d’autres ont été prêtées par des galeries japonaises. Nombre d’œuvres sont inédites en France et certains artistes exposent hors du Japon pour la première fois.

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L’exposition est monumentale, mais c’est encore peu pour montrer la complexité de la scène contemporaine japonaise, qui oscille entre un héritage culturel puissant et une marche constante vers la modernité. La scénographie est pensée comme un archipel de six îles, chacune abordant une grande thématique qui incarne une notion clé de l’histoire de la création contemporaine japonaise. On aborde entre autres le rapport au corps, les cultures pop, ou les poétiques de la résistance. Les espaces transitionnels sont également occupés par des œuvres faisant le lien entre les différents thèmes, portant l’idée de coexistence et d’influence mutuelle.

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Le point de départ est l’exposition internationale d’Osaka de 1970, qui a marqué la rupture de la scène artistique japonaise avec le modernisme occidental, et la quête d’une identité culturelle et artistique en tant que nation au sein d’un monde de plus en plus globalisé. Cette identité s’est construite dans la cohabitation entre tradition et technologie de pointe, tout comme un ensemble d’autres paradoxes qui fusionnent et s’hybrident pour donner une voix singulière et plurielle.
Si le développement s’est fait de façon chaotique en réponse directe et physique aux évènements extérieurs, sans théorie ni discours global, il a permis l’éclosion de nombreuses expressions particulières. Mais créer dans un contexte sans définition précise, avec des contours fluctuants, est un exercice difficile qui demande souplesse et engagement.

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L’exposition a pour volonté d’élargir la vision occidentale qui se limite souvent aux lieux communs que sont le zen et le kawaii, pour mettre en avant une culture unique et sensible, en relation étroite avec son environnement et les évènements. A la différence de l’Occident qui prend le sujet comme point central de tout ce qui l’entoure, le Japon considère le sujet comme le résultat, le reflet, de son environnement. Et de là, le «je», tout en exprimant le «moi» de l’artiste, prend une portée universelle. L’homme n’est pas séparé de la nature ou de son environnement matériel, tout est au même niveau, sans distinction hiérarchique. L’art, l’architecture, le design et les subcultures comme le manga ont tous une réalité et un discours propres de valeur égale qui s’exprime de façon fluide et mouvante.

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En prenant comme point d’entrée leurs émotions, leurs ressentis physiques, leurs perceptions, les artistes construisent leur discours et point de vue sur des évènements tels que les catastrophes nucléaires et naturelles, ou une critique sociale et politique avec une variété de modes d’expression qui va des peintures de Yoshitomo Nara ou Aya Takano, aux installations comme Force de Kohei Nawa (d’une beauté hypnotique), en passant par la photographie de Daido Moriyama ou Rinko Kawauchi, le graphisme de Tadanori Yokoo ou les vêtements de Comme des Garçons ou Anrealage.

La caractérisation de l’art et de la culture japonais est en redéfinition constante et pousse à des relectures permanentes des œuvres à la lumière du présent. Cette exposition lie art, architecture, mode, design, illustration, manga et autres sous cultures avec une grande fluidité et constitue un formidable point de départ à un nouveau dialogue créatif entre Japon et Occident.

Japan-ness, architecture et urbanisme au Japon depuis 1945

Dans son bâtiment conçu par Shigeru Ban, le Centre Pompidou Metz accueille une exposition qui questionne l’identité de l’architecture japonaise, en prenant pour titre Japan-ness, un terme inventé par Arata Isozaki pour désigner la spécificité de l’architecture japonaise qui allie l’immuabilité de certaines valeurs et une identité sans cesse réinterprétée, en mouvement permanent. La scénographie de l’architecte Sou Fujimoto part du noir pour arriver au blanc, de la destruction de la guerre vers l’architecture de la disparition, suivant un parcours chronologique.