Gerard Petrus Fieret au Bal : la fureur d’un affranchi amoureux

14 août 2016 Par Christophe Dard | 0 commentaires

Jusqu’au 28 août 2016, le Bal propose la première exposition en France d’un photographe étonnant, Gerard Petrus Fieret. Dans les années 1960-1970, cet artiste aussi mystérieux que solitaire a immortalisé ses contemporains, en particulier des femmes, d’un regard à la fois malicieux et attendri, maladroit mais romantique…

 

Sans titre © Gerard P. Fieret, 1965-1975. Gemeentemuseum Den Haag, Courtesy Estate of Gerard Petrus Fieret

Sans titre © Gerard P. Fieret, 1965-1975. Gemeentemuseum Den Haag, Courtesy Estate of Gerard Petrus Fieret

Des photographies jaunies par le temps et rongées par des produits chimiques périmés s’entassent dans un abri qui ressemble à une roulotte de forain… Des chats, des souris et des pigeons, figurants d’une ménagerie de compagnie dont le propriétaire est bien étrange, n’épargnent pas ces tirages… Il y a quelques années, aux Pays-Bas, le nom de Gerard Petrus Fieret se résumait à un sourire au coin des lèvres, ce petit rictus un brin gêné car l’homme, dont on ne savait presque rien, était l’incarnation de l’idiot du village, celui qui joue de la flûte de Pan dans les rues, que l’on trouve sympathique mais que l’on ne tient pas à connaître. Et pourtant, au même moment, celui que l’on prenait pour un gentil simple d’esprit était célèbre d’une poignée de collectionneurs.

 

Vue de l'exposition (c) Martin Argyroglo

Vue de l’exposition (c) Martin Argyroglo

 

En effet, Gerard Petrus Fieret, déambulateur hirsute dont le visage rappelle la « gueule » de Michel Simon et le vagabondage enfantin la démarche de Jacques Tati, a été un poète, un dessinateur et un photographe.
Dans les années 1960, la quarantaine chevillée à son grain de folie, Fieret s’empare, avec la naïveté d’un autodidacte, d’un Praktiflex, un modeste appareil photo.
Dés lors, pendant seulement dix ans, il va capter son entourage avec frénésie : des enfants, des vitrines, des promeneurs mais aussi et surtout lui-même et les femmes.
C’est cette œuvre méconnue que le Bal propose de découvrir jusqu’au 28 août 2016, à l’occasion de la première exposition monographique présentée hors de son pays natal.

 

Sans titre © Gerard P. Fieret, 1965-1975. Gemeentemuseum Den Haag, Courtesy Estate of Gerard Petrus Fieret

Sans titre © Gerard P. Fieret, 1965-1975. Gemeentemuseum Den Haag, Courtesy Estate of Gerard Petrus Fieret

 

Les 200 tirages rassemblés dans un décor brillamment conçu, montrent la grande diversité du travail de Gerard Petrus Fieret. Les femmes sont des anonymes d’univers et d’âge différents mais leurs regards à l’attention de Fieret trahissent tous une complicité souvent coquine.
Fieret aime tant les femmes qu’il saisit plus particulièrement certaines parties de leurs corps, de longues jambes, des postérieurs, des nuques ou des pieds.
Fieret est également l’inventeur du selfie. Il aime se photographier, seul ou en bonne compagnie.

 

Photogramme extrait du film Gerard Fieret, fotograaf, 1971 © Jacques Meijer

Photogramme extrait du film Gerard Fieret, fotograaf, 1971 © Jacques Meijer

 

Le plus intéressant est l’imperfection des portraits. Flous, rognés de manière brutale, abîmés par les produits chimiques de piètre qualité ou répétitifs, les tirages révèlent néanmoins une dimension artistique forte. Certains clichés, avec les signatures et les tampons compulsifs de Gerard Petrus Fieret, rappellent des oeuvres pop’art.

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Gerard Petrus Fieret
Le Bal
6, Impasse de la Défense
75018 Paris
Ouvert du mercredi au vendredi de 12h à 20h, le Samedi de 11h à 20h et le dimanche de 11h à 19h. Nocturne le mercredi jusqu’à 21h et le jeudi jusqu’à 22h
01 44 70 75 50
www.le-bal.fr

 

A LIRE :
Gerard Petrus Fieret
Edité par le Bal et les Editions Xavier Barral
Texte inédits de Wim van Sinderen, Violette Gillet, Francesco Zanot et Hripsimé Visser.
Bilingue français/anglais
592 pages


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