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En suspens – l’exposition du BAL

En suspens – l’exposition du BAL

16 mars 2018 | PAR Diane Royer

Le BAL présente jusqu’au 13 mai 2018 l’exposition collective internationale « En Suspens » qui réunit des œuvres d’une quinzaine d’artistes contemporains.

L’exposition interroge la notion de « suspens ». Le terme renvoie à une pause hésitante ou une interruption, à une attente angoissée. Il rend compte d’un caractère cosmique et infini, tenant de l’aérien et de l’inachevé. L’atmosphère qui s’en dégage relève d’une poésie mélancolique, de la vision d’un Eden perdu sinon d’un Eldorado à jamais insaisissable. Il s’agit d’un espace-temps hors de l’espace et du temps, intangible et atemporel.
La commissaire d’exposition, Diane Dufour, présente cette manifestation artistique comme « une tentative poétique, abstraite et fragile, de traduire quelque chose de notre temps. » La parole est alors laissée aux artistes pour tenter de représenter l’idée de suspens. Les réponses que l’exposition rassemble sont variées, empreintes tantôt d’une objectivité grave, tantôt de lyrisme malheureux.

Parmi les œuvres présentées, une série de photographies d’Aglaia Konrad, Desert cities (2008), se déployant le long d’un mur de la première salle, montre des vues de villes nouvelles du désert égyptien, peinant à sortir de terre, inachevées. Villes fantômes que le temps semble contourner, indifférent à leur éternelle léthargie.
Dans la même salle d’exposition, un diptyque photographique saisissant de Darek Fortas, Changing Rooms (2012) révèle des vêtements sales de mineurs suspendus par des chaînes et des câbles, eux-mêmes maintenus à des bancs, dans une salle anesthésiée et froide. Les habits mentionnent à la fois l’homme et son absence ; sans emprise, l’évocation flottante ne s’accroche à rien tout comme ces mineurs polonais dont l’artiste explique le rôle majeur qu’ils ont joué lors de la chute du régime soviétique et leur impuissance paradoxale à obtenir l’amélioration de leur propre condition de vie.
Au sous-sol, Welcome to Camp America, Beyond Gitmo (2017), une série dont quatre photographies pétrifiantes de l’américaine Debi Cornwall nous sont proposées. Chacune d’elles représente un homme de dos en pied devant un monument emblématique de pays d’Europe de l’Est. Ces hommes, emprisonnés à Guantanamo puis exfiltrés dans des « pays tiers » sans le moindre chef d’accusation, errent dans un « no man’s right », pas tout à fait libres ni vraiment en prison.

Exprimé par l’art vidéo, la photographie, l’écriture ou encore l’art graphique, le suspens se décline sous des formes hétéroclites, faites de doutes et de l’appréhension d’un futur incertain, mais également de la dénonciation de vies mises en suspens par des conflits militaires, des manœuvres politiques, des inégalités sociales, …

Finalement, ces œuvres figurent elles-mêmes des instants figés, empreintes d’un passé révolu dans monde en constante évolution. Le visiteur découvre l’ensemble de ces productions artistiques très diverses, que le BAL parvient à rendre remarquablement harmonieux. Sans doute, l’exposition interroge-t-elle également le pouvoir de l’art : la difficulté de s’inscrire dans son temps est aussi celle  d’acquérir une réelle emprise sur celui-ci, de laisser une véritable empreinte durable et efficace, tant sur le plan artistique et esthétique qu’au niveau social et politique.

Visuels :

– Debi Cornwall,Welcome to Camp America: Inside Guantánamo Bay, série, Beyond Gitmo, 2017 © Debi Cornwall / Steven Kasher Gallery, New York
– Henk Wildschut, Ville de Calais, Partie Sud, 2016 © Henk Wildschut
– Darek Fortas, Changing Room VI 2012 © Darek Fortas
– Deux vues d’exposition le BAL (c) Mathieu Samadet

Infos pratiques

Braderie de Lille
Fondation Maeght
Louise Faucheux

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