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Révolution au Pays basque

Révolution au Pays basque

28 juillet 2018 | PAR Sabina Rotbart

Sous l’impulsion de jeunes chefs, de créateurs et d’entrepreneurs qui posent là leurs valises après avoir bourlingué et réussi dans le monde entier, le Pays basque se renouvelle. Foncez là-bas avant la ruée du mois d’août ou début septembre, quand le sirocco lèche la plage de son souffle brûlant.

Est-ce la révolution au Pays basque ? Longtemps vue comme une destination presque désuète, la Côte basque enchante le visiteur à qui on ne la fait pas. Même à Biarritz la tranquille, celui-ci sent passer le souffle, non du brouillarta, ce vent du large qui barbouille le ciel d’une couleur d’encre, mais du renouveau. Le coeur de la ville s’est déplacé vers les Halles, vibrionnantes depuis leur rénovation, et le bar des Cent marches, le meilleur spot pour admirer le spectacle grandiose du soleil couchant sur la Plage des basques. On y boit du cidre, basque bien sûr (l’ayant goûté, les normands décidèrent de planter des pommiers !) ou un Rioja de velours, en guettant le fameux rayon vert dont Rohmer tira autrefois un film éponyme.

Les surfeurs, qui arrivent dès l’aube sur le rivage, pour être les premiers à chevaucher la vague, sont pour beaucoup dans cette évolution tonique. La planche arrimée sur la Vespa, une cape noire jetée sur leur combinaison, ils ont des airs de Zorro des plages et donnent du pep à ces stations balnéaires un peu assoupies. Pour eux, les promenades sont redessinées, on replante les rochers d’oyats et de tamaris vieux rose. Et si de nouveaux bancs sont installés, c’est pour pouvoir jouir du spectacle de leurs sauts sidérants. Pour suivre la vague, on dépoussière furieusement, le Casino se refait une beauté et même l’hôtel du Palais, construit par l’Impératrice Eugénie en 1855 bouge enfin ; Bidart, le ravissant village voisin, préservé des grands flux touristiques, aux maisons blanches comme taillées dans du sucre glace, juste ponctuées du rouge des volets s’y met aussi chassant les voitures de la place centrale très bel écrin à l’architecture charmante.

Les surfeurs ont amené avec eux la musique (les jeudis soirs à la Cité de la mer), des industries prolifiques (Quicksilver), des festivals d’art plastique autour de leur objet fétiche, des créations dérivées (les planches à pain en forme de surf de chez Assiettes et compagnie). Ils ont apporté aussi l’écologie sur la plage, avec l’arrivée de la Fondation Surfrider, émanation française d’une grande association écologique américaine et même l’engouement pour les produits solaires bio issus des algues rouges (laboratoires-biarritz.fr). Mais par dessus tout, l’idée que venir habiter ici n’était pas seulement un destin pour séniors.

Buffet de la gare écolo-friendly
Dès la gare de Biarritz, vous remarquez l’évolution. Car le buffet rebaptisé Open gare a fait sa mue, reconverti en espace de co-working, galerie d’art, concept-store d’artisanat local et cantine bio gérée par l’association « Les chemins de faire ». Ailleurs, c’est souvent dans des lieux improbables que vous aurez des surprises rares. Comme Elements, dans la zone artisanale de Bidart, élu meilleur restaurant de l’année par Le Fooding. De la gastronomie alternative (sans gluten, sans sucre, sans produits laitiers) mais surtout joyeuse, parfumée, diaboliquement inventive, qu’Anthony Orjollet a installé dans son néobistrot posé en bord de route. Dans un de ces lieux que les urbanistes appellent des « entrées de ville », « ces zones prétendument sans âme où il ne se passerait rien », dénonce-t-il, entre la Nationale et le revendeur d’accessoires automobiles. Là se côtoient les ouvriers du chantier voisin, les avocats et les artistes, la mixité sociale des gourmands. La table est délicate, on y savoure de la poitrine de cochon de chez Ospital à se damner, des carottes cuites à la braise dès l’aube, du poireau caramel, du tartare de thon blanc au gingembre, des petits pois suaves au lait d’amandes. Le gâteau au chocolat est sucré au miel sauvage, quant au vin, il est vendu sans droit de bouchon, une attention rare. Emigré de sa Savoie natale, Anthony a atterri là par choix, pour la qualité de vie et les produits (restaurant-elements.com) ! A une encablure, Cédric Béchade (aubergebasque.com) qui a accompagné les plus grands chefs avant de s’installer ici, sert une cuisine poétique dans sa maison labélisée Relais et châteaux depuis cette année. C’est à Saint-Pée-sur-Nivelle, avec vue sur la montagne de la Rhune et les prairies émeraude alentour, qu’il apprête de l’agneau aromatisé avec les herbes aromatiques broutées à l’estive, reine des près, fleur de sureau et thym serpolet… Il ose le gâteau basque au fromage d’Ossau Iraty, au vrai parfum de foin coupé. D’ailleurs, le gâteau basque excite ces temps-ci la créativité des grands pâtissiers, comme en témoigne la maison Miettes, la plus avant-gardiste, qui réussit le pari impossible d’être à la fois sublime, d’une originalité folle avec son parfum cassis-citronnelle mais aussi sans gluten ni produits laitiers (maison-miettes.com, vente à distance ou chez Arostéguy à Biarritz).

En pratique :
6 vols par jour pour Biarritz,
° Où loger : si vous avez les moyens, offrez vous l’Auberge basque ou à la villa Leihorra à Ciboure, un bijou art déco. Sinon, le très joli petit Hôtel de la plage, un deux* très aimable qui donne directement sur l’anse du Vieux Port.
° Offrez-vous une somptueuse céramique chez Cazaux, à partir de 220 euros, cazaux.com
° Visiter la villa Arnaga, bâtie par Edmond Rostand dont on fête les cent ans de la disparition. Pour mieux mesurer sa mégalomanie mélancolique (arnaga.com)

visuels : (c) CDT64 photos libres de droits pour la presse

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme.

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