Tendances

On disait que j’étais une mariée…ou pas !

On disait que j’étais une mariée…ou pas !

13 février 2013 | PAR Avela Guilloux

Le mariage fait-il encore rêver les enfants, et plus particulièrement les petites filles ? Une chose est sûre, il fait toujours autant rêver les professionnels du jouet…

Souvenez-nous, c’était il y a quelques mois…les rues s’étaient habillées de guirlandes lumineuses, les vitrines des grands magasins étaient animées de petits personnages, on commençait à croiser de nombreuses silhouettes de Père Noël, et les boîtes aux lettres regorgeaient de catalogues de jouets…ces fameux catalogues, adorés des enfants, qui les consultent pendant de longues semaines, mais aussi décryptés aujourd’hui par les féministes, qui y voient, à raison, l’illustration parfaite des différents clichés liés au genre.

En feuilletant le catalogue « Fnac Eveil et Jeux », au milieu des jouets « pour fille » (comprenez : coiffeuses, cuisinières, poupées et robes de princesses), on tombe en arrêt devant la page 120 . Là, une petite fille d’environ 8 ans, trône dans une robe de mariée virginale, avec gants et bouquets assortis.

Descriptif :

Avec ce déguisement, la petite fille se glisse dans la peau d’une autre, plus grande. Elle imagine son mariage, cette fête qui fera d’elle la princesse d’un jour. Elle ajuste le joli nœud dans son dos, regarde la pierre sur son décolleté et met le voile accroché au serre-tête. L’enfant se raconte une belle histoire.

Étrangement, un malaise s’installe. Peut-être est-ce dû au commentaire, qui ne souligne à aucun moment ce qu’est l’engagement signifié par le mariage…l’amour, la fidélité, l’assistance mutuelle, rien de tout ça ici…Le mariage semble réduit à une fête qui fera de cette petite fille la  » princesse d’un jour ». Son conte de fée s’étale donc sur une journée. Son futur compagnon ou sa future compagne est relégué  au titre d’accessoire. On peut aussi s’interroger sur le caractère étrange d’un tel déguisement. On ne voudrait pas paraître rétrograde, mais bon, le mariage, c’est une affaire d’adultes, non ? Une enfant en robe de mariée, ça ne semble pas particulièrement mignon, ça rappellerait même plutôt des histoires un peu sombres…

Si l’on veut continuer dans l’exploration de ce qui ressemble un peu à un lavage de cerveau ( « ma fille, le plus beau jour de ta vie, ce sera celui de ton mariage »), on découvre  que l’on peut parfaire la panoplie de future mariée de sa fille, non pas avec un trousseau brodé à ses initiales, mais avec cet album de coloriage, qui lui permettra d’imaginer, et ce avant ses 10 ans, à quoi ressemblera le plus beau jour de sa vie.

Là aussi le descriptif laisse pantois : Préparez votre mariage avec l’album coloriage TOPmodel Mariage, Kontiki. Le plus beau jour pour chaque femme reste vraisemblablement celui de son mariage… avec le choix de la robe !

L’amour, l’engagement ( pardon, mais on y tient !) ? Repassez plus tard : ce qui est important, c’est la robe !

Il s’agit donc, ne nous y trompons pas, de préparer très en amont nos filles à cette grande fête de la consommation qu’est devenue le mariage aujourd’hui. Au moment de rencontrer l’élu(e) de son cœur, celles-ci auront eu pas moins d’une bonne quinzaine d’années pour préparer cette grande journée. Etrange pour une fête censée célébrer l’amour de deux personnes. Une image vient en tête, celle du personnage de future mariée hystérique incarné par Cameron Diaz dans le film Very Bad Things. Elle est parfaite, elle a tout prévu, son mariage sera magnifique,  c’est « son » jour…Elle est folle à lier.

Et les petites filles, elles, elles en pensent quoi, de se déguiser en mariée ?

« Se marier, c’est quand on est amoureux ».  Ah quand même !

« Je préfère être une princesse parce qu’on peut porter des belles robes tous les jours et pas seulement une journée ». Pas bête…

« Les fées, c’est mieux, ça a des pouvoirs. »

Alors, le mariage, est-ce une fin en soi, ou le début de quelque chose, pour ces nouvelles générations ? Il semble qu’il y ait un décalage entre ce que les fabricants de jouets tentent de leur imposer comme idéal et leurs aspirations réelles. On en veut pour preuve l’évolution récente des personnages de  « princesses » dans les dessins animés de Disney, et le succès rencontré chez les petites filles. La firme américaine nous avait habitués à des représentations franchement bêtifiantes de ses héroïnes, attendant passivement et dans leur beau monde rose bonbon qu’un prince charmant les arrache à leur misère ( Cendrillon)/ asservissement ( Blanche-Neige)/ milieu naturel ( La Petite Sirène), pour  » se marier et avoir beaucoup d’enfants ».

Les deux dernières princesses de Disney, elles, bousculent ces codes, et tant mieux !

Raiponce

C’est une princesse, cheveux blonds et chansons gnangnans en prime, certes, mais celle-ci part à l’aventure, conquiert sa liberté durement, armée d’une poêle a frire (on apprécie le clin d’oeil) et finit par épouser un vagabond. Elle est follement sympathique, et les petites filles adorent son côté « sale gosse ».

Merida ( Rebelle)

Pourquoi fait-elle rêver les petites filles, cette princesse écossaise à la somptueuse chevelure rousse, bouclée et indomptable? Maniant l’arc comme personne, Merida refuse de se plier aux règles de la cour et défie une tradition millénaire sacrée aux yeux de tous et particulièrement de sa mère. Cette princesse là ne se marie pas, il n’y a aucun prince à l’horizon.

C’est l’histoire d’une jeune fille , tout simplement, et de son envie de liberté.

Les enfants adorent ces héroïnes, pas potiches et vraiment dégourdies. Disney a bien compris les aspirations des petites filles d’aujourd’hui.

Élevées dans un monde en constant changement, où les codes sont bousculés et remis en question, elles semblent penser que  la vraie valeur à conquérir et à chérir reste, encore et toujours, la liberté. Les belles robes, pièces montées et fontaine de champagne sont les accessoires d’une belle fête, et ne devraient pas s’inviter au rayon jouets.

Pas de lavage de cerveau, pas de désillusion.

Ma fille, le plus jour de ta vie, sera celui que tu voudras !


Littérature et mariage : un ménage qui frôle le divorce
Martine Segalen : « l’amour n’est pas un ingrédient social suffisant pour assurer la pérennité de la société »
Avela Guilloux

One thought on “On disait que j’étais une mariée…ou pas !”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *