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Circuit des Remparts d’Angoulême : La passion souffle sur la ville !

Circuit des Remparts d’Angoulême : La passion souffle sur la ville !

25 septembre 2022 | PAR La Rédaction

La 50ème Edition du meeting s’est déroulée du 16 au 18 septembre. Ancrée dans le patrimoine historique de la ville, la manifestation a convoqué une collection de voitures exceptionnelles couvrant 100 ans d’histoire automobile.

PAR FARAH MALAOUI

J-3 Le bruit et la fureur gagnent la ville

Comme pour annoncer l’automne, le rituel vrombissement des bolides fait trembler la campagne charentaise. Des caravanes formant au total près de 300 véhicules de collection dont plus de 100 voitures de courses se sont données rendez-vous dans la Cité des Valois. Une programmation exigeante convergeant avec les journées du patrimoine, insuffle à la ville une ferveur digne d’un jubilé.
Le soleil est de la partie. Un ciel idéal couvre le parc Concurrents, le commissariat de course et les tribunes. Les stands des partenaires organisés en village gaulois, vont bientôt accueillir toute l’Europe autour du sport automobile pour célébrer la performance et le génie mécanique. Au plus fort du week-end, c’est 11000 personnes qui auront respiré la fumée des hydrocarbures et tressaillis aux déflagrations des moteurs.

J-2 Coup d’envoi de cette 50ème édition, les festivités démarrent dès le vendredi soir avec le Concours d’Élégance.

C’est la Classe Internationale qui glisse sur l’esplanade improvisée en plein milieu du Champs de Mars dans un décor moderne de galerie commerciale. Le mélange des genres et de saynètes improvisées animent deux heures de show avec 33 véhicules et leurs équipages en tenue, venus de quinze pays différents présenter près d’un siècle d’industrie automobile de 1902 à 1984. La musique nasillarde et la sono qui crache sont raccords.
Sous les yeux de 2000 spectateurs, le temps défile, poussé par des spécimens uniques au monde comme cette impressionnante Ballot de 1920 ressemblant à un cigare sur roues, qui a participé aux 500 miles d’Indianapolis. Elle rafle le prix d’excellence. Et d’autres magnifiques berlines avec roues de secours collées sur la portière comme dans les bandes dessinées. L’Alfa Romeo Giulietta Spider 1961 décapotable rouge, appartenant à deux jeunes angoumoisins remporte l’adhésion du jury dans sa catégorie.
Un spectacle anti-conventionnel qui se prolonge hors du podium, sinon où croiser une aristocrate en apparat livrer sans ambages aux curieux, les confidences de son authentique Talbot 1931 ?

J-1 Le samedi est dédié au départ du Rallye International de Charente, réparti cette année en 4 files par époque : les Doyennes pour les voitures avant 1914 ; les Légendes pour les voitures jusqu’à 1949, et le rallye international qui réunit les voitures après 1959.

Trois parcours adaptés pour chaque catégorie quadrillent le sud-ouest de Chabanais à Segonzac. L’astuce permet d’attirer plus de voitures avant-guerre et d’apporter de la fluidité en tenant compte des contraintes d’habileté de chaque catégorie. Pour refermer cette faille intemporelle, le rallye club aussi trace la route avec des véhicules modernes : des jaguars, des porches entre autres véhicules d’anthologie bouclent le tour de ce musée mobile à ciel ouvert.
Qui veut faire un voyage dans le temps ne rate pas le passage du long convoi. Il mesure un siècle d’automobile.
Pour la première fois, l’arrivée est annoncée au RIMA (Régiment d’Infanterie de Marine), ouvert pour l’occasion des journées du Patrimoine. Une haie d’honneur est formée par des chars que les gamins ont escaladé naturellement. Un charme désarmant règne dans cette caserne séculaire aux bâtiments secrets.

Certains modèles d’exception sèchent le musée mobile pour la Place Saint Martial où se déroule le Concours d’Etat qui jaugent l’authenticité des engins sur les aspects : Carrosserie, Mécanique, et Intérieur.
Un jury collégial composé de 6 membres (3 licenciés de la FFVE -Fédération française des véhicules d’époque- et 3 professionnels angoumoisins spécialisés dans la restauration des automobiles historiques), officient en binôme pour examiner les 14 vénérables auto-tractions. Aucune modification ou amélioration ne doit avoir altéré les caractéristiques d’époque. Seules, les restaurations conformes à l’origine du véhicule sont admises, sans exception.
Pas même pour la Lorraine-Dietrich d’avant-guerre qui a nécessité 30 ans de restauration de père en fils. Seul le moteur qui a remporté les 24 heures du Mans en 1925 est d’origine, les autres pièces pourtant authentiques et numérotées ont été importées sur le modèle présenté. Elle remporte une victoire d’honneur, mais la reconstitution ne passe pas l’épreuve des experts : « no matching number ».
La surprise vient de la 4CV 1952 « congés payés » qui provoque le « coup de cœur ». C’est cette voiture à l’allure décalée qui s’est fait la malle sur le podium. Populaire en son temps, elle était judicieusement accessoirisée pour aller au camping avec sa galerie de bagages et sa remorque d’où s’échappent parasol et canne à pêche. Le Grand prix d’excellence est attribué à la prestigieuse et rare ALFA 2600 pour sa restauration impeccable qui a duré 10 ans. Un palmarès dédié au savoir-faire, mais aussi à la transmission.

 

Jour J : voir courir l’histoire

Angoulême est une citadelle verticale coiffée en diadème par sa cathédrale romane, et corsetée de remparts noués à l’ouest par un lacet de 1279 mètres : le tracé originel du Circuit des Remparts.
C’est sur ce promontoire de Charente, qu’une bande d’intrépides s’est lancé le défi en 1939 d’improviser une course de vitesse en faisant venir à Angoulême les bolides de l’époque.
Ce petit cercle de passionnés s’est-il imaginé que des pilotes virtuoses tels que Juan Manuel FANGIO, Maurice TRINTIGNANT ou Jean-Pierre WIMILLE viendraient pourchasser le chrono avec l’équivalent des « Formule 1 » d’aujourd’hui ?
En 2022, la 50ème Édition du Circuit des Remparts continue de faire courir l’histoire démontrant le génie humain et la performance mécanique couvrant près d’un siècle de conception technologique. Une vision moderniste pour l’époque.
Le Circuit International Automobile des Remparts, Le Grand Prix d’Angoulême,… a successivement été rebaptisé, mais il a gardé sa dénomination de Circuit des Remparts dans le cœur des Angoumoisins et des pilotes.
80 ans d’histoire du sport automobile avec des interruptions : la guerre, l’accident dramatique des 24h Mans en 1955, les modes politiques et autres enjeux sociétaux (pollution, bruit, législation), ou simplement les difficultés financières de certaines associations… La réalisation de la manifestation est un prodige et une épreuve en soi.
Exception à la française, cette course historique est le repère d’anciens pilotes toujours connus, et en même temps elle fait découvrir les pilotes d’aujourd’hui et de demain à l’instar de Romain Dumas ou Matthieu Vaxivière, la nouvelle vague.
Lorsqu’un siècle se dissout lentement dans le siècle suivant, restent les passionnés qui transforment la marche de l’histoire en art, seule chose qui survit à une époque. Chapeau les artistes.

Pole Position, le point culminant du week-end. Bilan des courses.

8 heures du matin aux abords de la piste, quelques passionnés sont tombés du lit. Le staff est déjà en pleine agitation. La fièvre monte dans le paddock, et les pétarades des moteurs sont contenus en attendant le placement sur la pré-grille.
Organisée par l’ASA des Remparts (association sportive automobile), les courses se déroulent toute la journée sous l’égide de la FFSA (Fédération française du sport automobile). La matinée est réservée aux essais, l’après-midi à la compétition. Les concurrents répartis sur 9 plateaux de courses et de démonstration, s’essayent au circuit pendant 20 minutes, ce qui déterminera leurs positions sur la grille de départ pour une compétition de 20 minutes.
Cette année, quelques plateaux de démonstrations sont venus faire le show avec des champions des années 70 et 80, invités pour la 50ème. Parmi eux : Ari Vatanen (multi-champion du monde de rallye surnommé le « finlandais volant »), Jean-Pierre Larier (vainqueur de 134 Grands Prix), Jean Ragnotti (le pilote de rallye surnommé « l’Acrobate ») et Pierre Petit (champion de France de Formule 3).
A 13 heures, les tribunes sont saturées. Honneur aux centenaires Austin Seven d’ouvrir la voie. Les populaires britanniques lâchées comme un essaim d’abeilles bourdonnantes livrent une belle confrontation avec un duel de moins d’une seconde d’écart à l’arrivée. Les Bugattis, engins d’avant-guerre toujours spectaculaires, bataillent avec acharnement. Parmi les concurrents, mari et femme s’affrontent sportivement chacun au volant de son bolide. Des plateaux mono-marque dont celui de la R5 Turbo chauffent l’asphalte et quelques plateaux panachés des plus grands constructeurs du 20ème siècle glissent littéralement sur ce manège infernal : Porsche, Jaguar, Lotus, Austin Healey, Alpine, Chevrolet, Citroën, Peugeot, Renault, Lancia, Mazda, Audi, Lada, Opel, Talbot, mais aussi Riley, BMW, Amilcar, Audi, MG, …
Lancement, accélération, embouteillage, arrêt, redémarrage, on assiste à quelques plantages à l’épingle du marronnier, des doublages audacieux au virage Fangio, des étincelles prêtes à embraser les roues soulignant l’accélération devant la cathédrale, et de rares forfaits. Un pare-choc arraché, un moteur en feu, et quelques méchants froissements de tôle plus tard… À 18h32, validation des chronos, la FFSA clôture les temps. « Tout s’est bien passé, comme sur des roulettes » explique le Commissaire de Course Gilles Chabernaud. Rien à débattre pour la Direction de course, à peine la sortie de piste de Raphaël Favaro qui s’est fait serrer. En dehors de la technique de pilotage, la disparité des voitures complexifie la course. « Les véhicules n’ont pas la même agilité, ni la même puissance ». On a vite fait de retrouver devant soi les plus lents qui doivent anticiper leur manœuvre au virage. L’événement est tranché rapidement : « C’est un fait de course », Sortie « sous safety car « .
Le spectacle a tenu en haleine jusqu’à l’apothéose de la dernière course de GT/GTS, à l’énergie démoniaque. Au moment où le speaker annonce un classement stabilisé à quelques tours de l’arrivée, le champion pressenti qui domine au volant de sa Lotus aussi puissante que légère se fait enfermer par un retardataire. Coup de dés ! Malgré sa conduite impeccable, la victoire est raflée par Damien Kohler. L’enfant du pays remporte ici son 10ème trophée, et le dédie à Just Jaeckin disparu cette année, à qui il a racheté la Porsche Diva. Trophée remporté à la loyale, car le jeu ne demande que faute.
Ainsi, s’achève le Circuit des Remparts 2022, le public est en liesse sous un ciel radieux.

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5 signes distinctifs du Circuit des Remparts d’Angoulême
Un tracé urbain inchangé depuis 1939
Juan Manuel Fangio, Champion du monde y triomphe en 1950
Des véhicules de courses qui racontent un siècle d’automobiles
Une manifestation qui privilégie la proximité avec les pilotes et leur bolide
C’est la 50ème édition ! La manifestation a connu plusieurs interruptions depuis 1939

Le Circuit des Remparts en 5 chiffres
1939 : 1ère édition de voitures et motos
1279 mètres de circuit
200 km/heure, vitesse maximum d’homologation
20 minutes de tours par plateau de courses
52’’80’’’ le record absolu du tour est détenu par une femme Michèle Mouton en Peugeot 205 Turbo 16 Usine

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Un hommage vibrant aux journées du patrimoine

L’effervescence s’est aussi emparée des lieux publics dans un spectacle permanent. Les journées du patrimoine ont coïncidé cette année avec le festival. Expositions, conférences, concours, master-class… Une programmation foisonnante d’animations libre d’accès témoigne que l’histoire a du talent, notamment :
Exposition « Complètement DINGO », des clichés suspendus entre les immeubles, notamment dans la rue Hergé. Dingo, l’artiste de l’affiche animait par ailleurs 2 master class et un concours de dessin pour partager les secrets de son œuvre,
Exposition « 100ème anniversaire de la Première Traversée du Sahara » au musée d’Angoulême et dans sa cour,
Exposition en plein air sur le plateau de ville d’une vingtaine de jaguar, et une concentration pour le centenaire des Austin Seven,
Conférence « Les Expéditions Citroën : mémoires et patrimoines dans les collections du Musée du Quai Branly »,
Exposition photos « Remparts » par Philippe B – Biscuiterie Lolmède,
Exposition photos « flying car » par O.Zwilling au Golf d’Angoulême,
Exposition photos par Jeffbone sur le parvis de la cathédrale d’Angoulême.

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Crédit photo : Merci à ©Quentin Petit / Charente Libre

 

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