Théâtre
Vis ma vie ou les paradoxes de notre vie

Vis ma vie ou les paradoxes de notre vie

20 novembre 2012 | PAR Celeste Bronzetti

La Compagnie Chenevoy présente Vis ma vie au Vingtième Théâtre. Un spectacle qui met en scène l’éternel décalage, désormais impossible à combler, entre la vie urbaine et la vie à la campagne. Emmanuel Darley, auteur de la pièce, décrit un monde partagé en deux, où tout échange est régi par la logique de l’isolement et tout contact déformé par la politique du tourisme.

La réflexion nous concerne tous : est-ce que c’est vrai que l’étranger vit toujours mieux que nous ? Ou c’est plutôt nous qui projetons sur l’autre nos propres insatisfactions et regrets ? La pièce représente un futur possible où les hommes et femmes des capitales, gens mécanisés et toujours plus aliénés, s’opposent aux ruraux, habitants de la campagne qui végètent dans leur isolement en rêvant le mouvement et la « vraie vie » de la civilisation urbaine.

Darley, qui a répondu avec cette nouvelle création à une commande d’écriture, interprète bien cette opposition en créant deux mondes et deux codes de langages différents et extrêmes, fermés. D’une part les « zurbains », qui regardent le décor au delà de la vitre du TGV comme un paysage perdu, la nature comme une réalité exotique qui ne peut exister que dans le cadre d’un voyage de plaisir et découverte des origines désormais détruites. De l’autre côté les ruraux, sans espoir, sauf celui de gagner une autre vie avec des jeux à gratter. La rapidité des déplacements et des changements de la ville a détruit toute mémoire chez les « zurbains », espèces d’automates qui incarnent l’insignifiance de tous souvenirs dans un monde digital et numérique, où tout ce qu’on touche ce sont des écrans. Les sensations concrètes sont « prêtes à jeter », rapidement oubliées pour laisser la place à un nouveau éphémère. Au delà de la frontière, les ruraux n’ont rien à garder dans leur mémoire qui ne soit pas un morne quotidien, épuisant dans sa platitude répétée.

Des « formules » touristiques permettent de temps en temps aux « zurbains » de faire des excursions à la campagne et elles sont organisées dans le détail afin qu’ils puissent y retrouver l’ « authenticité » et le bon goût, de la bonne nourriture fraîche et des rythmes de vie sains. Des vraies vacances qui visent à confirmer aux zurbains l’exceptionnalité et la monotonie de la vie de campagne. Vis ma vie, qui reprend le nom d’une célèbre émission de télé du genre  reality show, est la formule la plus chère et rentable, celle qui oblige les zurbains à s’engager dans les modes de vie ruraux pour en absorber une « authenticité » édifiée et construite à leur mesure.

Sauf que les ruraux ne sont pas si innocents qu’ils n’y paraissent et ils ne se prêtent pas à ce jeu…

Vis ma vie met en scène le labyrinthe des paradoxes d’une société qui ressemble étrangement à la notre. Une société qui sépare au moment où elle est censée ouvrir les frontières. Une société qui vend la découverte de l’autre comme un voyage d’évasion qui ne peut que rétablir et conserver tout état existant des choses.

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Celeste Bronzetti

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