Théâtre
Les Démineuses au Vingtième Théâtre : un ballet sombre et puissant

Les Démineuses au Vingtième Théâtre : un ballet sombre et puissant

15 novembre 2013 | PAR Camille Hispard

Cette pièce est une plongée dans le quotidien d’une équipe de démineuses au Sud du Liban. Six femmes aux facettes bouleversantes qui tentent de faire face dans un pays rythmé par les alertes à la bombe.

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Lever de soleil brumeux : les démineuses font leur entrée sur une chorégraphie de danseuses funambules voguant sur un fil explosif. Un ballet émouvant et solidaire cadencé par une démarche incertaine et bancale. Gilet par balle et casque de CRS, groupe sanguin imprimé sur la cage thoracique comme une prémonition morbide : les cinq démineuses désamorcent les 2 millions de mines antipersonnel présentes dans le Sud Liban. Sorte de brigade de la mort, elles entrent en scène comme des fantômes inanimés.

80 ans de Papi

Shéhérazade, Raja, Leila, Salma et Amina appartiennent à cet escadron lugubre. Elles tentent de trouver une lumière au cœur de ce chaos. De leurs confessions de femmes amoureuses aux questionnements dogmatiques des religions qui régissent les multiples communautés au Liban, elles se sauvent mutuellement de ce marasme. Les cinq comédiennes livrent là une partition touchante et juste.

Lina (Sabrina Aliane), démineuse en formation est attirée par les avantages économiques de ce « salaire de la peur ». Elle intègre l’équipe en emportant avec elle tous les rêves qui placardent son esprit fougueux. Lina rêve d’une maison avec un jardin dans lequel elle pourra planter un olivier. Elle veut reconstruire une vie qui s’est écroulée quand ses parents sont morts. Lina représente la jeunesse brisée par la guerre.

Ces six forces de la nature sont autant de coups de pinceaux qu’on apporte à une œuvre complexe. Elles portent des valeurs, des envies, des croyances différentes. Shéhérazade incarne l’anticonformiste à outrance, tandis que Salma est l’intransigeante au bon cœur.

80 ans de Papi

Milka Assaf, l’auteur de cette pièce engagée, a passé deux mois dans le Sud Liban avec une équipe de démineuses. L’objectif principal de cette franco-libanaise était de réaliser un film documentaire racontant l’histoire de ces désamorceuses ; mais toutes les chaines de télévision ont refusé ce projet.

C’est sur les planches que ce récit vit et offre une véritable leçon de liberté de ton. Malgré quelques lourdeurs moralisatrices lors du monologue alcoolisé de Shéhérazade, Les Démineuses est une pièce coup de poing qui ne s’encombre pas de langue de bois.

Visuel (c) : Vincent Marit.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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