Théâtre
Une « Phèdre » survoltée au Théâtre du Nord

Une « Phèdre » survoltée au Théâtre du Nord

13 novembre 2014 | PAR Audrey Chaix

Après la création en mars dernier au TGP, Christophe Rauck, le nouveau directeur du Théâtre du Nord, présente au public lillois sa mise en scène de Phèdre, avec Cécile Garcia Fogel dans le rôle titre. Une proposition pleine de belles trouvailles, mais qui bascule parfois trop dans l’excès pour être vraiment convaincante. 

L’univers créé par Christophe Rauck pour ce Phèdre donne envie de pénétrer dans l’intimité impitoyable de ces personnages aussi mythiques que mythologiques. Côté jardin, une cascade d’armures et d’artefacts guerriers en métal traverse l’espace scénique : la sculpture qu’elle forme rappelle les exploits de Thésée et ceux de son fils Hippolyte. Côté cour, tentures en tapisseries et meubles de chambre à coucher évoquent le boudoir de Phèdre, où elle se réfugie pour confier ses pensées impures à Oenone. Le tout baigne dans une lumière de chandelle qui crée une atmosphère changeante, propice à la tragédie familiale qui se joue entre les murs du palais de Thésée.

Pour interpréter l’héroïne de Racine, Cécile Garcia Fogel arbore lunettes noires, manteau de fourrure et robe noire sexy, jouant dans l’excès les affres de la passion. On comprend sa lecture d’une Phèdre éprise de son beau-fils et consciente de sa folie, prise dans la violence de sentiments qu’elle refoule tout en chérissant la tête d’Hippolyte. Cependant, lorsque l’on commence à se dire que Phèdre est peut-être sous acide, on se demande si Fogel n’en fait pas trop dans l’hystérie – un peu comme dans Les Serments Indiscrets que nous avons vus au Théâtre du Nord en septembre dernier. D’autant plus qu’elle reprend son souffle à chaque fin de vers, ce qui rend difficile à apprécier les si beaux mots de Racine.

Car en dehors de ce bémol, l’ensemble de la troupe donne à voir et à entendre la tragédie racinienne avec beaucoup de brio. Pierre-Louis Garel campe un Hippolyte aussi fougueux que torturé, partagé entre ses sentiments pour Aricie et l’honneur de sa famille. Thésée, joué par Olivier Werner, semble capable de déplacer des montagnes tant sa vigueur et sa force sont mises en valeur par la direction d’acteur, notamment lorsqu’il émerge du sol en armure de minotaure. Camille Cobbi est une Aricie très touchante, tandis que Nada Strancar, tout en retenue, joue une Oenone qui forme un parfait contrepoint de maîtrise de soi face à la folie de Phèdre.

Ainsi, Christophe Rauck propose ici à son public une tragédie qu’il place du côté de l’intime plus que de celui de la politique, en faisant de Phèdre une femme déchirée par la violence de ses sentiments. Dommage que la mise en scène n’ait pas plus joué la carte de la subtilité en donnant à la fille de Minos une plus grande profondeur tragique.

Photos : © Anne Nordmann

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