Théâtre
Christophe Rauck signe une Phèdre too much au TGP

Christophe Rauck signe une Phèdre too much au TGP

10 mars 2014 | PAR Christophe Candoni

En interprétant l’héroïne racinienne stone et ravagée, Cécile Garcia Fogel électrise la Phèdre mise en scène par Christophe Rauck, qui, à force d’ineptes scories, bascule dans le comique involontaire.

Dans un décor disparate et sans âge qui déborde de la scène et fait se confronter le monde chevaleresque des croisades avec force casques et armures métalliques amassés d’un côté du plateau et l’atmosphère intime et féminine d’une modeste alcôve tapissée de l’autre, Christophe Rauck monte une Phèdre à la fois décalée, renouvelée et fidèle à son geste artistique « en chantier », volontairement confus et inachevé, mais dans lequel on ne trouve pas le charme habituel. Notamment parce que la représentation se trouve alourdie de trouvailles ridicules à l’image de l’entrée en scène de Thésée rentrant de la guerre costumé en chevalier moyenâgeux affublé d’une tête de bœuf corné qu’il troquera, après une petite baignade incongrue, contre une jupette plissée et une longue pelisse d’ours.

Christophe Rauck réunit les amants inavoués de son précédent spectacle, Les Serments Indiscrets de Marivaux, qui cette fois s’affrontent autour de l’amour incestueux et destructeur de Phèdre pour le fils de son mari qu’elle croit mort et l’issue tragique qui s’ensuit. L’hallucinante Cécile Garcia Fogel campe une Phèdre explosive et dévastée. En furie effrayante, séduisante dans sa robe de deuil et arborant de grosses lunettes noires, malade et rongée jusqu’à l’insupportable, elle tient à peine sur ses jambes, se plie, se tord et rampe sauvagement au sol. La singularité de l’actrice puissante est remarquable, sa folie, sa monstruosité épatent puis agacent car elle en fait tellement trop que son interprétation, pourtant très originale mais sur-affectée, devient l’objet d’une outrancière démonstration de gémissements, soupirs, éructations où l’émotion ne trouve pas sa place. Loin du cliché de l’adolescent fébrile, Pierre-François Garel fait un Hippolyte lui aussi peu convenu, viril et sportif, qui entre sur le plateau en tenue d’escrimeur, chaussé d’une paire de baskets bleu flashy et maniant fièrement l’épée. Camille Cobbi est une Aricie sensible, Olivier Werner un Thésée massif et bourru. Les comédiens disent les vers avec naturel et livrent une interprétation brute et écorchée qui ne manque certes pas de caractère mais terriblement de subtilité.

Photo © Anne Nordmann

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
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One thought on “Christophe Rauck signe une Phèdre too much au TGP”

Commentaire(s)

  • meme talon

    « au service » d’une langue admirable » toutes ces outrances effectivement souvent ridicules ?? Je ne suis pas sûre du tout…

    mars 16, 2014 at 13 h 09 min

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