Théâtre
Un Tartuffe drôle et façon Tchekhov au Théâtre Montansier

Un Tartuffe drôle et façon Tchekhov au Théâtre Montansier

06 février 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Yves Beaunesne monte un Tartuffe rafraîchissant au Théâtre Montansier de Versailles. La critique anti cléricale se retire au profit d’une satire familiale façon farce. C’est joyeux. 

Encore Tartuffe ?

Tartuffe est devenu depuis Molière un substantif, deux substantifs même avec le mot tartufferie. La pièce qui se voulait un manifeste contre les faux dévots n’en finit pas d’être montée.  Le premier Tartuffe est créé à Versailles par la troupe de Molière, le 12 mai 1664. Cette unique représentation est chaleureusement accueillie. 

En 1664, dans les heures qui suivent la première représentation, Louis XIV fait défense à Molière de représenter sa comédie en public. L’annonce de l’interdiction de la pièce suscite aussitôt la plus importante controverse de l’histoire du théâtre français. Elle durera cinq ans. Le 5 février 1669, la pièce, enfin autorisée, peut reparaître en public sur la scène du Palais-Royal et sous le titre Le Tartuffe ou l’Imposteur. La salle est archi comble, le succès, à nouveau est total.

Trois cent cinquante ans plus tard le public rit de nouveau aux éclats dans la belle salle du théâtre Montansier.

Si Tartuffe bousculait, dérangeait, émancipait, au fil du temps et de ses succès, la critique sociétale s’émoussait. Souvent, la pièce se résumait à une joyeuse pantalonnade anticléricale. 

Farce psycho-sociologique

Yves Beaunesne s’explique : Il faut percevoir, sous l’âcre récit de Molière, une longue faim de vivre, autant chez Tartuffe, que dans la famille d’Orgon. Nous pouvons les comprendre, nous qui vivons en un siècle où tout nous invite à vivre à petits feux, de petites faims en petits désirs. Mais Molière est poète, et comme tel incapable d’accepter la vie telle qu’elle est. Il y a alors autre chose qui paraît, comme une crevasse sous-marine qui se remplit de lumière à mesure qu’elle s’ouvre. Et la force comique n’y est pas pour rien. 

Beaunesne a son biais. Son Tartuffe se constitue d’une farce domestique et d’une comédie moderne où s’entrechoquent les individualismes au sein d’une famille disfonctionnelle, sur fond de propriété foncière. Viennent en nos esprits les pièces de Tchekhov. Le metteur en scène ajoute des musiques dansantes, des gospels. Il invente une scénographie où l’ensemble des pièces de la maison d’Orgon est à vue  sur le plateau. Les êtres naviguent au sein de la maisonnée bourgeoise. Orgon, magistral tente de régenter la tribu. Tartuffe perd son hypocrite ambivalence  au profit d’un pouvoir d’envoûtement quasi érotique. Il est l’axe autour duquel chavire une famille fantasque. Le tout baigne dans ce que pourchasse Beaunesene en principal : le rire. Et le pari est gagné. La troupe est merveilleuse. On se souviendra longtemps de Jean-Michel Balthazar dans un  Orgon,  chef de bande et de famille, naïf dépiédestalisé mais attachant. De Maria-Leena Junker et de son léger accent. De Noémie Gantier, formidable d’espièglerie. De Maximin Marchand sa truculence. De chacun avec sa puissance comique et sa  généreuse implication. 

Le final tronqué, et modifié façon guignol enrubanne la boite du cadeau que nous fait Yves Beaunesne et sa troupe. 

A savourer.

 

Tartuffe de Molière, mise en scène Yves Beaunesne assisté de Pauline Buffet et Louise d’Ostuni dramaturgie Marion Bernède, scénographie Damien Caille-Perret, lumières César Godefroy, musique Camille Rocailleux, costumes Jean-Daniel Vuillermoz, chef de chant Hugues Maréchal, chorégraphie des combats Emilie Guillaume, maquillages et coiffures Marie Messien avec Nicolas Avinée, Noémie Gantier, Jean-Michel Balthazar, Vincent Minne, Johanna Bonnet, Léonard Berthet-Rivière, Victoria Lewuillon, Benjamin Gazzeri-Guillet, Maria-Leena Junker, Maximin Marchand et Hughes Maréchal (claviers)

 

Crédit Photo ©Théâtre Montansier

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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