Théâtre

Thomas Bernhard inaudible dans Perturbation mis en scène par Krystian Lupa

Thomas Bernhard inaudible dans Perturbation mis en scène par Krystian Lupa

29 septembre 2013 | PAR Christophe Candoni

Avec une distribution de haute volée dirigée par l’immense metteur en scène Krystian Lupa, Perturbation de Thomas Bernhard présenté à la Colline dans le cadre du Festival d’Automne avait tout pour être un très grand spectacle. Il a pourtant fortement déçu faute d’intensité dans le jeu et d’intelligibilité du texte.

Le chef d’œuvre de jeunesse de l’auteur et dramaturge autrichien semblait écrit sur mesure pour Krystian Lupa qui sait si bien sonder les névroses, creuser les fêlures, explorer les meurtrissures des âmes et des corps. Des créations comme Persona. Marilyn, Fin de partie, La Cité du rêve présentées ces dernières saisons en France, emportaient tellement loin le public dans un univers de ténèbres et de vertiges, qu’il semblait évident que le metteur en scène polonais tirerait le meilleur de l’auscultation qu’opère Bernhard des maux de sa société gangrenée par une maladie  généralisée dont les symptômes sont l’isolement, la folie, la violence, le handicap, l’autodestruction, la souffrance.

Dans Perturbation, on suit les visites d’un médecin (Jean-Charles Dumay) accompagné dans sa tournée quotidienne par son jeune fils de 21 ans, Thomas (Matthieu Sampeur) parcourant les routes sèches et sinueuses de la Haute-Autriche dans un rapport à la fois distant, taciturne mais bienveillant, tendre même, à la découverte de cette maladie traumatique qui n’a pas de nom et demeure impossible à guérir.

On reconnait bien l’univers poétique et trivial de Lupa où le temps est ralenti et étiré, dans le délabrement moribond du très beau décor, dans le jeu jamais volontaire, anti-démonstratif, très intériorisé des acteurs. Mais du Maître polonais que l’on admire, il manque l’essentiel : cette intuition profonde et déchirante de dépasser le théâtre, l’incandescence du jeu, le vacillement, l’humanité. Rien de cela ne transparaissait lors de la première parisienne, laborieuse et amorphe, de la pièce pourtant déjà rodée à Vidy-Lausanne où elle a été créée.

La première partie est sans doute la meilleure et réserve de beaux moments mais les acteurs sont très difficilement audibles et l’on perd beaucoup du texte. Ensuite, ils parlent plus fort et pourtant les choses se gâtent encore, preuve qu’une bonne restitution d’un texte n’est pas qu’une question de volume mais dépend bien de la puissance avec laquelle il est adressé. Lupa décide pourquoi pas d’étoffer les rôles très secondaires dans le roman des filles et des sœurs du prince. Elles occupent la scène durant deux très longs dialogues apparemment basés sur d’inconsistantes extrapolations improvisées par les actrices au cours des répétitions et joués simultanément de telle sorte que rien ne soit entendu ni compris tout du long. Chaque duo est enfermé dans deux boîtes côte-à-côte à l’avant-scène : les sœurs sont interprétées par deux grandes actrices, Anne Sée et Valérie Dréville qui quoi qu’elles disent brillent d’éclat ; à l’inverse, Mélodie Richard et Lola Riccaboni qui jouent les plus jeunes filles cabotinent à loisir en se donnant un air faussement habité sans intéresser le moins du monde.

Sur les cinq heures que dure l’interminable pièce, on doit les seuls grands moments de théâtre aux apparitions de Thierry Bosc, étincelant Prince Saurau, proche d’un clochard céleste, tout en étrangeté baroque, seul dans son royaume poussiéreux et décoloré, le verbe haut même décousu, l’humour vif au bord de la dissolution.

Pour sa deuxième création en langue française, Krystian Lupa, ne renouvelle malheureusement pas l’exploit de Salle d’attente réalisée d’après une pièce de Lars Noren et déjà présentée à la Colline. L’adaptation et la mise en scène qu’il signe de Perturbation sont bien pensées mais sur le plateau, tout est plat, relâché. Le spectacle laisse froid et c’est bien triste tant il était attendu.

La pièce se donnera ensuite les 18 et 19 novembre 2013 au Festival Automne en Normandie puis à Cergy-Pontoise, Lyon et Orléans à la fin de l’année.

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