Théâtre
Théâtre sous la neige à Bussang, dans les Vosges

Théâtre sous la neige à Bussang, dans les Vosges

06 décembre 2014 | PAR Sabina Rotbart

 

Jusqu’au 13 décembre, ce sont les Hivernales au très célèbre Théâtre du peuple, à Bussang, dans les Vosges. Il s’y joue chaque soir, juste avant le dîner, une courte pièce contemporaine. Idéal, avec la neige qui s’annonce, pour passer un week-end sur les planches. Et voir aussi tout près, à Mirecourt, une étonnante exposition sur les musiciens et la guerre de 1914!

C’est la carte de la francophonie que Vincent Goethals, le directeur du théâtre du peuple de Bussang, a jouée pour ses trois premières saisons dans les Vosges. Francophonie théâtrale, qui, comme chacun le sait va de Wajdi Mouawad à Carole Fréchette, de la Suisse à la Belgique. Il a développé aussi de petites formes d’une heure, des pièces mettant en scène un ou deux personnages, pour accorder plus de place encore aux écritures contemporaines. Cet hiver, à Bussang, durant dix jours, ce sont ces petites formes qui se donnent chaque soir, avant le dîner à la Popote, le restaurant familial où la troupe se mêle au public. Bref, vous êtes bien nourris au propre comme au figuré.

Gramercy park hotel de Laurent Gaudé est à l’affiche les 5 et 12 décembre, à 19h. Quand la bohème vire au sordide, à New York, une fois les années soixante-dix passées. Tombeau pour Palerme, du même auteur, qui se donne les 5 et 12 décembre, est la chronique de sa mort annoncée par le juge Falcone lui-même. Quant à D’Alaska, du québécois Sébastien Harrisson, présenté le 2 et le 13 décembre, c’est la rencontre improbable d’une septuagénaire retraitée et d’un adolescent fugueur venu la prendre en otage, autour d’un point commun, leur homosexualité.

Neige ou pas, il faut venir à Bussang au moins une fois dans sa vie, car ce lieu est emblématique de l’histoire du théâtre français. Un chalet de bois immense, planté au beau milieu d’une forêt de chênes centenaires, avec toujours, ce moment incontournable, où le rideau de fond de scène s’ouvre dévoilant la forêt ! La scène fêtera ses 120 ans en 2015. Plus d’un siècle depuis que Maurice Pottecher, fils d’industriel se fit bâtir un théâtre par les ouvriers de son père parce qu’à Paris les snobs lui refusaient de monter ses pièces patoisantes. Des ouvriers quelque peu sommés ensuite de jouer dans ses spectacles. Qui y prirent goût d’ailleurs peu à peu, une habitude qui se maintient depuis.

C’est ainsi qu’à Bussang, tout le monde ou presque est finalement devenu comédien amateur. Amateur de qualité s’entend. Ariane Mnouchkine un jour passant là voulut même embaucher une des villageoises bien douée, laquelle refusa de se moliériser. Dorénavant des comédiens professionnels sont associés à la troupe et un directeur est choisi tous les trois ans (renouvelables). Mais on regrettera sans doute que l’endroit qui a une vraie vocation sociale (les petites formes se transportent dans les salles alentour, les entreprises, les écoles, et même les appartements privés) ne soit pas scène nationale, alors que la région Lorraine n’en compte aucune. En attendant, pour fêter dignement l’an prochain ses 120 ans, le théâtre a ouvert une souscription publique. Car même s’il s’autofinance relativement bien avec sa billetterie (presque 50%, un pourcentage rarement atteint)et ses 26000 spectateurs l’été, le théâtre subventionné pourtant n’a pas une très grande marge de manœuvre. Alors dépêchez-vous, car les dons sont déductibles des impôts !

A voir aussi tout à côté
Pour venir en week-end, on arrive en TGV jusqu’à Epinal (2h15 de Paris). Là, il est vivement conseillé de faire un stop au très beau musée départemental pour l’art contemporain (mais oui !) et un incroyable tableau de Le lorrain « Job moqué par sa femme ! », puis vite, Avant de rejoindre Bussang en fin d’après-midi, on filera d’abord en voiture à Mirecourt, la seule ville française où se fabriquent violons et orgues de barbarie. Des élèves y viennent du Japon pour se former à l’art de construire des archets en bois de pernambouc. Tout un programme.
A Mirecourt, existe le seul musée de France de la lutherie où fait rarissime, vous pouvez palper et essayer les instruments !En ce moment s’y déroule une exposition étonnante sur la musique durant la guerre de 1914, La musique malgré tout ! Comment, au front et à l’arrière, les musiciens taillaient des violons de fer dans des douilles d’obus, des gourdes militaires ou d’autres matériaux de récupération vraiment improbables (Musée de la lutherie et de l’archèterie française, jusqu’au 29 mars 2015). Tout près, un autre musée tout aussi génialement improbable, celui de la Musique mécanique, pour voir des jukeboxes années vingt, des accordéons jazz et d’immenses orgues de café datant des années 40.

Sabina Rotbart

Où loger ? Dans la station de ski toute proche, au logis de France de Rouge gazon ou au Ménil, au chalet du Seu, chambre d’hôtes accueillante.
Pour en savoir plus : www. tourismevosges.fr,

www. theatredupeuple.com, réservation obligatoire au 03.29.61.50.48, 18 euros, spectacle et dîner compris.
www.musee-lutherie-mirecourt.fr

Infos pratiques

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Playlist de la semaine (94)
Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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