Théâtre

« Sade/Nietzsche », ébats philosophiques au Guichet Montparnasse

27 mars 2009 | PAR Thomas

sade_afficheStéphane Russel propose une relecture théâtrale de La Philosophie dans le boudoir du très controversé Marquis de Sade, en la parsemant des idées du Crépuscule des idoles de Nietzsche. Une pièce érotique et philosophique qui met le doigt – outre dans le « cul » – sur des problèmes très actuels.

Eugénie, jeune femme voluptueuse pétrie des convictions que la société lui a inculquées, exaltée et en quête de connaissances nouvelles, se frotte à Dolmancé, Mme de Saint Ange, et le Chevalier, les instituteurs immoraux. Si elle défend d’abord ses principes avec ardeur, les joutes du plaisir la poussent rapidement à épouser la philosophie de ses instituteurs, délicieusement salaces.

Sade et Nietzsche, deux penseurs qui dérangent. Les ignominies du marquis explosent très précocement à la figure du XVIIIeme siècle, et trois siècles après les éclats titillent toujours les profondeurs de notre épiderme. Nietzsche, grand spécialiste de la morale, s’invite pour pousser encore plus loin les propos libertaires de Sade, un Sade qui bute malgré tout sur l’écueil de la religion. Il utilise, en effet, cette éminence de Dieu pour légitimer ses frasques. Niezsche, quant à lui, s’adonne à la détruire, à nous montrer que les idoles, frappées à coups de marteau, sonnent creux. Selon lui, seuls les grands mots – le courage, la liberté – doivent être adulés.

Les propos sont crus, sincères. Au fil de la pièce, les « enculer », « branler » et autres « doigt dans le cul » deviennent familiers, et l’appréciation du jeu des acteurs en devient que meilleure. Si la crudité est décomplexée, la subtilité est néanmoins loin d’être absente de cette représentation. Et la décadence n’inclut pas forcément l’anarchie, en témoigne l’appel de Dolmancé à une orgie organisée face à l’empressement d’Eugénie et du Chevalier. Le vice ou ce qui s’en apparente se donne fièrement en spectacle. L’inceste, le crime, la sodomie sont valorisés et légitimés de manière assez intéressante. Dolmancé puise ses arguments dans l’antiquité et le peuple Grec, ô grand modèle de nos sociétés occidentales, ou par le « fade et plat livre de la religion ». La pièce dénonce également le vice qui se déguise, celui qui ne peut se vanter d’être honnête et qui gangrène les relations entre les Hommes – l’hypocrisie, l’orgueil.

La mise en scène est originale, puisque le dialogue s’établit entre une vidéo et les deux autres acteurs, Eugénie et le Chevalier, physiquement présents sur scène. L’installation d’un écran, support de la vidéo, a pour objectif, explique David Arveiller (le Chevalier) de dénoncer la « pornographie des images ». Dolmancé (acteur de la vidéo) s’impose par un flot de paroles sereines et mûries, et nous offre un jeu très convaincant, et efface même, pas sa prestance, quelque peu Martine Logier (Mme de Saint Ange). Mais alors, le lecteur doit se poser la question : la pièce est-elle pornographique et outrageante, voit-on du sexe ? Non, le sexe est suggéré. Le plaidoyer réside essentiellement dans la transgression du langage, et le sexe finalement n’est qu’un composant et un vecteur de la philosophie libre de Sade. Une pièce rafraîchissante qui nous enjoint à reconsidérer notre jugement sur la société.

« Sade/Nietzsche », au Guichet Montparnasse, jusqu’au 16 mai 2009. Du mercredi au samedi, à 22h. 15 rue du Maine, Paris 14e, Métro Montparnasse. Adaptation libre de Stéphane Russel, d’après La Philosophie dans le boudoir de Sade et Le Crépuscule des idoles de Nietzsche, mis en scène par Emma Barcaroli et Stéphane Russel, avec David Arveiller, Tanja Czichy, Martine Logier, Jean Hache. 18 euros, TR : 13 euros 01 43 27 88 61

Thomas Gérard

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