Théâtre
Prometheus-Landscape II, la force plastique de Jan Fabre sauve un texte sans âme

Prometheus-Landscape II, la force plastique de Jan Fabre sauve un texte sans âme

02 avril 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le génie du chorégraphe, plasticien et metteur en scène Jan Fabre investissant l’histoire de Promethée, «ce titan qui vola le feu aux dieux pour le donner aux hommes et fut ensuite condamné à être enchaîné sur le mont Caucase, le foie dévoré pendant l’éternité par un vautour» attisait de désir les envies des spectateurs du Théâtre de la Ville. Si le roi du choc offre des moments performatifs géniaux et des temps de chorégraphie à la beauté absolue, « Prometheus » est sans aucun doute l’un de ses spectacles les moins innovants.

En avant scène, pendant l’entrée du public, un obèse en caleçon est assis encordé à sa chaise, à ses côtés, une femme et un homme récitent une rengaine. « Où sont nos héros » ? demande-t-elle, et à lui de répondre, par neuf fois, « fuck you sigmund freud » en y ajoutant le nom d’un analyste supplémentaire à chaque fois. Après ces minutes amusantes et intrigantes le rideau se lève pour laisser découvrir une installation magistrale dont Jan Fabre a le secret. Promethée est enchaîné de façon christique, à son dos, un soleil immense semble bruler la terre et à ses pieds, une multitude d’hommes et de femmes vêtus comme les princes d’Europe de l’est, en redingote et bas de laine blanc s’agitent dans des mouvements dansés insistant sur le sol et les sauts.

Comme souvent dans son œuvre, Jan Fabre interroge le corps et ses limites. Dans ce spectacle, les montagnes du Caucase où Héphaïstos enchaîna Prométhée sont un temple fétichiste où les hommes et les femmes baisent à tout va, se sanglent de liens en cuir et où, la complice Athéna qui fit rentrer le Titan dans l’Olympe, avance genoux attachés et taille corsetée. Pandore apparaît en femme araignée, jambes immenses, assise, de dos , dont du centre jailli le feu, élément principal du spectacle. Dans un moment très beau les danseurs effectuent une chorégraphie rapide, brutale et poignante faisant surgir le feu de leurs entres-jambes avant de l’avaler.

Du point de vu plastique, symbolique et chorégraphique, le talent de Jan Fabre n’est plus à prouver et nous ne serons pas surpris de voir jaillir de son esprit fou des lapins Duracel et un ballet Aré Chrishna. Nous ne serons pas étonnés de voir la fumée faire disparaitre la scène. Mais de lui, nous attendons dorénavant plus.

Dans ce spectacle, l’idéologie versée semble faible. Il interroge le droit de détruire, la place de l’artiste dans la société, mais n’atteint jamais la force d’Histoire des Larmes, de l’Orgie de la Tolérance ou d’Another sleepy dusty day. Tous ces spectacles sur la forme et le fond étaient révolutionnaires. Ici, le texte est verbeux et souvent ennuyeux. Les moments où la parole portée peut s’entendre sont ceux qui utilisent la performance, par exemple, l’océan qui parle en crachant l’eau ou Zeus qui s’amuse à se faire mal.

A vouloir interroger l’essence de la civilisation, Jan Fabre sert un texte qui lui ressemble peu. Celui chez qui l’écriture touche normalement les entrailles de celui qui l’écoute ne fait, avec Prometheus-Landascape II qu’effleurer leurs oreilles.

Néanmoins, un spectacle de Jan Fabre reste un événement dont les images ne peuvent que rester graver longtemps dans nos mémoires. A voir donc.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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